Le peuple : cette abstraction mortelle

Le peuple, dont évidemment je fais partie comme nous tous, n’a en réalité aucune existence.

Aujourd’hui cette abstraction sert de base à la mise en place d’un obscurantisme classique, qui pourrait nous tuer.

L’histoire de l’obscurantisme est toujours la même.

Un ou plusieurs escrocs avides de pouvoir, cupides ou tout simplement dérangés des méninges, prétendent traduire la volonté d’une puissance supérieure dont chacun de nous devrait admettre la pensée, sa vision de l’organisation de notre vie, au besoin — ou surtout — par la force.

Que cette puissance supérieure s’appelle Jésus, Mahomet, Moïse ou « le peuple » peut importe. Le résultat est toujours le même, nous devons obéir à ses prêtres auto-proclamés sous peine de graves sanctions. Notre liberté nous est confisquée par la force ou la persuasion.

Aujourd’hui cette puissance supérieure s’appelle donc « le peuple ». A l’instant où j’écris ces lignes ses grands prêtres fous sont Mélanchon et Le Pen.

Comment cela est-il possible ?

Je propose deux explications, probablement largement insuffisantes, en espérant simplement jeter les bases d’une réflexion.

D’abord notre crédulité.

Je crois sincèrement que notre crédulité tient au fait que le temps nous est compté, que la vie de tous les jours nous envahit laissant peu de place à la réflexion, que l’action nous dévore.

Les grecs pensaient que seuls les inactifs pouvaient devenir des sages, des philosophes. Pour ma part il a fallu que j’arrive à l’âge de l’inactivité partielle forcée pour avoir l’opportunité d’essayer de réfléchir.

N’ayant pas le temps de penser nous avons tendance à croire ceux qui prétendent l’avoir pour nous ou être les intermédiaires privilégiés d’une pensée supérieure dont ils seraient les initiés.

Ensuite notre bêtise.

Contrairement à l’idée généralement répandue, l’intelligence chez l’homme est assez justement répartie, chacun en est suffisamment pourvu en fonction de ses besoins, la bêtise est donc strictement issue de l’ignorance. C’est ici que tout se joue.

Cycliquement, une avancée technique fournit à une collectivité un outil qui accélère la diffusion de l’information au point de faire croire à la majorité qu’elle a enfin découvert le fil à couper le beurre, l’initiation à l’intelligence, dont la concrétisation apparaît habituellement sous la forme d’une recette miracle susceptible de résoudre les problèmes de chacun et donc capable d’apporter le bonheur à tous.

Lors de cette apparente révélation en réalité l’ignorance est toujours présente, mais un accès soudain facile et généralisé à l’information donne l’impression de savoir, donc de comprendre. La suite logique est d’adhérer à ce que l’on croit avoir compris, sans recul et sans vérification.

Le microbe de l’obscurantisme est installé, le terrain est propice à tous les excès. La collectivité touchée va en baver. Le plus souvent l’histoire, lorsque plus tard elle en rend compte, oublie les épouvantables dégâts collatéraux liés à ces dérapages, cela en prouve la force et l’inéluctabilité.

C’est ainsi que presse libre et affichages publics portèrent la révolution de 1789, que la radio ouvrit la porte au nazisme, le transistor à mai 68, et qu’aujourd’hui internet se donne à une nouvelle fièvre collective informationnelle : la pensée infaillible du « peuple ».

L’afflux d’informations non vérifiées nous fait croire à l’éradication de notre ignorance, donc de notre bêtise, et par contrecoup à l’accès à l’intelligence pour chacun de nous. Hélas ce n’est qu’une apparence, le drame n’est pas loin.

Nous en parlerons à l’occasion d’une prochaine vidéo dans laquelle nous évoquerons le prosélytisme de l’obscurantisme à la mode, autour de l’idée du « peuple », véhiculé en économie par le professeur Jacques Généreux, maître à penser de Mélanchon et enseignant à Sciences Po.

Bien cordialement. H. Dumas.

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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3 réflexions au sujet de « Le peuple : cette abstraction mortelle »

  1. Comme disait EINSTEIN :

    Il y a deux choses sans limites ; l’univers et la bêtise humaine ( le peuple : je le hais car quand on parle de lui on ne parle que des imbéciles)
    EINSTEIN précisait cependant sur le 1er point , là encore ….. » je ne suis pas sur »

  2. Bonsoir Henri,

    Vous touchez du doigt le problème de la démocratie !
    et surtout celui de la démocratie moderne et du suffrage universel.

    Ce qui suit n’est pas politiquement correct :

    Le problème de toute démocratie est le populisme et le meilleur exemple remonte à la République Romaine et aux Gracques !

    L’exploitation de l’ignorance, de la crédulité populaire, la manipulation sont inhérents au système.

    Churchill, vous le savez bien, avait eu cette formule définitive : la démocratie est le pire des régimes politiques … à l’exclusion de tous les autres !

    Les rapporteurs de la Constituante (1790) avaient bien eu conscience des risques inhérents au droit de vote accordé à tout le monde (enfin sauf aux femmes) car ils se sont posés la question de ce qui risquait de se passer.

    Clairement, ils se sont dits que si le droit de vote était accordé à tout le monde, … même les imbéciles voteront et ça donnera n’importe quoi !

    Ils en ont conclu qu’il fallait seulement accorder un suffrage censitaire ! ce qui fut fait !

    Tout était dit !

    Bien évidemment, la démocratie est la porte ouverte au populisme, aux manipulations, au clientélisme, aux dérives mafieuses surtout que l’on sait que la plupart du temps les leaders politiques ont une personnalité « spéciale ».

    Aucune démocratie n’a pu empècher ces dérives mais il est possible de fixer des garde-fous, comme aux USA ou au RU; seulement en France nous avons du mal avec la fixation de ces règles puisque, tous les 5 ans, nous élisons un monarque !

    En tout état de cause, cela vaut quand même mieux que la dictature !

    Bien cordialement

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