La compagnie de CRS

Cet après-midi à Bercy, à 18H, nous avons été accueillis par une compagnie de CRS.
Je vais, tous les deuxièmes Jeudi du mois depuis un an, me recueillir à Bercy, face au tombeau de mes économies disparues. Je vous propose régulièrement d’en faire autant, l’exercice est salvateur. En principe mon épouse et moi-même sommes seuls. Une amie participe à notre peine, Sylvia, elle la partage. Quelques fois aussi un parent proche, rarement un inconnu. Il ne s’agit en aucun cas d’une manifestation. Chacun se recueille en silence. Seul dans son recueillement, comme il se doit.

Or, aujourd’hui, à 18H, une compagnie de CRS, plus une chef des renseignements généraux, nous attendent. Les deux sont en contact constant et direct par talkie-walkie avec la hiérarchie centrale dont ils reçoivent les ordres sans interruption. Je suppose qu’ils étaient en ligne avec Cazeneuve lui-même,.

Je me dis, stupéfait, que nous allons être des milliers à nous recueillir, que les renseignements généraux qui savent tout en sont informés, alors que moi évidemment je l’ignore.

Imaginez mon émotion à l’idée d’un tel mouvement de piété, la force romantique et désespérée d’une foule venant en silence honorer la disparition de ses économies, là à Bercy où elles ont disparu.

Formidable non ?

Revenons sur terre. Les forces du désordre nous apostrophent en ces termes :

– Vous êtes la manifestation qui nous a été signalée ?

Nous répondons :

– Pas du tout, nous ne sommes là que dans le cadre d’un recueillement personnel.

– Ce n’est pas possible, nous disent-ils, vous devez aller manifester en face, c’est là que nous sommes chargés de vous conduire.

Nous expliquons alors que nous ne souhaitons nullement manifester, que notre présence est personnelle, affective, sentimentale.

Rien y fait, nous sommes sommés d’aller manifester en face.

Quelques minutes d’explication plus tard nous comprenons que nos amis « Contribuables Associés« , qui sont pointilleux sur la réglementation et fâchés après le député Thévenoud, ont demandé et obtenu le droit de manifester, justement aujourd’hui Jeudi de 18H à 19H, devant Bercy.

Enfin, pas exactement devant Bercy, mais sur la place entre entre Bercy et le troquet d’en face, où nous allons boire un « Viandox » l’hiver après nous être pelés à l’occasion de nos prières mensuelles.

Voilà nos musclés CRS qui, face à notre incrédulité, commencent la manœuvre de la tortue romaine chère à Uderzo et Goscinny. Ils se rapprochent de nous, nous sommes quatre malingres, ils sont une dizaine de colosses, et nous canalisent tels les bisons des grands espaces, pour nous emmener au marquage.

Mais nous nous insurgeons. Nous respectons évidemment nos amis « Contribuables Associés », mais nous ne voulons pas manifester pour Bercy, contre un député tombé dans une misère si grande qu’il n’arrive pas à payer ses impôts.

Nous sommes alors avertis par les CRS que nous allons être embarqués au poste.

En résumé la situation est la suivante :

Nous sommes sur la place publique de Bercy, où nous ne manifestons rien d’autre qu’une pensée, un souvenir à nos économies disparues, ceci en silence, sans signe extérieur, au point de passer inaperçus depuis un an. Quand « Contribuables associés » dépose une demande d’autorisation pour une manifestation, que nous respectons mais qui nous est complètement étrangère, à laquelle les CRS accompagnés des renseignements généraux nous somment de participer, nous précisant qu’en cas de refus nous serons emmenés de force au poste de police. Tout va bien.

Après une négociation serrée nous avons obtenu, de haute lutte, le droit d’aller boire notre coup traditionnel au troquet d’en face. Quel beau pays, de liberté, la France.

Pour en revenir au député Thévenoud, est-ce un bon procès ? Car enfin, n’est-il pas dans la ligne ? Ne devons nous pas avoir les députés les plus pauvres du monde ? L’honneur d’un député n’est-il pas d’avoir été incapable de gagner le moindre sou, d’avoir fait la moindre économie ? Ne sont-ils pas surveillés très strictement à ce sujet ? N’ont-ils pas tous fait des déclarations sur l’honneur de ne rien posséder après des années d’études et de travail acharné ?

Alors, dans cette optique, Thévenoud n’est-il pas le meilleur d’entre eux, bien au dessus de l’autre ? Lui qui n’arrive à payer ni ses impôts, ni son coiffeur, ni son boulanger, tant sa misère est profonde.

Tout va bien, je m’entraine pour arriver le plus tôt possible à marcher sur la tête, comme tout le monde. Bien cordialement. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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