Après le gout du risque : la haine du risque

Parole de vieux chnoque, en 1965, lorsque je me suis installé comme travailleur indépendant, le gout du risque faisait intégralement partie de notre ADN. Il rythmait la société et notre vie de tous les jours.

Pour comprendre physiquement le gout du risque il faut, par exemple, avoir fait de la moto sans casque, de la voiture sans ceinture de sécurité. Attention, je ne dis pas que c’est bien, que l’on doit y revenir, 14.000 morts par an ce n’est pas acceptable.

Je veux simplement parler d’émotion. Il m’arrive, par distraction, de quitter ma maison en deux roues tête nue, en oubliant mon casque, je m’en aperçois par un afflux inopiné de sensation de bien être. Je m’arrête immédiatement et retourne chercher mon casque, évidemment.

Car, il faut le dire, le risque c’est la perspective de l’échec, voire de la mort, mais c’est aussi la vie, sa densité, sa noble trajectoire. Le risque met en route les plus nobles facultés humaines, les plus fortes émotions.

Une société qui perd le goût du risque est mal en point, dépressive, mais une société qui est atteinte de la haine du risque est probablement gravement malade.

Or, la France affiche ostensiblement sa haine du risque, son mépris pour ceux qui en prennent, son refus de les récompenser, son souhait de les punir.

Essayons de comprendre ce qui s’est passé.

Ma génération, arrivée à la sortie de la guerre, a été élevée par des parents confrontés pendant la décennie précédente au risque. Un risque subi et non choisi.

De cette confrontation sont sorties deux mentalités, ceux qui avaient adoré le risque et en redemandaient, et ceux qui l’avaient haï et ne voulaient plus jamais en entendre parler.

En 1946 les premiers se lancèrent dans la vie sans filet, ce fut les trente glorieuses, les seconds inventèrent le statut des fonctionnaires ce sont les gagnants d’aujourd’hui.

C’est en 1946 que tout s’est joué.

En 1970, mes affaires marchaient à bloc. Le directeur des services techniques de la ville où j’habitais m’avait pris en sympathie. J’avais 26 ans et lui environ 56 ans. C’était un homme extrêmement brillant et très entreprenant. A cette époque, cette fonction faisait de vous un notable. Il était ingénieur des Arts et Métiers, je n’étais qu’un agréé en architecture en devenir.

Un jour de discussion amicale, je lui ai demandé pourquoi, avec une personnalité aussi forte et des compétences aussi développées, il n’avait pas créé un cabinet d’ingénierie.

Il m’a répondu ceci : « J’ai passé la guerre dans un camp de travail obligatoire, lorsque je suis revenu j’aspirais à la sécurité. Le statut des fonctionnaires m’a apporté cette sécurité ».

A la remarque : « Mais votre salaire est ridicule ». A l’époque les fonctionnaires payaient la garantie de l’emploi à vie par un salaire inférieur de moitié au secteur privé.

Il a répondu : « Je le savais en prenant ma décision, je ne vais me plaindre aujourd’hui ».  

A la deuxième remarque : « Mais vous n’utilisez pas plus de 50% de vos compétences, vous êtes entravé. « 

Sa réponse a été : « Effectivement, mais je compense par ma collection de timbre, qui est une des plus belle de France. »

Tout est dit. Les règles du jeu étaient posées.

Soixante dix ans se sont écoulés depuis la création du statut des fonctionnaires en 1946.

Au cours de ces soixante dix ans, une pression parentale forte a dirigé nombre de jeunes gens vers la sécurité de la fonction publique. Les parents comblés déclaraient : « Mon fils, ou ma fille, a réussi, il est à l’abri, il est fonctionnaire ».

La prolifération des adhérents à ce statut a fait que la compétition sociale s’est déplacée du monde du risque vers celui du statut sécurisé de la fonction publique. Ce statut est devenu le modèle pour tous.

Cela a entrainé une hiérarchisation liée au statut de la fonction publique qui très rapidement a rejoint le niveau des avantages résultant de la récompense du risque, pour aujourd’hui largement les dépasser.

Seuls les avantages liés au capital restent au dessus des avantages accessibles aux fonctionnaires, mais ceux-ci sont au combat pour les rejoindre et les dépasser.

Dans ces conditions la prise de risque ne reste que suicidaire, puisqu’elle n’apporte plus aucun profit. De ce fait, on peut affirmer aujourd’hui que la simple notion de prise de risque est quasiment éradiquée de la pensée des français.

Le problème est grave car ce n’est pas parce que la prise de risque est refusée, même pas identifiée, que le risque est pour autant supprimé. Il est simplement dissimulé.

Le risque, la mort donc, n’est pas détachable de la condition humaine, c’est une donnée universelle.

En faisant mine de le supprimer, le statut des fonctionnaires a introduit dans la société française le mensonge, l’aveuglement.

Une société qui se ment sur un point aussi fondamental, qui fuit la réalité du risque, va droit dans le mur.

Soixante dix ans parait la jauge naturelle de facturation des erreurs sociétales – voir l’URSS –

Nous ne devrions être pas très loin de la facture, de l’échec pur et dur.

Bien à vous. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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6 réflexions au sujet de « Après le gout du risque : la haine du risque »

  1. Je préfère être un loup en liberté qu’un panda prisonnier dans un zoo. Le premier crève peut-être de faim mais vit intensément sa vie alors que le second végète en sachant que la gamelle sera remplie tous les jours.

    La France est devenue un pays de larves qui ont le sort qu’elles méritent avec les Macron, Hollande, Sarkozy et tous les autres guignols au pouvoir depuis Pompidou. j’espère que j’aurai quitté ce pays de cons quand les créanciers viendront réclamer leur pognon.

  2. En effet la vérité nous rend libre, la vérité est sans pitié, et la vérité ne peut être enfermée. Nous devons prendre des risques pour changer la médiocratie ambiante que vous décrivez cher Henri, en particulier la justice un pilier nécessaire à la démocratie et au développement économique. Je souhaite aussi vous faire part de mes réflexions sur le sujet.
    L’écriture et la pensée précèdent toujours l’action, en 1940 les résistants ont fait cela et mes parents m’ont légué ce passé rempli aussi de souffrance. Mais Le risque c’est quoi en fait :
    rire c’est risquer, paraître idiot pleurer c’est risquer , de paraître sentimental aller vers quelqu’un c’est risquer , de s’engager exposer ses sentiments c’est risquer , d’exposer son mot profond présenter ses idées ses rêves à la foule c’est risquer de les perdre; aimer c’est risquer de ne pas être aimé en retour; Vivre c’est risquer de mourir, espérer c’est risquer de désespérer, essayer c’est risquer d’échouer; mais il faut prendre des risques car le plus grand danger dans la vie , c’est de ne rien risquer du tout. Celui qui ne risque rien ne fait rien, n’a rien, n’est rien. Il peut éviter la souffrance et la tristesse mais il n’apprend rien ne ressent rien, ne peut ni changer ni se développer, ne peut ni aimer ni vivre. Enchaîné par sa certitude, il devient esclave il abandonne sa liberté.
    SEULS CEUX QUI RISQUENT DE DIRE LA VERITE SONT LIBRES !

  3. Le goût du risque existe toujours dans la société, il est même mis en valeur par les médias mais pour des choses sans intérêts, des loisirs ou des sports plus ou moins morbides, saut en élastique, traversée d’étendues désertiques de sable ou de glace, descente en ski de pentes vertigineuses à plus de 200 km/h, ascension de falaises à pic ou d’immeubles à mains nues et sans corde, plongée en apnée à 100 mètres de profondeur et plus.

    La bien-pensance politico-journalistique nous autorise l’aventure et le risque à condition que ceux-ci soit sportifs et inutiles.

    Mais prendre de soi-disant risques au quotidien : ça non hors de question ! Se déplacer en voiture en pleine ville dans les bouchons sans ceinture, c’est tellement dangereux que cela mérite une contravention (ce qui n’empêche personne d’être debout dans un autobus qui dévale à 50 -60 km/h et qui freine brusquement). Jusqu’ici on a échappé au casque obligatoire à vélo mais pour combien de temps encore ?

    Prendre des risques économiques, là aussi c’est interdit, assurances en tout genre obligatoires, impossible d’assumer quoi que ce soit soit même. Une de mes connaissances qui fumait comme un pompier m’avait dit il y a quelques temps : « Mais tu n’as pas de mutuelle? Mais comment vas tu-faire le jour où tu tomberas malade? Fort simple je ne fais pas n’importe quoi avec ma santé car je n’ai pas l’intention de tomber malade et le jour venu j’assumerai mes frais médicaux avec l’argent que je n’aurai pas dépensé dans le tabac et l’alcool. » La connaissance en question a eu un cancer il y a peu.

    Soyez irresponsables, infantiles, comptez sur la solidarité, l’état veille sur vous. Soyez fainéants, vous serez pauvres mais innocents. Soyez travailleurs, vous serez riches et coupables. La cigale se la coule douce avec les allocs tandis que la fourmi subit les contrôles fiscaux. La Fontaine, il faut que tu modifies la morale de ta fable, le socialisme est passé par là!

  4. A 76 ans le goût du risque pris en fonction de mes compétences, NÉ m’a toujours pas quitté
    Dans les semaines qui viennent je vais commencer LÀ construction d’catamaran de 10 M X6 M

  5. A méditer une histoire de Nelson MANDELA un homme que j’ai eu le plaisir et l’honneur de rencontrer =
    Quand Nelson Mandela étudiait le Droit à l’université, un professeur blanc, dont le nom de famille était Peters, le détestait intensément.
    _Un jour, M. Peters déjeunait à la salle à manger quand Mandela est venu avec son plateau et s’est assis à côté du professeur.
    Le professeur lui dit :
    _* »Monsieur Mandela, vous ne comprenez pas ? un cochon et un oiseau ne s’assoient pas ensemble pour manger »
    _Mandela le regarda comme un parent le fait à un enfant grossier et répondit calmement,_
    * « Ne vous inquiétez pas professeur, je vais m’envoler » & _il est allé et s’est assis à une autre table.
    _M. Peters, rougit de colère, décida de se venger.
    _Le lendemain, en classe, il a posé la question suivante :
    _* »M. Mandela, si vous étiez en train de marcher dans la rue et avez trouvé un paquet, et à l’intérieur étaient un sac de sagesse et un autre sac avec de l’argent, lequel choisiriez-vous? »
    _Sans hésiter, Mandela a répondu, * »Celui avec l’argent, bien sûr. »
    _M. Peters, souriant sarcastiquement lui dit :
    *_ »Moi, à ta place, j’aurais pris la sagesse.
    _Nelson Mandela haussa les épaules et répondit :
    _* »Chacun prend ce qu’il n’a pas »*
    _M. Peters, à ce moment était sur le point de réagir, bouillonnant de fureur. Sa colère était si grande qu’il écrivit sur la feuille d’examen de Nelson Mandela le mot_ « IDIOT »
    & _l’a donné à l’icône de la future lutte.
    _Mandela prit la feuille d’examen et s’assit à son bureau en essayant très fort de rester calme pendant qu’il envisageait sa réponse
    _Quelques minutes plus tard, Nelson Mandela se leva, se dirigea vers le professeur et lui dit d’un ton poli et digne :
    _*«Monsieur Peters, vous avez signé votre nom sur la feuille, mais vous avez oublié de me donner ma note.
    Ne plaisante pas avec des gens intelligents. Transmets-le à tes amis intellectuels …

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