J’ai marché sur la queue du dragon

Accidentellement, sans en prendre conscience, il y a bientôt vingt ans, j’ai marché sur la queue du dragon. Bien que quantité négligeable, j’ai ainsi malheureusement attiré son attention, depuis il crache régulièrement du feu dans ma direction, c’est très inconfortable, ce fut presque mortel au début.

Je ne veux pas me trouver d’excuses, mais sachez que j’ignorais totalement qu’il y avait un dragon.

J’ai été élevé dans le culte de l’effort personnel, de la responsabilité, de la liberté individuelle, de la conséquence de ses actes, personne ne m’avait parlé du dragon. L’intelligence et le travail, accompagnés de l’intégrité, m’avait-on expliqué, suffisent à l’homme pour lui assurer une vie ouverte, la réussite et la joie de vivre.

Pour le bonheur on avait eu la sagesse de m’expliquer que, comme le malheur, il ne dépend pas de nous mais du hasard.

Concernant la liberté individuelle, essentielle à l’épanouissement de ces « qualités », l’Etat était, soi-disant, chargé de me la garantir.

C’est vous dire si la découverte soudaine du dragon, qui plus est dirigeant ses feux sur moi, m’a laissé pantois.

C’est au niveau de l’appréciation de l’intelligence que j’ai été abusé. On m’avait laissé croire qu’elle était la clef universelle, l’atout maître. Il n’en n’est rien. L’atout maître est le pouvoir, rien d’autre.

Et c’est ainsi que naquit le dragon.

Comprenez bien ceci : l’intelligence et le pouvoir sont inconciliables. En effet, le pouvoir demande inévitablement des compromissions (raisons d’Etat) que l’intelligence réprouve, ne peut tolérer.

Les plus intelligents, sauf à être vicieux, se détournent donc du pouvoir, ils n’éprouvent pas le besoin de l’exercer, d’affronter son cortège d’injustice, de bêtise et de mensonge, ils savent construire leur vie d’homme sans passer par la case pouvoir.

Il n’en est pas de même des cons. Les voici bien dépourvus lorsqu’ils prennent conscience de leur sottise, car ils en prennent irrémédiablement conscience, dès l’école ou un plus tard dans la vie. Pour le con, la moindre décision entraine des catastrophes en série. Il faut bien alors qu’il trouve une solution pour remplir quand même, au mieux, le petit instant que nous passons tous sur cette terre. Il comprend vite que la solution pour lui est de s’emparer du pouvoir.

Voilà donc ceux qui nourrissent le dragon du pouvoir : les cons.

La bête immonde peut se cacher partout, tous les systèmes sociaux sont susceptibles de la nourrir. Evidemment, la logique administrative est le terreau d’excellence pour l’épanouissement du dragon. Cette logique administrative touche les Etats, mais aussi les grosses entreprises.

Le fonctionnement est simple :

– L’obtention du pouvoir à l’intérieur du dragon est erratique, lié à des règles sans aucun rapport avec les compétences recherchées.

– Une fois obtenu, le pouvoir est totalement irresponsable, pour celui qui à la prudence de ne jamais s’exposer.

La conséquence de ce fonctionnement fait que le dragon est irresponsable, sans possibilité de décider. Il agit sur sa lancée, sans que personne ne puisse savoir ni par qui ni pourquoi il a été lancé.

Le dragon est indépendant des hommes qui le composent, il agit sagement ou follement sans aucune raison, il est un dragon, point. Une force tonitruante et aveugle.

Il abrite et nourrit largement ceux qui sont en son sein, les cons qui s’y trouvent bien.

C’est le dragon fiscal que j’ai accidentellement dérangé en lui marchant sur la queue, le dragon judiciaire l’a suivi, ça était chaud, ça l’est encore pas mal.

Comment tout cela est-il arrivé ?

Il me semble qu’en fait quelque ennemi, dont je ne donnerai pas le nom, a mis la queue du dragon sous ma semelle, l’accident n’est pas totalement dû au hasard.

Quoiqu’il en soit, aujourd’hui je me suis plus ou moins habitué aux hurlements de ces dragons, j’ai compris qu’ils ne peuvent rien sur ma vraie vie, juste écorner un peu les apparences, mais qu’importe.

Je ne serai pas le chevalier qui terrasse le dragon, l’aventure ne me tente pas, et de toute façon celui-ci terrassé un autre prendra immédiatement sa place, la foultitude de ceux qui les composent est illimitée.

Que dragons et pouvoir aillent au diable, je m’en tape.

 

Bien cordialement et bon mois d’Août. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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