Fiches de lecture.

En cette période estivale où les actualités ont tendance à prendre aussi des vacances, je viens vous proposer 3 fiches de lecture.

Tout d’abord, je vous invite à lire 2 ouvrages historiques de l’immense auteur qu’était Stefan Zweig, écrivain né autrichien, naturalisé britannique après avoir dû fuir l’Allemagne nazie parce juif, qui s’est suicidé en 1942 parce qu’il était écœuré par le monde de l’époque.

Ensuite, je vous propose un livre d’avantage d’actualité avec Eric Zemmour.

Joseph Fouché par Stefan Zweig au livre de poche 2000 (1ère édition : 1930)

Stefan Zweig nous propose le portrait d’un individu hors normes tout en faisant une description pas très flatteuse du célébrissime ministre de la police de Napoléon Ier mais qui a en fait exercé son ministère sous la République, sous le Directoire, l’Empire mais aussi sous la Restauration.

Il a passé l’essentiel de sa vie dans les coulisses du pouvoir et a commencé comme prêtre et enseignant, sans toutefois prononcer ses vœux.

Elu député modéré à la Convention dès 1792, il devient communiste enragé et pilleur d’églises, puis est envoyé spécial à Lyon (avec Collot d’Herbois) pour pacifier la ville qui s’était révoltée contre la révolution (un comble).

Il y fait exécuter 1.600 personnes en les mitraillant au canon ! Pas question de mollir avec les traitres !

Il a voté la mort de Louis XVI mais il a aussi réussi l’exploit de survivre à la Terreur et de vaincre le redoutable Robespierre (dont il faillit devenir le beau-frère avant la Révolution ) !

Devenu ensuite ministre de la police, il a accumulé des fiches et des papiers compromettants sur tout le monde (de ce fait il faisait peur) et même Napoléon s’en méfiait !

D’origine modeste, mais travailleur infatigable et d’un sang-froid inébranlable, il a été fait duc d’Otrante par Napoléon et est devenu riche à millions (on lui prêtait une fortune de 20 millions de francs) tout en étant d’une avarice sordide.

Évincé lors de la Restauration après avoir pourtant tout fait pour favoriser le retour de Louis XVIII, il a réussi à soutenir l’empereur lors des 100 jours puis, par chantage, à devenir encore une fois ministre de Louis XVIII avant d’être enfin exclu de la vie politique.

Amoral, sournois, fourbe, menteur, calculateur, trahissant tout le monde, la personnalité de ce Fouché décrit par Stefan Zweig est très inquiétante surtout que sa « carrière » a quand même traversé au moins 3 régimes politiques.

Homme de l’ombre, dissimulé et manipulateur, c’était, avant l’heure, un vrai politicien moderne !

Par la même occasion, Stefan Zweig nous décrit avec lucidité une vision de la Révolution Française un peu éloignée de la vision traditionnelle française véhiculée par l’éducation nationale et telle qu’on me l’a enseignée … avec des révolutionnaires cupides, mesquins, fourbes, lâches, menteurs, manipulateurs !

Ce livre est un formidable rappel des abus et des exactions commises au nom de la liberté et de la Révolution !

Marie-Antoinette par Stefan Zweig 1ère édition 1933 – disponible en version numérique libre de droits

Stefan Zweig fait une description saisissante de cette princesse autrichienne, épouse à 15 ans de Louis XVI, et des abominations qui lui ont été infligées de 1791 à 1793; jusqu’à son exécution sur la place de la Révolution (aujourd’hui place de la Concorde).

Née dans le luxe, vivant une vie de princesse au sens actuel du terme, elle était jusqu’à la Révolution ce qu’on appelle à Marseille une « tronche vide » !

Préoccupée uniquement d’elle-même, hautaine, vivant complètement coupée du monde réel une vie de plaisirs et de luxe avec une suite de courtisans largement récompensés par ses soins, dépensant sans compter l’argent de l’Etat et profitant de la faiblesse de son royal époux, elle a connu une prodigieuse mutation lorsque les événements révolutionnaires se sont imposés à elle !

On apprend que le roi était un personnage bonasse, mou, sans caractère, incapable de prendre une décision, complètement dépassé par les fonctions de sa charge et ensuite par les événements et que, finalement, l’homme du couple c’était elle !

On y redécouvre l’affaire du collier de la Reine, énorme escroquerie à laquelle Marie-Antoinette n’a été mêlée qu’à son insu et on sourit, voire carrément on éclate de rire, quand est racontée l’implication du personnage principal de l’affaire : le cardinal de Rohan.

Disons le tout net, cette femme, adulée par les français (200,000 personnes sont venues l’acclamer lors de son trajet de Versailles à Paris) puis rejetée, détestée, haïe au delà de l’imaginable, a connu une fin de vie misérable, littéralement martyrisée par des révolutionnaires décrits comme de sinistres individus.

On y apprend aussi que les événements révolutionnaires n’ont souvent pas été fortuits mais ont été minutieusement calculés (notamment lorsque les femmes de Paris sont allées chercher le roi et sa famille pour les ramener à Paris ou encore les émeutes aux Tuileries qui ont fait 1.000 morts) !

Elle a fini à 38 ans sur l’échafaud alors qu’elle était déjà très malade (elle avait un cancer de l’utérus et d’importantes hémorragies) et n’aurait probablement pas survécu plus d’un an au jugement qui l’a condamnée.

Son erreur politique a été d’avoir imposé au roi (lui il était prêt à tout) un refus de mutation de la royauté en monarchie constitutionnelle parce que c’était contre ses convictions profondes et ses habitudes.

Elle n’a pas compris la nature du mouvement révolutionnaire et n’admettait la royauté qu’absolue et de droit divin !

Condamnée sans preuves, on sait néanmoins aujourd’hui qu’elle avait trahi en communiquant aux autrichiens les plans de l’armée française puisqu’on a retrouvé en Autriche des papiers compromettants. Mais, était-ce trahir que de communiquer à des alliés les plans d’un gouvernement qui l’avait renversée et n’avait à ses yeux aucune légitimité ?

Il est bien, de temps en temps, de se rappeler que notre vision de la Révolution française, événement fondateur de la République française, n’a pas été l’événement idéalisé qu’on nous présente mais un cataclysme qui a pris fin avec le Directoire et la prise en main des affaires publiques par un petit général corse, après avoir fait beaucoup de victimes innocentes !

Enfin, en lisant ces deux ouvrages, vous verrez que les bolcheviks n’ont rien inventé en matière de révolution !

Un quinquennat pour rien : d’Eric Zemmour  Edition : Albin Michel 2016

J’aime bien Eric Zemmour pour ses analyses et son intelligence ; même s’il insupporte pas mal de monde !

Ce livre, dans lequel il déroule un catalogue des faits importants ou non, français ou internationaux, qui se sont produits pendant le quinquennat de François Hollande, en y mettant sa vision des choses, présente 3 axes principaux :

  • I- une vision du monde politique avec une aversion pour les socialistes et F Hollande en particulier dont il fustige la nullité, ainsi que celle de tous ses ministres (Taubira tout spécialement) à l’exception d’un seul Le Drian.
  • II- une dénonciation de l’Islam et ses avatars, ainsi que l’immigration.
  • III- un aspect économique avec une dénonciation de l’Europe et de l’Allemagne.

I- Le premier point est un parti pris politique à propos duquel il n’y a pas grand chose à dire … cela dépend des convictions de chacun !

F Hollande est décrit comme un technocrate, un inspecteur des impôts, crypto-libéral (!?!) inféodé au patronat et qui n’a eu de cesse de faire des cadeaux à ce même patronat !?!

Il le voit comme le petit toutou obéissant d’Obama et de Merkel !?!

II- Le deuxième point est plus intéressant.

En effet, Zemmour présente une analyse tout à fait remarquable de la situation de l’Islam, des islamistes, djihadistes et autres terroristes en France ; analyse à laquelle je souscris entièrement puisque j’ai connu cette situation dans les quartiers nord de Marseille.

C’est à mon sens le seul point intéressant de ce livre ! Le seul point discutable est que selon lui il n’y a pas à faire de distinction entre islamistes, djihadistes et autres musulmans : c’est l’Islam en tant que tel et dans sa globalité qui est dangereux !

III- Pour le dernier point, je serai plus circonspect car pour Eric Zemmour, la France heureuse s’est arrêtée en 1973 et le dernier homme politique d’envergure a été Pompidou ; l’élu de son cœur restant évidemment le général de Gaulle … ou Napoléon 1er !

Il est vrai qu’on peut difficilement lui donner tord puisque, depuis Giscard, le pays est « dirigé » par des fonctionnaires, par des technocrates sans vision d’avenir ; ce que j’appelle, pour ma part, des « compteurs de chaussettes » !

Zemmour aime les hommes forts et d’ailleurs il ne cache pas son admiration pour Vladimir Poutine…

Pour tout dire, Eric Zemmour est contre tout et déteste tout le monde et, ce n’est pas une surprise, c’est un souverainiste (de droite).

De ce fait, il est contre l’Europe, contre l’€, contre les USA (grand Satan), contre les anglo-saxons, contre la mondialisation, il exècre les socialistes et leur morale, il déteste l’Allemagne qu’il rend responsable de la situation européenne et plus particulièrement de la France ; il hait le libéralisme !

Pour lui, l’Europe ça ne marche pas, il n’y a pas de nation européenne, et il présente l’administration européenne comme une organisation exclusivement technocratique oligarchique, non démocratique à la botte des allemands !

Évidemment, il souhaite un retour à la France souveraine, dans ses frontières, sans immigration, à un colbertisme vigoureux avec un État stratège, à la famille traditionnelle … loin des LGBT, transgenres et autres …

Il a finalement des conceptions très proches de celles du Front National.

Seulement, il fait d’énormes confusions en matière économique dont on ne peut pas être certain, compte tenu de l’intelligence de l’auteur, qu’elles soient plus ou moins volontaires !

Il confond richesse et création monétaire et ne voit pas que nous vivons sous relance keynésienne depuis 30 ans puisque nous vivons au dessus de nos moyens en empruntant sans cesse sur les marchés jusqu’à 30% du budget de l’État !

Il veut le retour à une monnaie nationale avec laquelle on pourra faire des dévaluations compétitives alors que la dévaluation n’est pas autre chose qu’une sanction et une perte de pouvoir d’achat et que la dévaluation n’est jamais compétitive !

Il reprend d’ailleurs l’idée du FN de mettre en place un système ingérable de double monnaie € /franc, €/ drachme, €/mark … pour réserver l’€ aux échanges internationaux et utiliser une monnaie fantoche manipulable à volonté par les politiques pour l’économie intérieure !

Pour lui, la zone € est une hérésie car et, c’est le seul point où je partage son avis, « dans une zone unifiée par une monnaie tous les capitaux et toutes les ressources convergent mécaniquement vers la zone la plus développée et la plus productive » (l’Allemagne).

Le principe est vrai mais les dérapages constatés ne sont pas liés à ce point car les états surendettés (du sud notamment) ont surtout profité d’une monnaie forte et de taux d’intérêts allemands (donc bas) pour dépenser au delà de toute raison dans une espèce de clientélisme débridé sans d’une part vouloir faire les réformes d’adaptation nécessaires au monde qui change et d’autre part, sans vouloir voir autre chose que la facilité avec laquelle on pouvait emprunter, quasiment sans limites, de l’argent pas cher sur les marchés !

La véritable transgresssion de l’€ a été de déroger à la règle selon laquelle « un pays avec une mauvaise économie a nécessairement une mauvaise monnaie et ne peut pas emprunter indéfiniment sur les marchés » !

En fait, l’adhésion a une monnaie unique obligeait à faire les réformes pour rester compétitifs par rapport au plus compétitif des pays membres mais cette démarche n’a été engagée nulle part … jusqu’à la crise !

Par ailleurs, il est un tenant de l’État stratège mais ne voit pas que l’État stratège est un désastre économique qui n’a compensé ses pertes énormes qu’avec des impôts !

Son livre contient des affirmations pour le moins tendancieuses, tout comme il revisite les événements à travers son prisme personnel (je ne partage pas vraiment sa vision de la crise grecque de l’été 2015) ; même si certains faits sont analysés avec acuité.

Pour lui le libéralisme est de gauche (!?!) et il détruit famille, patrie, frontières, église, État, racines, religion. Alors, il est sûr que la droite colbertiste et jacobine n’est pas libérale mais il n’y a pas plus antilibéral que le socialisme et tous ses avatars !

Son modèle économique et social est le Japon avec une dette nationale exclusivement détenue par les japonais, pas de chômage, pas d’immigration, pas d’insécurité, une émission monétaire énorme dans le cadre des abenomics pour relancer la « machine économique » … en oubliant de dire que ces abenomics ont été un échec patent !

Non, l’Allemagne, l’€, l’Europe ne sont aucunement responsables de l’état de la France ! Si la France est dans cet état c’est en raison du maintien d’un modèle économique non compétitif (trop d’impôts, trop de charges, un marché de l’emploi trop rigide, trop de fonctionnaires, ….) avec des coûts trop importants que nous n’arrivons plus à compenser alors que nous avons le record d’Europe des impôts !

Évidemment, ce type de livre présente le défaut d’être assez vite daté car, il en est ainsi de l’actualité, elle change tous les jours !

Bien cordialement à tous

Απο την Ελλαδα (de Grèce).

PHILOS

A propos PHILOS

Né en 1958, titulaire d’un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis un ancien avocat fiscaliste et partage ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, très à cheval sur les libertés individuelles, j’ai un ennemi : l’étatisme rampant qui détruit le tissus économique et social.

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2 réflexions au sujet de « Fiches de lecture. »

  1. Bsr,
    l’€ a permis à tout les parasites fiscaux comme politiques de s’augmenter en euros comme ils s’augmentaient en francs!

    Voici un peu de clarté 😉

    http://www.lessentiel.lu/fr/news/europe/story/Le-salaire-de-Juncker-et-consorts-va-augmenter-30717131

    Le salaire des fonctionnaires européens va augmenter de 2,4% cette année avec effet rétroactif. Jean-Claude Juncker touchera ainsi 31 272 euros par mois, par exemple.

    http://www.contribuables.org/2016/06/hotels-de-luxe-jets-prives-limousines-les-depenses-des-bureaucrates-de-lunion-europeenne-en-2014/

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