AUJOURD’HUI 15 JUIN 2016, MON COIFFEUR EST PARTI

Mon coiffeur a quitté le pays. Je n’en reviens pas. Il y avait 20 ans que j’étais son client. Il était socialiste.

En Avril 2012, je me souviens de sa joie lorsque son candidat était arrivé en tête du premier tour des élections présidentielles, puis les avait gagnées.

Dès le lendemain, mon coiffeur avait fait des propositions constructives. A l’époque, une coupe travaillée, accompagnée de quelques soins, coutait environ 100€. C’était cher. Beaucoup de personnes ne pouvaient se payer ce luxe. Elles se débrouillaient tant bien que mal, et surtout elles espaçaient leurs visites chez lui, ce qui le désolait. Non pas pour le manque à gagner, son salon était plein, mais pour la tenue capillaire de l’ensemble de la population du quartier.

Il rêvait de coiffer et de raser gratuit.

Quelques jours après les élections, il nous a soumis le projet d’une cotisation mensuelle pour tous les habitants du quartier, qui permettrait de se faire coiffer et raser chez lui gratis.

Le principe fut adopté et, pour la moitié du prix de ses prestations, soit 50€, nous avions coupes et rasages gratuits, une fois par mois. Tout allait bien. Il gagnait moins sur chaque prestation, mais, comme il en rêvait, tout le monde venait et le quartier était coiffé et rasé de près. Son chiffre d’affaires global avait augmenté lui permettant d’avoir des prix sur les produits. Tout cela dans la bonne humeur.

Malheureusement, sachant que chez lui on rasait gratis, des personnes des quartiers voisins sont venues. Il a mis un certain temps à s’en apercevoir.

Puis, soudain, il a eu des problèmes financiers qu’il n’avait jamais connus, notamment un manque de trésorerie pour payer son personnel et ses produits. Il a fallu organiser l’accès à sa boutique qui était jusque là libre. Nous avons alors reçu des tickets contre notre paiement mensuel. Il a dû installer un contrôle à l’entrée de son salon pour vérifier les tickets, ce qui a entamé la convivialité.

Les habitants des quartiers voisins nous ont jalousés. Parmi nous certains avaient de la famille dans ces quartiers, ils ont dû cesser de payer la cotisation mensuelle pour éviter des conflits familiaux. D’autres ont mis cette excuse en avant pour ne pas payer, eux aussi, la cotisation mensuelle.

Nous avons fait appel au maire.

Le maire, conscient du problème, a pris un arrêt municipal rendant la participation financière au salon obligatoire à tous les habitants du quartier. Evidemment, cette obligation a largement entamé la convivialité. L’ambiance était tendue dans le salon.

Le maire a alors demandé une salle spéciale, avec entrée particulière, pour lui et ses amis, plus une partie de la cotisation qu’il avait rendue obligatoire, ce qui lui fut légitimement accordé.

Les clients, payant tous également, imposèrent une coupe et un rasage unique pour éviter les injustices. Où le problème se compliqua, ce fut lorsque certains décidèrent qu’ils ne voulaient plus être rasés. Cette manifestation de mauvaise humeur contre un service collectif, qui était devenu accessible à tous, qui permettait au quartier d’avoir une belle image, était inadmissible, il faut bien le reconnaître.

Lorsque cela devint presque systématique le maire dû prendre un nouvel arrêté qui rendait le passage chez le coiffeur obligatoire, aussi bien pour la coupe que pour le rasage. Il y eut des manifestations de barbus.

Certains prétendaient qu’ils ne vivaient ici que pour dormir, que leur vie professionnelle était dans des quartiers ou chacun faisait ce qu’il voulait de ses cheveux et de sa barbe. Ils ne respectèrent pas l’arrêté.

L’ambiance amicale et collective du salon se dégrada terriblement. Le coiffeur et ses employés étaient régulièrement l’objet de critiques acerbes. Leur travail périclita, au point qu’il devenait pénible d’aller se faire couper les cheveux et raser.

Le coiffeur était toujours passionné par son métier, mais il ne gagnait plus d’argent. Peu lui importait personnellement, c’était un passionné, mais il n’arrivait plus a trouver du personnel lui aussi passionné. Le rythme de production faiblit et il lui fut très difficile d’assumer une prestation par mois à tous. Certains payèrent donc sans pour autant avoir la prestation, ce qui fit encore des mécontents.

Mais, comme la présentation des gens du quartier, grâce à cette organisation, était exemplaire, elle fut étendue à tout le pays par la loi.

Ce fut le début de ce que l’on appela : la loi des gratuités sociales.

Le même principe fut mis en place pour toutes les prestations. Cela entraina une obligation de surveillance maximum pour éviter la tricherie et le mauvais esprit.

Et, finalement, le gouvernement dû se résoudre à la fermeture définitive des frontières le 16 Juin 2016. Cela pour éviter que les citoyens aillent payer des coiffeurs ailleurs, ce qui perturbait gravement l’équilibre de nos salons de coiffure gratuits et générait des injustices capillaires.

Et bien, figurez-vous que le 15 Juin, la veille, mon coiffeur a fuit le pays. Il faut dire que c’est lui, personnellement, qui coiffait les élus, il savait donc que les frontières allaient être fermées.

Bien cordialement. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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