J’ai vu trois villes se suicider

La première Rochefort sur mer (17)

Dans les années 1970, le maire Frot a souscrit à un projet démagogique de Giscard, le contrat « ville moyenne ».

Il a englouti dans ce projet toutes les forces économiques de la ville pour rénover un bâtiment historique, patrimoine sans retour économique, dont le sauvetage aurait dû, éventuellement, être pris en charge par l’Etat mais certainement pas par le budget d’une petite ville de 30.000 habitants.

Ainsi, lorsque l’armée, qui était le fond de commerce de cette cité, l’abandonna, elle ne fut pas en mesure de racheter le bâtiment et le parc prestigieux qu’était l’hôpital de la Marine, passant ainsi à côté de l’opportunité de faire de sa station thermale une des plus attirantes de France, à une époque où cette activité économique était en pleine croissance. Aujourd’hui cette ville se meurt.

La deuxième Sète (34)

En 2004 l’Etat décide de se débarrasser de la gestion de ses ports. Le maire de Sète, Commeinhes, laisse la région, qui lui est politiquement opposée, s’emparer du port.

Ce faisant, il perd la maîtrise de tous les plans d’eau étroitement imbriqués dans sa cité. Ils sont son seul capital économique.

La région, répondant à des stimuli strictement politiques, a mis en œuvre une vaste opération de réhabilitation du port, sans prendre en compte les intérêts futur de la cité.

C’est ainsi qu’aujourd’hui — alors que le pouvoir régional n’est plus dans la ville voisine de Montpellier mais à Toulouse — le port de plaisance, qui aurait dû naître à Sète et favoriser l’éclosion de l’industrie touristique, est un fiasco total dont la ville ne se remettra pas.

La troisième La Rochelle (17)

Ici la ville est en concurrence avec ses voisines Niort et Poitiers pour prendre le leadership régional.

Le hasard fait qu’un terrain de 100 hectares en centre ville permettrait à la fois de développer un projet régional « commercialo-ludique »,  un parking de dissuasion libérant le centre historique, une zone d’habitat durable et un transport urbain par câble futuriste.

Le maire Bono et son successeur Fountaine s’opposent farouchement à ce projet, au point de sacrifier cette zone vitale pour l’avenir de la cité en la qualifiant d’agricole dans les documents d’urbanisme, ce qui est notoirement ridicule. Les conséquences à moyen et long terme seront désastreuses.

Quels sont les points communs de ces trois suicides économiques ?

Premier point

Un excès de pouvoir économique des élus à travers le dévoiement des règles d’urbanisme.

Faites initialement pour harmoniser le développement, elles sont devenues, avec la complicité des tribunaux administratifs, le bras armé du pouvoir économique absolu exercé par les administrations municipales, dont les élus sont les otages, voire les complices.

C’est le collectivisme total des économies locales, puisqu’il n’est pas d’économie sans bâti.

Deuxième point.

L’incompétence économique vertigineuse des élus.

La démocratie, telle que nous la connaissons, n’accorde aucune place à la compétence économique des candidats.

Au contraire, pour ces trois exemples, et alors qu’ils ont terriblement appauvri leur collectivité, les élus responsables ont enrichi leur trajectoire politique.

Troisième point

Ces errements ne sont pas détectables autrement que par une connaissance microéconomie des cités en cause. C’est dire qu’il n’existe aucune solution de tutelle imaginable dans le cadre de la décentralisation.

Seule l’obligation pour les candidats de présenter lors des élections un projet économique dont ils seraient ensuite responsables serait de nature à changer les choses.

Sans quoi, comme c’est le cas aujourd’hui, ils sont les jouets des groupes d’influences corporatistes, largement occultes, indifférents à l’intérêt général, seulement intéressés par leurs privilèges catégoriels ou sectaires.

Quatrième point

Les conséquences de cette médiocrité, de ces absences de vision économique se traduisent en pression fiscale.

Puis, lorsque celle-ci devient insupportable, en recherche de bouc émissaire vite trouvé : le riche, si possible « fraudeur fiscal ». Sinon, comment serait-il riche ?

En réalité

Je connais intimement ces trois villes. J’en connaîtrais pareillement dix, cent ou mille, je suis convaincu que je pourrais en chacune relever les mêmes problèmes.

Ce pays se meurt plus de l’incompétence de ses élus locaux, des trafics d’influence qui les entourent, que de l’obésité de son État.

Bien cordialement. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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