Le bonheur : discussion

Lorsque je proposais, dans mon billet d’hier, d’ouvrir la discussion sur le bonheur je me doutais que ce serait compliqué, que je mettais les pieds dans un sujet explosif, pour lequel je ne suis pas sûr d’être à la hauteur.

Ce matin, je prends connaissance de deux réponses, l’une concerne une vidéo mise sur Objecif Eco, que je ne souhaite pas commenter tant je la trouve partisane et manipulée, l’autre sur ma messagerie personnelle que je vous livre ci-dessous en respectant l’anonymat de mon ami lecteur:

 » Cher Monsieur,

Vous demandez, dans votre dernier billet, de participer au débat que vous avez voulu lancer sur le bonheur. Vous me permettrez, puisqu’il y a débat, de contester les deux exemples que vous proposez à savoir, l’éradication des riches ou la suppression des juifs lors de la seconde guerre mondiale et bien d’autres fois au cours de la longue histoire humaine, comme il y eut, et qu’il y a encore, une éradication des chrétiens. Je ne vois pas en quoi les deux exemples cités seraient en mesure de provoquer une explosion de bonheur. Si une espèce de jalousie collective savamment entretenue est de nature à déboucher sur une explosion de brutalité collective prenant toutes les formes d’une vengeance, on peut difficilement imaginer que sa conclusion logique puisse équivaloir à  une joie intense. Ce genre de comportement des masses, n’étant que la satisfaction de la conclusion d’un combat mené à tort ou à raison. Nous sommes loin de « l’explosion de bonheur », la « victoire » d’une révolution ou d’une guerre n’ayant que rarement apporté le bonheur aux vainqueurs… si ce n’est celui, bien connu, du jour de la cessation du conflit plus généralement nommé « liesse générale ». Votre description, par contre, du moment de la découverte des cadeaux le matin de Noël, colle plus étroitement au sujet. Il s’agit là de la survenance attendue d’un grand bonheur dans le périmètre d’une saine vie de famille qui, ayant, jour après jour, perdu un peu de vue son bonheur pourtant bien réel, a besoin de ces rituels un peu magiques et répétés (Noël, anniversaires, etc.) pour reprendre conscience de la joie simple d’être ensemble. Nous sommes donc bien loin de la satisfaction d’avoir ENFIN supprimé les riches et les juifs. Je reviendrai sur votre affirmation « une chose est sûre, elles (les explosions) sont liées à deux paramètres, l’un purement intellectuel, l’autre strictement matériel. C’est l’harmonie de ces deux paramètres, à un instant T, qui crée l’explosion de bonheur ». S’agissant de la joie pure, je trouve que votre choix du terme « intellectuel » est malheureux, la véritable joie ou le véritable bonheur découlant plutôt du domaine du spirituel. D’ailleurs, le paramètre strictement matériel n’étant pas forcément nécessaire à la survenance d’une vague indicible de joie. Pour en revenir aux deux exemples que vous semblez vouloir traiter sous cet angle, les riches et les juifs, ce qui, du côté du peuple équivaut à peu près à la même chose, ils ne peuvent en aucun cas constituer l’objet d’une poursuite du bonheur, mais celle, bien réelle, d’une jalousie bien entretenue par les hommes politiques suivant les besoins du moment, débouchant sur une suprême satisfaction par l’écrasement final, généralement peu glorieux, à mille contre un… Cela pose le problème général de l’état de conscience de la majorité de nos contemporains seulement aptes à se faire manipuler afin de les précipiter sur les boucs émissaires désignés. Une explosion de bonheur peut-être pas, mais on peut tout de même ressentir un certain bonheur, à moins qu’il ne s’agisse que de l’expression de l’orgueil, à connaître les fonctions profondes tenues par les riches dans la régulation de la vie sociale et économique. Que de drames seraient évités si ces connaissances étaient largement partagées… Connaissances pas seulement matérielles, mais aussi d’ordre métaphysique, surtout pour ce qui concerne les juifs, dont le rôle qui leur est confié dans la création est bien plus difficile à saisir, à savoir celui de servir d’obstacles récurrents à une appétence de progression spirituelle du genre humain qui, sans eux, serait immodérée, sans consistance véritable à vouloir sauter les étapes trop rapidement. On peut ressentir beaucoup de joie dans la connaissance de ces mystères, comme on peut se sentir haineux de ne considérer que l’apparence des choses. Ce qui nous rappelle que nos manières de considérer le mal par rapport au bien peuvent être fort relatives selon le point de vue de vue d’où l’on se place.

Bien cordialement »

Dans ce commentaire, dont j’apprécie la qualité, je note un quiproquo qui ne peut être dû qu’à mes explications imparfaites.

Mon hypothèse de base est que deux pulsions profondes animent le monde des hommes, la quête de sexualité et la quête de bonheur, quelques fois, mais pas toujours, entremêlées.

Sigmund Freud a ouvert l’étude complexe des pulsions sexuelles. Depuis son intervention, cet espace a été décortiqué, analysé, vulgarisé, au point que nul n’ignore le poids de ces pulsions sur notre vie personnelle et sociale.

Connaître ne veut pas dire maîtriser. La connaissance des tsunamis ne nous permet pas de les maîtriser, juste de mieux les anticiper.

L’objet de mon billet n’était pas d’imaginer une maîtrise du bonheur, mais une simple connaissance de ses ressorts, pour éviter les manipulations grossières.

Pensons à l’incroyable manipulation de l’église catholique en ce qui concerne la sexualité. Elle a été jusqu’à faire croire que ses représentants étaient si éloignés de ces préoccupations majeures qu’ils faisaient vœux de célibat.  On sait ce qu’il en est advenu. L’église a englouti sa réelle et respectable vocation spirituelle dans cette grossière manipulation qui visait, à son époque, le pouvoir temporel.

La manipulation

Mon propos est simplement d’engager une réflexion, ouverte et sans tabou, sur les ressorts du bonheur, notamment à partir de l’analyse de son expression ultime que j’ai appelée « explosion ».

Tout comme la jouissance sexuelle ne peut pas être rattachée à une normalité, ou à des valeurs de bien ou de mal, lorsque l’on essaie d’en comprendre les mécanismes, « l’explosion de bonheur » doit être analysée dans l’intégralité de ses expressions, même en ce qui concerne celles qui sont inavouables, voir inacceptables.

Mon exemple, provocateur, essayait maladroitement d’installer ce principe.

Pourquoi réfléchir d’abord à partir de « l’explosion du bonheur », alors que la plus grande partie des hommes n’y parviendra pas ?

Parce que la jouissance sexuelle fut inconnue de beaucoup avant l’arrivée de Freud, non du fait de malformations physiques, mais à cause de la manipulation psychologique de l’église catholique à son sujet. Il n’y a pas de morale ici. Pas de bien, pas de mal, qui sont par ailleurs acceptables mais participent d’un autre domaine que celui de la compréhension, du domaine de l’organisation humaine (spirituelle ou temporelle).

Je prends pour principe que la quête de bonheur n’a pas à être jugée, du moins au stade de son étude. Que donc il ne peut pas être passé par pertes et profits les pulsions de bonheur qui seraient déclarées impures ou déviantes.

Je me permets de prendre pour hypothèse que ces pulsions existent. Que le fait qu’elles ne permettent peut être pas d’arriver au bonheur, ce qui n’est pas prouvé, n’en fait pas pour autant diminuer leur puissance sur le destin de l’homme.

Nul ne peut nier que le bourreau puisse être heureux lorsqu’il arrache l’aveu, que, dans la même veine, l’homme politique puisse être heureux lorsqu’il est élu, quelque soit la falsification de bonheur qu’il ait promis à ses électeurs.

C’est ici que la promesse d’éradiquer les riches, à ceux que l’on sait ne plus pouvoir faire vivre correctement, est une manipulation effrayante du rêve de bonheur, qui ne peut que déboucher sur une réalité. Cette réalité va se traduire par un désir, puis un passage à l’acte qui sera accompagné, pour certains, de « l’explosion » de bonheur. Il sera toujours possible de la qualifier ultérieurement de perverse, mais la chose aura vécu.

Il me semble que la vulgarisation de la compréhension de « l’explosion de bonheur », y compris dans ses composantes déviantes ou perverses, permettrait de comprendre pourquoi notre société a tendance à devenir frigide à ce sujet et comment y remédier.

Car « l’explosion de bonheur » est une émotion que tous doivent pouvoir tenter librement, sans tabou, hors ceux qui mettraient en danger la société toute entière et non le pouvoir de quelques uns.

Par une manipulation de l’idée de bonheur on veut aujourd’hui éradiquer les riches qui sont le socle de l’économie mondiale, lorsque ce sera fait nous aurons tous à partager la misère en guise de bonheur. « L’explosion de bonheur » se transformera en fantasme inaccessible, aussi dévastateur que les fantasmes sexuels inassouvis.

Bien cordialement. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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