La situation de l’Europe au regard de la crise italienne

Dans mon dernier article (ici) j’avais évoqué le problème des dettes publiques tout en évoquant la situation italienne ; laquelle comporte des risques économiques et financiers très importants au niveau européen.

La situation politique italienne :

Lors des dernières élections, la population a clairement signifié qu’elle ne voulait plus des politiciens traditionnels et a voté pour les nouveaux faiseurs de promesses simplistes et miraculeuses et pour un programme anti-austérité et anti-migratoire (les italiens ont été submergés par des migrants venus d’Afrique en passant par la Libye).

En fait, c’est toujours la même antienne : le politicien pour être populaire distribue l’argent des impôts puis des emprunts et, le jour où il n’y a plus d’argent, il est renvoyé car le peuple ne comprend pas et surtout ne veut pas comprendre !

Les avantages sociaux sont des droits acquis et il n’est pas question d’y toucher et la conclusion qu’en ont tiré les italiens c’est que c’est la faute de l’Europe et de l’€ !

Les partis extrémistes et populistes (la lega de droite et le mouvement 5 stelle) ont réussi a former une improbable alliance et proposé un président du conseil (1er ministre qui est le chef du gouvernement) en la personne de Giuseppe Conte.

La situation économique s’est alors transformée en crise politique car Sergio Mattarella, le président de la république italienne qui, dans la constitution italienne, est celui qui nomme les ministres, refuse de nommer certains ministres populistes et notamment M  Paolo Savola, trop anti-€.

Ce faisant, le président de la république italienne a usé de son droit constitutionnel et fait savoir qu’il refuse clairement une issue du type Italexit !

Conte a jeté l’éponge et Mattarella a nommé Carlo Cottarelli, un ancien du FMI, pour former un gouvernement de techniciens (comprendre fonctionnaires) provisoire sans aucune légitimité … le temps d’organiser de nouvelles élections.

On va donc demander aux italiens de revoter pour voter « correctement » avec le risque évident d’une confirmation du vote populiste et d’un renforcement de la lega.

L’Italie sombre donc dans une crise de légitimité politique car, nécessairement, la première leçon que l’on en tire est que le peuple vote mais qu’on ne tient pas compte de son vote !

Il ne faut pas oublier non plus que le président de la BCE s’appelle Mario Draghi, qu’il est italien, et qu’il a nécessairement appelé Mattarella pour faire le point avec lui et envisager les solutions pour « éviter le pire » !

Le problème est que l’UE est aujourd’hui surtout un ensemble perclus de dettes et que ces dettes rendent la situation fragile et parce que l’Italie n’arrive pas à surmonter la crise de 2008 et que sa compétitivité économique s’érode continuellement avec la cohorte de problèmes que les français connaissent bien puisque ce sont … les mêmes !

La situation économique et financière de l’Italie :

Elle représente un risque systémique évident avec un risque de contagion par effet de domino du fait de l’interpénétration des économies des membres de l’UE ; et plus particulièrement pour la France et l’Allemagne.

En fait, sa situation est très mauvaise et elle ne tient que grâce au soutien de la BCE et ses crédits gratuits.

– L’Italie est la troisième économie de l’UE et la première dette de l’UE. Sa dette publique s’élève à 2.300 Mds€ et représente 132% de son PIB,

– elle a une dette de 250 Md€ vis-à-vis de la BCE (les partis populistes voulaient en obtenir l’annulation pure et simple ce qui revenait à en faire payer la charge par les autres pays membres !)

– les banques françaises sont très exposées en Italie (on parle de 350Md€),

– les banques italiennes sont percluses de dettes irrécouvrables pour au moins 200 Md€ sans compter qu’elles sont gavées de la dette souveraine de l’état italien considérée comme sûre ; le secteur bancaire italien est donc complètement vermoulu et sa restructuration est plus que problématique (en principe il faudrait faire un bail-in (ici) mais ce serait ruiner nombre de petits épargnants ; ce que le gouvernement italien d’avant les élections souhaitait éviter, préférant utiliser la bonne vieille méthode du renflouement par le biais des impôts qui n’est plus autorisée par l’UE !).

– le PIB de l’Italie n’a pas retrouvé son niveau d’avant la crise de 2008,

– la croissance italienne est extrêmement faible et ne permet en aucun cas un remboursement des dettes publiques malgré des comptes publics officiellement en meilleure forme que ceux de la France.

On se trouve donc bien devant une nouvelle crise de la dette, comme pour la Grèce ; avec cette seule différence qu’on change d’échelle et qu’un défaut de l’Italie aurait un effet en cascade qui pourrait très vite devenir totalement incontrôlable et dévastateur.

Les officiels nous rassurent : Les fondamentaux italiens sont solides et son économie va bien !

En fait, tout cela est faux et ne fait (éventuellement) illusion qu’auprès des populations car les spécialistes sont évidemment au courant de la réalité de la situation.

D’ailleurs, les signes avant-coureurs de la crise se profilent avec les taux d’intérêts qui commencent sérieusement à monter (le spread – écart de taux – avec l’Allemagne (la référence) dépasse désormais 300 points de base), la bourse Milan plonge et toutes les bourses européennes chutent.

En fait, dans les milieux économiques et politiques, tout le monde s’inquiète de ce qui va se passer … car les taux montent aussi pour les pays voisins (Espagne, Grèce, Portugal).

Ce n’est pas encore la panique mais on pourrait très vite y arriver bien que la presse mainstream occulte pratiquement complètement la question et fasse plutôt sa « une » sur les derniers attentats de Liège (Belgique).

Les conséquences :

A ce stade, il y a 3 solutions :

– la situation se maintient, la BCE finance, un nouveau scrutin est organisé et les italiens votent « comme il faut ». On en reviendra à la situation habituelle, fragile mais stable d’avant les élections … jusqu’à la prochaine fois !

– les électeurs italiens confirment leur vote et la lega conforte sa situation. Elle forme un gouvernement anti européen mais, comme Alexis Tsipras (gauche radicale) en Grèce, finalement ne fait rien de compromettant ; ce qui permet d’en revenir au premier cas de figure,

– les électeurs italiens confirment leur vote, la lega arrive au pouvoir et provoque le clash !

L’évolution, dans ce dernier cas de figure, est le défaut italien et le déclenchement du processus de contagion à tout le système européen avec des faillites en cascades des banques européennes trop exposées et trop fragiles puis des entreprises avant que ce soit le tour des états eux-mêmes !

D’ores et déjà, il est entendu que les premières victimes de la situation seront les italiens eux-mêmes car si les taux d’intérêts remontent, la charge de la dette va augmenter ; ce qui va entraîner nécessairement une augmentation des prélèvements fiscaux afin d’y faire face !

Mais il faut être conscient que, fatalement, un effet de contagion aurait pour effet immédiat de mettre tous les contribuables européens à contribution pour sauver l’ensemble du système financier européen et éviter un effondrement général de l’économie.

Si les électeurs italiens pensent qu’il pourrait y avoir une éventuelle sortie de l’Italie de l’UE et de la zone € nous assisterons, comme pour la Grèce en 2015 (200 Md€ avaient filé en Allemagne), à une fuite des capitaux imposant de mettre très rapidement en place un mécanisme de contrôle des changes.

Car, le paradoxe est que les gens peuvent affirmer qu’ils sont contre l’€ tout en n’ayant pas confiance dans une future monnaie nationale qui va dévisser face à l’€ et anéantir leurs économies de toute une vie !

Et l’Europe dans ce schéma ?

L’UE et ses membres ne peuvent pas accepter la déstabilisation du système entier (avec la ruine des épargnants français, allemands et autres) dans un système interdépendant et contraint ; ce qu’on savait déjà avec la Grèce !

En fait, nous payons aujourd’hui (et risquons de payer encore plus) les conséquences d’un montage à la fois fragile et incomplet qui a permis, avec une monnaie unique mais sans structure de contrôle et de péréquation, à des pays comme l’Italie, la France, la Grèce, l’Espagne, le Portugal d’emprunter au-delà de toute raison et de créer une situation aujourd’hui pratiquement ingérable !

Suivez avec attention l’évolution des taux d’intérêts !

Si vous entendez que les taux italiens montent très au-delà de 10%, avec un risque de contagion à la périphérie, vous saurez que le krach sera proche et je doute que les moulinets oratoires d’Emmanuel Macron soient alors de quelque effet que ce soit !

On en est là et il n’y a pas de bonne solution mais tout cela on le savait depuis la première crise de 2011-2012 !

Bien cordialement à tous.

 

 

 

Dominique Philos

A propos Dominique Philos

Né en 1958, titulaire d’un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis un ancien avocat fiscaliste et partage ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, intransigeant sur les libertés individuelles, j’ai un ennemi : l’étatisme rampant qui détruit le tissus économique et social.

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4 réflexions au sujet de « La situation de l’Europe au regard de la crise italienne »

  1. Un rappel historique intéressant le Traité des devoirs de Cicéron Il y a + de 2000 ans= Tous ceux qui seront à la tête de l’Etat doivent se souvenir des deux préceptes de Platon: veiller aux intérêts des citoyens en y rapportant tous leurs actes et en oubliant les leurs propres; avoir souci du corps entier de l’Etat en ne favorisant pas une partie aux dépens du reste. ….Ceux qui s’occupent d’une partie des citoyens en négligeant les autres introduisent dans la cité un mal qui doit la perdre, la sédition et la discorde; il arrive que les uns se dévouent pour le peuple; d’autres n’ont de zèle que pour les grands; bien peu songent à tous; de là sont nés à Athènes de grands conflits, et, dans notre république, non seulement des séditions mais des guerres civiles désastreuses.
    « Date et lieu de naissance de Ciceron : Auteur latin et homme d’État romain né le 3 janvier 106 av. J.-C. à Arpinum en Italie, Cicéron fut assassiné le 7 décembre 43 av. J.-C. à Gaète, ville située en Italie. Il meurt à l’âge de 62 ans, sa tête et ses mains furent exposées à la vue du peuple sur ordre de Marc-Antoine. »

    Veritas Thesaurus est ! La vérité est un trésor,
    « Ad augusta per angusta » signifie en français : « Vers les sommets par des chemins étroits ». Il faut comprendre que la gloire ne s’acquiert …

  2. En conclusion c’est bien l’Europe et son modèle de fonctionnement qui sont en cause , ce qui ne se contrôle pas non seulement ne progresse pas mais nous amène au déclin.

  3. Excellent article comme d’habitude
    Je ne serais pas étonné que les Italiens ressortent Berlusconni du chapeau qui pourrait faire une sorte de compromis acceptable au milieu de tout ce foutoir
    On rassure sur l’euro et on met le paquet sur l’immigration avec clash assuré avec les gauchistes de Bruxelles et gros relais médiatique
    L’avantage est que le vrai sujet monétaire est passé sous silence
    Pour qu’il y est un vrai danger populiste, il faudrait à mon avis que l’épargnant italien soit ruiné et que l’économie s’effondre
    Ce n’est pas le cas actuellement

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