LA LOCOMOTIVE. RENCONTRES AVEC LES BANQUES…(extrait 4)


Nous nous sommes réunis avec Garcin et nous sommes arrivés à la conclusion qu’il faudrait trouver au minimum 2.000.000 de frcs (300.000€)
C’était complètement irréaliste et il en faudra 10 fois plus !
Nous étions complètement à côté de nos pompes.
Comment étions nous arrivés à ce chiffre ridiculement bas, je ne m’en souviens plus, mais je remercie encore et toujours notre inconscience commune.
En effet, si le montant réel, même approximatif, environ 2.500.000€, était sorti de nos cogitations, l’affaire se serait arrêtée là.
Nous aurions été obligés de  jeter l’éponge devant l’énormité, pour nous, de trouver un tel paquet d’oseille.
A ce moment là, c’était 300.000€, il nous fallait donc trouver ces 300.000€.
Difficile mais pas impossible, pour un tel projet, me répétais-je sans arrêt, appelant l’ami Coué à la rescousse.
J’allais donc voir Harry Oualli, notre comptable et je lui demandais qu’il nous fabrique un beau bilan prévisionnel.
Je ne lui demandais pas de l’ « influencer» car nous croyons tous à ce projet mais évidemment nous n’avons aucune idée des chiffres attendus.
Tic tac, sans perdre un instant et malgré notre boulot, qu’il fallait assumer, chez Rosebud, j’essayais de prendre des rendez-vous avec les banques.
Je voulais les rencontrer le plus vite possible. Je présumais qu’elles donneraient leurs avis 15 jours/3 semaines après ma visite.
J’avais déjà perdu une semaine avec la préparation de ce foutu bilan prévisionnel et les jours envolés avaient déjà entamé notre réserve d’oxygène.
Il ne fallait pas musarder.
Bref, je pris des rendez-vous avec tout ce qui ressemblait de près ou de loin à une banque. Une vingtaine plus ou moins.
En attendant le premier, je me répétais mon baratin. Je le peaufinais. Je le retravaillais sans cesse y ajoutant des nouveaux arguments, en enlevant d’autres.
Je révisais comme pour un examen…
Le « grand jour » arriva.
J’avais soigné mon look : des fringues cool mais style jeune loup dynamique. Jeans, tiags, chemise/cravate avec blazer croisé.
La panoplie complète du mec responsable et entreprenant mais ambiance rock discret.
Il ne fallait pas oublier que notre projet était une discothèque rock et donc il fallait que j’en aie l’allure. De ce côté, je n’avais pas à me forcer, c’était mon look habituel. Juste accentuer un peu le coté « sérieux et responsable ».
Bon, j’arrive donc à la banque, laquelle ? Aucune idée, et je suis reçu par le crétin de service. Je le sens tout de suite. Pourquoi sent-on, même avant de s’assoir que l’on a affaire à un crétin ? Une histoire d‘ondes pourries que l’on sent d’entrée de jeu ? Mystère et boule de gomme.
La discussion est totalement sans intérêt. C’est un monologue de ma part. Mon interlocuteur, acquiesce de temps en temps, opine du bonnet, émet quelques petits bruits pour montrer qu’il est vivant et que je  peux interpréter de différentes façons.
Malgré son indifférence, qu’il essaye de cacher, derrière des oui oui polis, je lui fais mon numéro intégral. Je l’assomme d’arguments, de chiffres positifs. Je fais les questions et les réponses ! De temps en temps, il jette un œil vague sur mon beau bilan prévisionnel qu’il tapotte du bout des doigts et discrètement sur sa montre. Il fini par me dire au bout d’une demie heure «  vous avez besoin de combien ? 2.000.000 de frcs je lui réponds du tac au tac.
2.000.000 de francs, je vais transmettre, car cette somme ne dépend pas de nous.
C’est le siège qui décide. Comptez environ 15 jours et je vous appelle pour vous donner leur réponse. »
Il me raccompagne à la porte de son cagibi, heureux de s’être débarrassé de moi et de mon projet à la con. Il va pouvoir retrouver ses collègues, aller à la machine à café et enfin s’occuper de choses vraiment sérieuses, comme essayer de placer des plans d’épargnes bidons aux clients de sa banque. Là au moins il touche des primes.
En me serrant la main, qu’il a moite, il me balance dans les dents, d’un air « sans y toucher » la question qui tue.
« Au fait, Monsieur Bolling, vous avez des biens à mettre en garantie ?
Non, je n’ai rien. »
Si j’avais de l’argent ou des biens à mettre en garantie, je ne serais pas là à te faire mon numéro, pauvre ballot.
Et je me retrouve dans la rue.
Bonjour la douche ! Ça commence bien.
Pour un bide, c’est un bide.
Je ne m’affole pas. Ce n’est que le premier de la liste.
J’analyse à froid cet entretien désastreux.
Je pense que j’ai dû être mauvais. A un moment (mais lequel ?), j’ai dû me tromper de chemin. Je n’avais pas réussi à l’intéresser, à lui communiquer ma « foi ». La question était de savoir si l’on peut transmettre à un apprenti banquier inodore/incolore sa passion et faire en sorte que votre demande ne reste pas sous son paillasson mais qu’il l’appuie vers les étages supérieurs.
La réponse est non, mais cette réponse je ne la découvrirais qu’à la fin de ma tournée.
Je constaterais, ce que je subodorai depuis longtemps, que les banques ne sont pas là pour prêter de l’argent à un entrepreneur, qui a peut-être une bonne idée mais pas un rond, et comble de prétention pas de garantie ni de relations.
Il faut dire à leur décharge qu’ils n’y connaissaient rien au secteur de la nuit.
Les discothèques, pour eux, c’est de l’hebreu et en plus ça a des relents nauséabonds. Ca pue le truand et compagnie. Cette image/clichée nous a toujours collé à la peau et nous occasionnera par la suite bien des désagréments.
Cette réputation, pourtant, était de moins en moins d’actualité.
Depuis quelques années, une nouvelle race de patrons de discothèques était apparue : les patrons gestionnaires. Nous étions bien placés, avec notre boite de sécu, pour le savoir.
D’ailleurs, on ne disait plus boite de nuit mais discothèque. C’était un signe flagrant. Depuis la fin du Rock’N Roll Circus et son gang des postiches, nous n’avions plus rencontré de patron/truand. Mais l’image persistait. Elle avait la vie dure.
Seuls les boîtes à « filles » étaient et seraient encore contrôlées par le milieu.
Même les new look.
Seul, David Guetta résistera avec le Pink Paradise dans le 8eme. Cette résistance lui coutera un max d’argent, mais il ne cédera pas.
J’ai suivi, de loin, son combat et je ne peux que lui tirer mon chapeau d’avoir eu ce courage, car il en fallait.

Le lendemain, je repartais à l’assaut d’une banque : grosso modo même « entretien » avec le même crétin et le même résultat à la clef.
Au bout de la 7eme ou 8eme banque, j’avais le moral dans les chaussettes, mais pour mes associés je gardais une façade confiante et optimiste.
Eux, ils planchaient avec Garcin, sur le projet qui devenait de plus en plus concret et excitant.
A notre avocat, Me  Alain Cornevaux, que je voyais très souvent, je lui confiais mes doutes quant à l’obtention de ce prêt.
Je lui racontais mes visites aux banques et mon inquiétude de devoir rendre à la tante les 90.000€ du black que nous avions versé. On aurait du mal à les rembourser. Pour nous, à cette époque, c’était une énorme somme en fonction de ce que nous rapportait Rosebud.
Tout est toujours une question d’échelle, de moyens. Cette saloperie de prêt, comme un mirage, s’éloignait de nous chaque jour un peu plus. Je voulais garder le moral mais le feu sacré s’était éteint.
Je commençais à douter sérieusement. Et ça, ce n’était pas bon du tout.

Cornevaux me dit « gardez le moral Monsieur Bolling, rien n’est encore perdu.
Continuez et de mon côté, je vais voir ce que je peux faire »
Continuez, continuez, il était bien gentil notre avocat mais est-ce que j’avais le choix ?
Je repartais donc pour mon marathon bancaire.
Avant chaque nouveau rendez-vous, j’essayais de me persuader que cette fois ci serait la bonne. Que j’allais rencontrer le banquier/Messie. Qu’il allait me dire : «  Super, vraiment super votre projet. Nous allons vous suivre et vous accorder ce prêt ». Mais dans le milieu bancaire, pour les entrepreneurs désargentés et sans caution, le miracle n’existe toujours pas. Il n’est pas coté en bourse.
C’était la mauvaise pioche intégrale, le Waterloo de nos illusions.
Aux questions inquiètes de Kelly et Fred, je répondais que tout roulait comme prévu, que j’attendais des réponses et ce n’était qu’une question de temps.
J’avais de plus en plus de mal à leur mentir.
La nuit, dans mon lit, lorsque j’étais seul, je ne dormais plus. L’angoisse m’étreignait. La sueur, par moment, me recouvrait le corps.
Je criais, insultais tous ces putains de  banquiers de France et de Navarre. En deux mots j’étais aux portes de l’enfer.
Je ne revivrai une situation similaire que 25 ans plus tard à la mort de la Loco. En plus long et en beaucoup plus hard…

Tic tac, tic tac, il me restait, il nous restait une quinzaine de jours avant de remballer nos gaules, et comme disait Pierrette : Adieu, veaux, vaches etc… Vous connaissez la suite.
Nous serions revenus à notre point de départ, avec juste un léger bémol. Dans la bataille nous avions gagné 90.000€ de dettes. C’était le prix de l’illusion !

https://editions-sydney-laurent.fr/livre/la-locomotive-ou-la-fin-des-annees-rock/

Bolling Emmanuel

A propos Bolling Emmanuel

Emmanuel Bolling a été condamné le 12 janvier 2016 par jugement contradictoire à l'égard d'Anne Béot, inspectrice des impôts de Paris 18eme et partie civile. Emmanuel Bolling a été relaxé du chef de diffamation publique. Il a été reconnu coupable du chef d'injure publique envers fonctionnaire publique pour son article du 15 décembre 2014 sur le site témoignagefiscal.com intitulé "certain de leur impunité, rien n'arrête les agents du fisc". Il a été condamné à verser à Madame Anne Beot 500€. Emmanuel Bolling était un des créateurs et des dirigeants de la Discothèque LA LOCOMOTIVE à Paris. Ouverte fin 1986, décédée asphyxiée par le fisc fin 2009(RIP). Elle subira en huit ans trois contrôles fiscaux. 1992, 1996, 2000. E.Bolling contestera le deuxième (1996). Cette contestation justifiée entraînera immédiatement de la part de Bercy une série sans fin de saisies diverses étranglant son entreprise pour finir par la ruiner. Relaxée de l’accusation de « dissimulation de recettes » par le tribunal correctionnel de Paris en 2002, le fisc n’en continuera pas moins à poursuivre LA LOCOMOTIVE et ses dirigeants de son acharnement, pour les mêmes motifs, comme si de rien n'était... En 2014, après 18 ans de procédure, de procès et d’appels (gagnés ou perdus) dont la liste serait des plus ennuyeuse, E.Bolling et ses associés, ruinés, se battent toujours pour que l’on reconnaisse ce redressement pour ce qu’il est : un abus fiscal caractérisé. Il a initié deux nouvelles procédures devant le T.A.

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2 réflexions au sujet de « LA LOCOMOTIVE. RENCONTRES AVEC LES BANQUES…(extrait 4) »

  1. Poème de Pablo NERUDA= Prix Nobel de Littérature en 1971
    Il meurt lentement
    Celui qui ne voyage pas,
    Celui qui ne lit pas,
    Celui qui ne sait pas trouver
    Grâce à ses yeux
    Il meurt lentement
    Celui qui détruit son amour-propre,
    Celui qui ne se laisse jamais aider.
    Il. meurt lentement
    Celui qui devient esclave de l’habitude,
    Refaisant tous les jours les mêmes chemins,
    Celui qui ne change jamais de repère,
    Ne se risque jamais à changer la couleur
    De ses vêtements,
    Où qui ne parle jamais à un inconnu.
    Il meurt lentement
    Celui qui évite la passion
    Et son tourbillon d’émotions,
    Celles qui redonnent la lumière dans les yeux,
    Et réparent les cœurs blessés.
    Il meurt lentement
    Celui qui ne change pas de cap,
    Lorsqu’il est malheureux
    Au travail ou en amour,
    Celui qui ne prend pas de risques
    Pour réaliser ses rêves
    Celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
    N’a fuit les conseils sensés
    Vis maintenant.
    Risque-toi aujourd’hui.
    Agis tout de suite !
    Ne te laisse pas mourir lentement !
    Ne te prive d’être heureux !

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