Le rêve d’un monde idéal

Qui n’a jamais rêvé de vivre dans un monde idéal où il n’y aurait plus besoin de travailler et dans lequel les revenus de chacun seraient assurés et versés par l’Etat ?

Chacun pourrait satisfaire ses envies et s’investir dans les loisirs de son choix et, bien entendu, l’Etat, protecteur de tous les français, serait chargé d’assurer et de contrôler la distribution de ces revenus !

Cette idée a d’ailleurs fait débat lors des dernières élections présidentielles avec Bernard Hamon, candidat du parti socialiste qui a proposé le revenu universel ; accréditant l’idée que nous sommes passés d’une économie basée sur le travail à une économie fondée sur la redistribution sociale.

Il n’y a qu’une question, qui n’est pas de détail, à ce jour non résolue : Comment financer une telle idée dont le coût estimé s’avère astronomique (plusieurs centaines de Md€) ?

Avec le recul de l’Histoire, il faut savoir que l’expérience a déjà été tentée, et avec un certain succès, du temps de la Rome antique, lorsque la plèbe se voyait octroyée par les empereurs (Néron, Commode en particulier) du pain et des jeux !

Au IVe siècle après JC, il y avait 175 jours de jeux dans l’année (donc un jour sur deux !?!) dont 64 jours de courses de chars à raison de 24 courses par jour ; ce qui est proprement colossal !

La plèbe romaine allait s’amuser au Colisée (lequel pouvait contenir jusqu’à 50.000 personnes et était un véritable chef d’œuvre de technologie avec un système complexe d’ascenseurs et des trappes amenant figurants et artistes sur scène), et voir les gladiateurs s’entretuer ou des fauves dévorer les premiers chrétiens tout en étant assurée de disposer de quoi survivre.

On peut donc se demander quel était le secret permettant de financer un tel système à la fois ludique et clientéliste car, bien évidemment, il fallait des ressources énormes pour pouvoir alimenter une population estimée au Ier siècle après JC à plusieurs centaines de milliers de personnes ?

L’explication est très simple et se résume à un seul mot : Pillage !

Car, Rome se livrait au pillage systématique des pays qu’elle avait conquis et qu’elle occupait de la Bretagne (aujourd’hui Grande Bretagne) jusqu’à l’Egypte ; en ce compris tout le monde du bassin méditerranéen.

Conclusion : les habitants des pays conquis par Rome travaillaient pour permettre à la population romaine de s’amuser la moitié de l’année !

Malheureusement, le constat immédiat que l’on en tire est que la France n’a plus de colonies à exploiter ou à piller …

Il ne nous reste donc plus, pour financer un tel projet, que 3 solutions plus « classiques » :

– la spoliation des riches ou présumés tels,

– l’emprunt,

– l’émission monétaire,

– la spoliation des riches :

Afin de la justifier, on ne manquera pas de vous expliquer : comment voulez vous que l’Etat puisse distribuer s’il ne prend pas l’argent à eux qui en ont ; argument fournissant le prétexte au pillage légalisé d’une partie de la population par le biais d’une fiscalité écrasante et confiscatoire !

Évidemment, à l’usage, on s’aperçoit très vite que la richesse des riches n’est pas suffisante pour financer une telle opération ; d’autant plus que les riches ont vite le réflexe de fuir le pays pour éviter la ruine complète car qui accepterait de se faire spolier pour les autres ?

La conséquence inéluctable est que, si les gens aisés s’en vont, ne resteront plus alors que des pauvres et on atteindra alors très vite les limites de la distribution car l’exercice se limitera à prendre ensuite aux moins pauvres pour donner aux plus pauvres … jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que des pauvres et, à la fin, l’expérience se terminera par la spoliation des pauvres !

– l’emprunt :

La règle de base en la matière est que vous ne pouvez emprunter de l’argent que parce que le prêteur est convaincu que vous pourrez le rembourser ; on ne peut donc décemment pas imaginer que l’Etat français va trouver un prêteur kamikaze prêt à tenter l’expérience d’une distribution gratuite d’argent !

Il commencera nécessairement par solliciter, de gré ou de force, ses prêteurs domestiques (banques, compagnies d’assurances, caisses de retraite) avant de solliciter les marchés internationaux ; alors que se posera la question du risque de non remboursement.

Les revenus de l’Etat étant, pour l’essentiel, constitués par les impôts collectés, cela signifie aussi que les sommes empruntées ne pourront être remboursées que par le biais des impôts ; puisque la crédibilité d’un Etat se limite exclusivement à sa capacité à lever et percevoir l’impôt !

Il apparaît donc clairement que les emprunts d’un jour sont les impôts du lendemain ou encore des impôts différés !

Par ailleurs, d’un point de vue pratique, il ne faut pas oublier que la France est déjà un pays fortement endetté (pratiquement 100% de la richesse produite annuellement) et que, de ce fait, ses capacités d’emprunt apparaissent, désormais, relativement limitées.

Cette solution n’est donc clairement pas envisageable car il faudrait alors très vite augmenter les impôts à des montants prohibitifs et spoliateurs pour pouvoir assurer la charge de la dette (capital et intérêts), sauf à faire défaut ; auquel cas la porte de l’emprunt nous serait fermée pour de longues années (à la suite du défaut de 1797 consécutif à l’émission des assignats, la France a mis plus de 50 ans avant de pouvoir revenir sur le marché de la dette) !

– l’émission monétaire :

Dans ce cas de figure, on se limite à faire fonctionner la planche à billets c’est à dire que l’on va émettre de la monnaie à volonté en fonction des besoins.

Le procédé apparaît simple mais cette option se heurte en fait à un écueil : si l’argent devient abondant et ne correspond à aucune création de richesse, il perd de sa valeur. S’engage alors un processus bien connu d’inflation puis d’hyperinflation ; c’est à dire que les prix des biens de consommation augmentent et se mettent à augmenter de plus en plus vite, et qu’il faut toujours plus d’argent pour acquérir les mêmes biens !

Toutefois, contrairement à l’apparence des choses, ce ne sont pas les biens qui augmentent de valeur, c’est la monnaie qui perd de sa valeur et de plus en plus vite car le phénomène tend à s’accélérer ; les consommateurs se débarrassant au plus vite d’une monnaie qui perd constamment de sa valeur !

Ce principe a été clairement expliqué par Irvin Fischer (économiste américain 1867-1947) dans sa théorie quantitative de la monnaie et il se double, en outre, d’un autre effet dit « Cantillon » (du nom de Richard Cantillon économiste franco-irlandais 1680-1734) selon lequel l’émission monétaire, en raison de la circulation de la monnaie, profite essentiellement à ses premiers bénéficiaires ; c’est à dire essentiellement à ceux qui en décident l’émission car ils peuvent utiliser l’argent émis pour acheter des biens avant le déclenchement de l’effet inflationniste.

Par ailleurs, l’hyperinflation a des effets extrêmement destructeurs sur l’économie et l’expérience se termine en général par la faillite de l’Etat (voir la France et les assignats dont l’émission massive s’est terminée par l’apurement des deux tiers en 1797).

Cette option n’est donc pas plus envisageable que les deux autres …

En conclusion :

 On s’aperçoit en fait très vite qu’il existe des règles économiques dont on ne peut pas s’affranchir et, en particulier, qu’on ne peut distribuer que ce que l’on possède, c’est à dire qu’on ne peut distribuer que les revenus qui permettent de le faire ; cette règle s’appliquant aussi aux Etats.

Ces règles sont résumées par l’aphorisme : « il n’y a pas de repas gratuit » ; c’est à dire que ce que vous recevez gratuitement a nécessairement été pris à quelqu’un d’autre.

Par ailleurs, d’un point de vue économique et logique, cette idée de distribuer un revenu gratuit pose à terme des problèmes insolubles car un pays qui n’a que des assistés (des vacanciers) et qui ne produit rien ne va nulle part avec cette question sous-jacente : combien de temps un tel système peut-il durer car les gens qui travaillent ne verront aucun intérêt à continuer à le faire alors que d’autres gagnent autant qu’eux … sans travailler ?

En fait, on l’a compris, cette idée repose sur une véritable escroquerie visant à faire croire que l’Etat est un créateur de richesses et un dispensateur de bonheur par le biais de l’égalitarisme. Il s’agit avant tout d’une vision étatiste de la société au sein de laquelle l’Etat est au centre de tout.

Or, il ne faut pas perdre de vue que l’Etat est avant tout un prédateur qui, sous couvert de la loi et du monopole de la force publique, prend de force aux uns pour donner aux autres avec des effets collatéraux clientélistes inévitables !

Ce type d’idée ne peut donc recevoir un accueil favorable que parmi les populations déjà assistées alors que l’on connaît les effets pervers des aides sociales et des distributions d’argent gratuit : elles ne sont jamais suffisantes et les bénéficiaires cherchent toujours à en bénéficier d’avantage ; ce qui ne peut qu’amener à un vaste système de fraude qui ne pourra être contre balancé, dans la logique étatique, que par un surcroît de fonctionnaires (qu’il faudra payer) chargés de contrôler les bénéficiaires !

Et, finalement, ce système prétendument idéal se terminera inéluctablement par la mise en place d’un système policier dont la mission sera, à mesure que les difficultés surgiront, d’appliquer des contraintes supplémentaires qui seront mises en place pour forcer le système à tenir dans le temps !

Alors, certes, on peut toujours rêver à une vie de loisirs payée par les autres mais il faut savoir qu’il ne peut s’agir que d’un rêve !

On a compris que ce monde idéal est une utopie, pire une idée complètement farfelue, irréalisable ! Ce n’est même pas une idée généreuse, c’est l’exploitation politicienne démagogique des faiblesses de la nature humaine et l’antichambre de l’enfer économique et fiscal.

Néanmoins, il existe un pays qui a mis en pratique ces principes : le Venezuela ; lequel malgré les plus importes réserves de pétrole au monde se trouve actuellement en faillite et a ruiné entièrement sa population (contrainte désormais à l’exil vers la Colombie voisine) avec une inflation atteignant 1.000.000% par an avec une population pauvre qui dépend désormais entièrement des allocations fournies par l’Etat chaviste.

La Finlande a aussi tenté récemment une expérience de ce type, limitée seulement à quelques milliers de personnes (sans emploi) ; elle a été stoppée au bout de quelques mois en raison de son échec, de son coût de l’absence visible d’un quelconque bénéfice.

En fait, à bien y regarder, il s’agit encore une fois d’une idée politicienne ayant pour but de s’attaquer à un problème insoluble : le chômage de masse incompressible et une nouvelle fois en s’attaquant aux conséquences et non aux causes du problème !

Bien cordialement à tous !

Φιλος ­- απο την Ελλαδα (Philos de Grèce)

Dominique Philos

A propos Dominique Philos

Né en 1958, titulaire d’un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis un ancien avocat fiscaliste et partage ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, intransigeant sur les libertés individuelles, j’ai un ennemi : l’étatisme rampant qui détruit le tissus économique et social.

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11 réflexions au sujet de « Le rêve d’un monde idéal »

  1. L’idée du revenu universel rapportée à la Rome antique se traduit par : pillage et esclavage = vivre sur l’énergie créée par d’autres. Entièrement d’accord avec vous
    On en revient donc toujours au même principe, vivre sur le dos des autres
    Ce que dit Hamon, c’est que le travail étant pris par les robots, vivons sur les dos des robots, nos esclaves modernes
    Son idée, c’est qu’il vaut mieux organiser la société en amont (sans jeux de mots), plutôt que d’affronter une crise majeure lorsque les trois sources : pillage, emprunt et émission monétaire se seront taries. Pas totalement idiot
    Conclusion : soit on sort du socialisme et on remet tout le monde au travail (avec ou sans robot) et on se remet à gérer l’argent en bon père de famille = option 1
    soit on va devoir considérer des thèses farfelues comme celle là avec attention avec plein de petits Maduro pour nous encadrer = option 2
    Problème : les Français ne veulent pas entendre parler de l’option 1
    Gloup

    1. Tout à fait d’accord avec vous en ce qui concerne la conclusion de votre commentaire.

      Par contre, l’idée d’un revenu universel gratuit est une utopie à la Maduro (Venezuela) car il y a toujours quelqu’un qui paie pour ce que vous recevez gratuitement et prétendre que ce sont les robots qui paieront est juste un mensonge ou mieux une farce !

      1. Les Romains (ainsi que beaucoup d’autres au cours de l’histoire) ont vécu sur le travail des esclaves pendant très longtemps
        Quelle différence y a t’il entre un robot et un esclave ? aucune, les deux créent de la valeur par leur travail
        S’il y a création de valeur il y a revenu qui est réparti selon les règles sociales en vigueur entre les riches et les pauvres
        Si vous vous contentez de distribuer ce revenu (et pas plus) à des gens qui ne travaillent pas, vous recréez le principe économique de l’esclavage
        Sauf que l’esclave comme le robot représente un coût d’investissement et que le propriétaire n’investira pas s’il est dépossédé de ses revenus
        Donc vous avez raison, cela ne marchera pas

        1. Attention à ne pas faire une confusion
          Les robots ne sont pas la richesse
          Ils sont destinés à produire de la richesse

          Vous faites utilement la comparaison avec les esclaves dans l’antiquité.
          Le coût de l’esclave (en dehors de son prix d’achat) était très faible puisqu’il n’y avait qu’à le nourrir et lui donner quelques vêtements.
          Mais en lui-même l’esclave n’était pas la richesse, c’était un outil production et c’était ce qu’il produisait qui disparaissait à Rome (produits agricoles et miniers essentiellement).

          B Hamon, qui n’a jamais travaillé en entreprise (et probablement ailleurs), commet donc une énorme erreur en pensant qu’on va taxer les robots pour payer les gens à ne rien faire !!!!

          Le robot est un outil de production et en France, on taxe déjà l’outil de production (CFE cotisation foncière des entreprises – ancienne taxe professionnelle).

          Effectivement, comme vous le remarquez si bien personne ne va investir dans des robots (chers) pour se faire taxer ou pour se faire spolier de leur production !!!

  2. Richard Cantillon a fait fortune en France grâce au système de John Law dont l’histoire a été racontée de façon magistrale par Edgar Faure dans LA BANQUEROUTE DE LAW.

    1. votre info est très intéressante. Pourquoi les avis contraires de certains savants ne sont jamais diffusés? L’Etat en profite pour nous sortir de nouvelles taxes et réglementations. La terre a connu des périodes de réchauffement et refroidissement bien avant que les humains produisent de l’ozone avec leurs véhicules!

  3. Une Réflexion personnelle donc non exempte de critiques, d’un homme de terrain : J’en ai entendu des mensonges mais la France c’est une synthèse =
    La France est un pays de rentiers et de privilégiés qui ont besoin d’esclaves comme le feu empire Romain et Grec. La France souffre de son administration, du nombre d’élus, d’un système démocratique, d’un gouvernement et de ses collectivités territoriales gargantuesques . Cela empêche le progrès et le développement économique , ceux qui créent sont étouffés par la massification de l’ETAT. Cette massification de l’ETAT guide le pays dans la haine, la jalousie de l’autre qui travaille dans l’économie mondiale et qui crée les richesses . L’ETAT est devenu une entreprise qui comme les Shadocks grignotent les Gibis . l’ETAT Français devrait aider les TPE-PME au développement économique mais il tue à petit feu ces TPE-PME en pensant s’enrichir et favorise les multinationales. Les Taxes et impôts sont devenus le chiffre d’affaire de l’ETAT Français et non une valeur de solidarité .. l’ETAT Français fait du Marketing et de la communication par les jeux et amusements divers ( JO , coupe du Monde…etc) ,démonstration d’un pays en déclin économique. La France est devenu un grand restaurant et terrain de jeux de l’Europe mais en + le service laisse à désirer. L’injustice est devenue un métier , une justice classée 37eme / 43 par la commission Européenne pour l’évaluation de la justice en Europe pénalisant le développement économique , des services régaliens à la dérive , ce pays la France n’a plus le goût de l’absolu . En conclusion La France est un Pandémonium et ce n’est pas un euphémisme. A la ville de Paris il y a 20% de + de fonctionnaires en 10 ans (suivant article du POINT) , mais toutes les Grandes villes ou villes moyennes sont aussi en sureffectif . Car Les partis Politiques se nourrissent de nos impôts et nourrissent leurs adhérents . Du vécu de 1989 à 1995 nous avions réduit l’effectif de la ville de Marseille de 3000 , mais le successeur les a augmentés de + de 3000 et les augmentations des taxes municipales ont suivi..
    Je vous invite à lire cet article titré ‘Monsieur Le Président de La République Emmanuel MACRON et La France’, Vous pouvez voir la suite à l’adresse suivante :
    http://www.temoignagefiscal.com/monsieur-le-president-de-la-republique-emmanuel-macron-et-la-france/

  4. et au XXIème siècle
    –>les 175 jours de jeux dans l’année se sont mués en jours annonçant la
    libération fiscale des esclaves des impôts (soit 1 jour sur deux) …

    Pure formule fiscale!!
    toutes émanations puantes
    se con-dance
    pour se transformer en liquide

  5. rapport a ( je cite )
    « Au IVe siècle après JC, il y avait 175 jours de jeux dans l’année » donc un jour sur deux …

    et bien moi , je vous invite a regarder le film ( payer one de Spielberg) dans lequel monde virtuel ( IO) pourrait s’apparenter a la place des lunettes virtuelles à
    –>la France 3point /0 du monde virtuel de macron ou ont l’a dans le (ULC) avec ornières, œillères et le bâton magique de BANALLA si on ne s’EMMARCHE pas droit 🙂

    et bien faite comme moi , attendez patiemment avec un COIN la fin de la partie pour rejouer dés que ca tiltera ..on n’en est pas bien loin .

    après …
    les taches que l’on a eu au gouvernements successifs
    et les PISSES-taches fiscales
    je ne suis pas alarmiste, ni pro-fêtes mais sans prétendre lire dedans les astres , je remarque plutôt le désastre qui se profite avec une belle tache solaire salutaire qui remettrait les compteurs a zéro

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