L’entrepreneur : qui est-il ?

Philos, que je salue en ses pérégrinations nautiques, a rappelé récemment à mon souvenir Bernard Moitessier.

De la génération de mes parents, ce navigateur préfigurait, lorsque j’étais un jeune homme, ce que seraient les écologistes.

Marin hors normes à son époque, doublé d’un narrateur séduisant et facilement lisible, il eût à la fin des années 60 un immense succès après avoir, volontairement ou non, scotché la planète en ne franchissant pas au dernier moment la ligne d’arrivée alors qu’il était le vainqueur du premier tour du monde à la voile, en repartant directement, sans escale, pour courir les océans.

L’homme avait deux facettes.

C’était un immense navigateur qui a repoussé les limites du possible sur l’eau avec un voilier contemporain de 12 mètres du fait d’une immersion personnelle dans les choses de la mer quasi équivalente à celle de ses habitants naturels.

C’était aussi un terrible prédateur, dissimulé comme les écologistes derrière une posture de thuriféraire de la nature.

Il aimait la nature pour ce qu’elle lui apportait en beauté, mais aussi en opportunité. Jamais loin de son harpon, il n’hésite pas à prélever tout ce qu’il trouve bon pour lui.

Sa passion pour les espaces vierges correspond principalement à son souhait d’être seul à en profiter.

Aux Galápagos, c’est la chair des tortues qu’il harponne et des langoustes qu’il ramasse qui attisent sa passion.

Ecolo avant l’heure, comme eux il prend mais ne donne pas.

Car l’écologie, ne soyons pas dupe, consiste à prendre sans donner, à la nature bien sûr, mais ensuite et surtout aux autres hommes.

L’entrepreneur, lui, est un progressiste qui, par essence, donne d’abord.

Pendant que l’écologiste est un prédateur passif qui se donne le beau rôle en évoquant sa prétendue maîtrise de la prédation, l’entrepreneur est naturellement progressiste, il commence par donner avant de prélever.

C’est sur ce point que diffèrent fondamentalement l’écologiste et l’entrepreneur.

Nul ne peut entreprendre sans au préalable donner.

Personne n’exploiterait le pétrole s’il n’avait été d’abord créé les process de son utilisation. Le constat vaut pour le pétrole mais aussi pour les engrais et la culture, l’industrie moderne, la santé et l’allongement de la durée de vie, etc… l’ensemble pour le meilleur et pour le pire.

Tout simplement parce qu’avant toute chose l’entrepreneur doit séduire pendant que l’écologiste se contente de ramasser, de prélever. Le premier a des clients à trouver puis à satisfaire, le second n’a que des prédateurs à maîtriser.

Mon propos n’est pas de prétendre que l’un vaut mieux que l’autre mais qu’ils n’ont rien en commun, profondément et irréversiblement. Que, de ce fait, ils aboutissent à deux sociétés opposées et incompatibles.

Au delà des arguments favorables ou défavorables pour chacun d’eux, je crois que la conscience de leur différence de moyen et de finalité est essentielle.

Donc, l’entrepreneur donne d’abord. Il crée la motivation qui sera la raison de son existence. Ce don sera-t-il heureux ou malheureux ? C’est le problème que ses détracteurs soulèvent régulièrement.

J’exclus du raisonnement l’entrepreneur pervers, insincère, dont le don initial serait malsain, voir délictuel, ce n’est pas sûr ce type de minorité que l’on peut bâtir un raisonnement.

Évidemment, nul ne peut savoir au moment où il donne si son don sera porteur de résultats bénéfiques ou maléfiques, il en est ainsi de tous les dons, y compris les plus désintéressés.

Mais, il n’en reste pas moins vrai qu’il y a une énorme différence entre celui qui prend sans donner et celui qui donne avant de prendre.

Il n’est pas très compliqué de se retourner et d’imaginer ce que serait notre vie de cueillette si depuis l’origine l’homme s’était contenté de prélever et de partager sans préalablement donner, créer.

Mon expérience d’entrepreneur me permet d’affirmer qu’être entrepreneur c’est essentiellement donner avant de prendre. Ce n’est pas si courant, l’inverse est moins rare.

C’est folie pour une société de haïr et de détruire, comme le fait la notre, ses entrepreneurs. Les écologistes portent une lourde responsabilité sur ce point.

Peuvent-ils imposer leur finalité à notre société, éradiquer par un étranglement lent et mortifère les entrepreneurs progressistes et nous entraîner dans une société du partage de la régression, donc de la misère ? Hélas je le crains.

Cordialement. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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