Le tiercé gagnant de la faillite

Je suis désolé d’avoir à vous le dire et à jouer les Cassandre, mais la bonne époque tire à sa fin !

Avec les dernières élections allemandes, Mme Merkel va devoir recadrer sa politique notamment économique vers plus d’ordolibéralisme.

En effet, contrairement à la France qui organise un système électoral permettant au gagnant des élections de gouverner sans partage, en Allemagne, Mme Merkel ne dispose que d’une majorité relative et va être obligée de gouverner par coalition.

Elle va donc devoir donc tenir compte des options politiques des coalisés et notamment du FDP libéral et eurosceptique !

Voici ce que dit la page Wikipédia à propos de l’ordolibéralisme :

« avec l’ordolibéralisme, l’État ne doit pas mener de politiques économiques conjoncturelles, mais se tenir à l’écart de toute stimulation macro-économique et de tout dirigisme. Cela se manifeste par les aspects suivants : décentralisation, équilibre budgétaire (voire excédent) pour les finances publiques, refus du plan et de la politique industrielle (les entreprises devant s’auto-organiser), fixation des salaires par les partenaires sociaux (patronat et syndicats) ce qui revient à abandonner la politique publique des revenus, Banque Centrale indépendante de l’État et centrée sur la stabilité des prix, ce qui est un refus de la politique monétaire, refus de l’inflation, refus de la création monétaire massive et/ou au profit de l’État, monnaie forte et refus des tactiques de dévaluation, libre-échange commercial (ce qui implique une absence de politique commerciale) ».

On a compris que cette vision est à l’exact opposé de la politique keynésienne et dépensière pratiquée par la France depuis 40 ans !

Seulement, cet ordolibéralisme va entraîner une pression déflationniste qui ne va pas du tout faire les affaires de Bercy et du gouvernement car la déflation c’est l’inverse de l’inflation et c’est, du coup, les prix qui baissent mais aussi l’impossibilité de lessiver la dette à coup d’inflation et enfin l’impossibilité de masquer derrière l’inflation la progression constante et inexorable de la dépense publique (surtout lorsque le PIB n’augmente plus faute d’inflation) !

De plus les allemands veulent (voire exigent) que le prochain président de la BCE soit allemand (aujourd’hui c’est Mario Draghi qui est italien) et ils ont assez de la politique accommodante de la BCE qui est contraire à tous leurs principes de gestion !

Or, il faut savoir que le programme de financement pour 2018 vient d’être publié par l’AFT (agence France trésor) et que ce n’est pas moins de 203,3 milliards d’euros qu’il va falloir trouver pour financer la dette française (dont 82,9 milliards pour couvrir le déficit à financer et 120,1 milliards pour assurer l’amortissement de la dette à moyen et long terme de l’État qui viendra à échéance en 2018) contre 191,7 mds € en 2017 !

Et on ne sait pas encore par quel biais ou artifice va être comptabilisé le plan d’investissement de 57 mds € annoncé par Macron … ni comment il sera financé !

Le seul commentaire que l’on puisse en faire est que nous accumulons de la dette au delà de toute raison et les montants à emprunter augmentent tous les ans ; ce qui fait qu’au moindre accident nous n’aurons aucune marge de manoeuvre !

On constate donc qu’il y a des oppositions de fond entre les visions française et allemande de gestion de l’État et de l’Europe et les autorités françaises se bercent d’illusions en pensant que les allemands vont continuer à approuver l’immobilisme et les dérapages budgétaires de la France.

Il est donc probable que notre cher président et son gouvernement vont vite être confrontés à deux phénomènes qu’ils redoutent car ils leur seront imposés :

  • une rigidification de la politique allemande c’est à dire moins de complaisance vis à vis des écarts et des déficits français
  • la fin probable de la distribution gratuite d’argent par la BCE dite QE (quantitative easing).

Et c’est une très mauvaise nouvelle pour l’État français car cela signifie deux choses :

  • il va falloir que l’État français resserre les boulons pour rester dans les clous du déficit admissible de 3% du PIB ce qui n’est pas gagné du tout
  • les taux d’intérêts vont remonter ; ce qui va entraîner une augmentation exponentielle de la dette française déjà située à des montant complètement délirants !

Et ce ne sont pas les déclarations enflammées de Macron sur l’Europe qui y changeront quoique ce soit !

Que va-t-il se passer alors ?

Le gouvernement va devoir choisir entre deux options :

  • soit une réduction drastique du train de vie de l’État pour pouvoir faire rentrer le déficit dans les « clous » du 3% du PIB,
  • soit augmenter encore les impôts !

Or, le projet de budget pour 2018 révèle la suite probable des événements.

Le gouvernement a annoncé une réduction de 15 mds € des dépenses publiques dont 7 au niveau de l’État, 5 pour la Sécu et 3 pour les collectivités locales … seulement tout cela n’est que l’enfumage politique car avec un budget de record 426 mds € , un déficit de 80 mds € et 203 mds € d’emprunts, nous resterons promis juré à 2.7% de déficit … c’est carrément se moquer du monde !

D’ailleurs, cette réduction de 15 mds est calculée par rapport au PIB ; ce qui est à peu près aussi pertinent que d’additionner des choux et des carottes …

Il a aussi prévu de réduire le nombre des fonctionnaires de 1.600 en 2018 sur un effectif de 5.2 millions … vous jugerez par vous-mêmes de l’importance de l’effort consenti !

En fait, les dépenses devraient augmenter de 0.5% en € constants (enfin officiellement et surtout en ne tenant pas compte des dérapages) !

Je ne sais pas ce que vous en pensez mais, à mon avis, compte tenu de l’incapacité de l’État de réduire son train de vie quand les conditions étaient favorables (taux, pétrole, € pas cher), il est fort peu probable que la première solution soit celle celle qui sera retenue !

Dès lors, nous aurons encore droit à une augmentation d’impôts ; laquelle reste, comme toujours, la solution de facilité !

Les impôts ciblés seront ceux auxquels on ne peut pas échapper (taxes sur la consommation genre TVA), CSG (elle a du potentiel vous le verrez), taxe écologique (elle a aussi du potentiel tant que les français continueront à gober les bobards gouvernementaux – on commence déjà par une hausse de 10% des taxes sur le diesel et on va continuer avec la taxe carbone sur les voitures, en forte augmentation), taxation des produits d’épargne ce qui permettra de faire payer un maximum d’impôts même à ceux qui ne paient pas d’impôt sur le revenu.

On nous parle par ailleurs de flat tax, comme si on voulait nous faire croire qu’il puisse y avoir des impôts bas … il serait plus juste de nous parler de flat income ou en français « revenu à plat » !

Et puis, dites vous bien qu’en France, la vérité fiscale d’un jour n’est pas celle du lendemain !

En bon français, cela s’appelle l’instabilité fiscale et elle tue le tissus économique … mais ça c’est le dernier des soucis des fonctionnaires de Bercy dont le seul mot d’ordre est FAIRE PAYER !

Ce ne seront évidemment pas les récentes et misérables vagues tentatives de modification du code du travail qui y changeront quoique ce soit ! D’ailleurs, les blocages rencontrés ont poussé notre président à se retourner vers l’Europe pour obtenir une modification des règles en matière de travailleurs détachés ; pensant sans doute que ce serait plus facile de ce côté là !

Nécessairement, cette vision des finances publiques aura des effets catastrophiques car il faudrait être bien naïf pour croire que les choses vont s’arranger avec encore plus d’impôts alors que nous avons déjà le record de la pression fiscale en Europe !

Un jour, j’en suis sûr, vous remercierez le tiercé gagnant de la faillite ; à savoir : les politiciens, l’administration et les syndicats ; en gros le gouvernement profond.

  • les politiciens car ils ont fait la preuve de leur incompétence depuis 50 ans,
  • l’administration car elle est là pour exécuter alors qu’elle dirige de fait le pays et le fait très mal,
  • les syndicats car il apparaît nettement aujourd’hui que leur action vise essentiellement à protéger certains intérêts corporatistes en bloquant toute réforme et à faire plier le gouvernement quitte à s’asseoir sur le vote des électeurs alors qu’ils ne représentent que 7% des salariés.

Macron et son gouvernement espéraient, par des discours européistes non dénués d’arrières pensées, qu’après avoir dépensé l’argent des français, ils pourraient, par le biais de la solidarité budgétaire, dépenser l’argent des allemands !

Il va falloir qu’ils revoient leur copie … car cela ne se fera pas !

Bien cordialement à tous.

Απο Την Ελλαδα (de Grèce).

PHILOS

A propos PHILOS

Né en 1958, titulaire d’un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis un ancien avocat fiscaliste et partage ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, très à cheval sur les libertés individuelles, j’ai un ennemi : l’étatisme rampant qui détruit le tissus économique et social.

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6 réflexions au sujet de « Le tiercé gagnant de la faillite »

  1. pas faut .
    dire que l’on fait des économies sur des couts budgétaires en constantes augmentation –> c’est un réduction mais pas un amaigrissement du budget de l’état.
    ca me fait tristement penser a la courbe du chômage inversement proportionnelle a celle su slip de FLAMBY et a son ego . ca nous a fait bien rire main en attendant on est encore a +0.6 de chômage sur aout 2017 🙂

    bon bref tant que des politiques drastiques, avec rapatriement des troupe en OPEX, abandon de certains projet DASSAULT& THALES financés avec des deniers publics , reforme CIPAV /RSI et sans opérer un repli sur soi mais couper toutes aides de l’état qui ne serait indispensable et rétablir certains contrôles sur des financement d’organisation syndicales/ comités Théodule et associations puis rétablir le même régime de retraite public /prive par ordonnance et que l’état paye ses cotisations ..

    serait déjà avec une productivité accrue des services public seraient un excellent début ..

    après que le maire de PAU monte au créneau parce que JUPITER veux taxer les canassons de son écurie de course ou pour le yacht de Bol au RE ,ou MARTINEZ qui se défrise la moustache car certains décrets de la loi travail vont modifier les pourcentages de cotisation pour faire tourner leur siège de MONTREUIL .. on s’en tape de coquillard !!.

    trouvez vous simplement juste qu’un couple de retraite de Nice qui a + de 6400e mensuel et qui va perdre 1300e par an fasse une manif .. moi non .
    il n’a qua aller se plaindre auprès d’un employé de chez LIDL qui fait de la polyvalence a 1100e par mois et qui ( s’il arrive lui a la retraite) n’aurais rien ou alors sera a l’APSA avec un loyer dans le prive de 500e
    Personne seule sans ressources : 803 € par mois.
    • Deux personnes sans ressources : 1 247 € par mois
    il fera comment quand il sera en fin de vie pour se payer la maison de retraite médicalisée a 2000/mois LUI ??

    ce n’est pas la holding EMMAUS ..pseudo association qu’EDOUARD courtise qui va vous venir a l’aide , seulement pour vous dépouiller de vos biens ( seulement ceux qui els intéresse..ils ne font pas vide grenier ) et les revendre avec benef a des nécessiteux et avec le pactole + l’argent des dont associatif faire du parc immobilier défiscalisés TYPE Qatar..

    La France s’endette de 2665 euros de plus chaque seconde.!

  2. Bravo Philos pour ce bel article.
    Mais, s’il pose bien le problème du conflit entre la croyance et la raison, entre Coué et Descartes, entre Keynes et Bastiat, il lui manque la fin.
    Quand la croyance est acculée elle ne devient pas raisonnable, elle declanche la violence, la guerre.

    1. Bonjour Henri
      Il ne fait aucun doute que tout ça va très mal finir
      On en a déjà parlé
      Le problème est que le gouvernement profond croit qu’il va toujours pouvoir s’en sortir !!!

  3. Lire l’article :Pourquoi la France ne sauvera pas son industrie de Eric Le Boucher – Slate – vendredi 29 septembre 2017 Les déclarations d’amour épisodiques de nos politiques pour l’industrie française ne suffiront pas à la remettre sur pied.

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