L’épouvantable quiproquo ou l’accélération vers le néant

L’âge, si l’on n’a pas perdu ses facultés, permet de faire appel à la mémoire. Autant en profiter et en faire profiter les autres.

En 1968, j’avais 24 ans, j’étais déjà dans la vie active depuis trois ans, en tant qu’entrepreneur installé à mon compte.

La guerre mondiale n’était pas si loin, elle avait donné le pouvoir d’abord aux survivants, ensuite aux vainqueurs ou à ceux qui avaient rejoint leur camp à temps.

Les tenants du pouvoir de 1945 à 1968, soit pendant 23 ans, avaient eu le temps de s’installer confortablement aux commandes du pays. Ils étaient devenus des notables. Le plus souvent issus du monde économique, ils n’étaient pas partageurs de ce pouvoir. Qui l’est ?

C’était installé le copinage entre notables, le partage sans vergogne des fruits de la nation à leur profit, la corruption économique et politique, le barrage à l’innovation, la captation exclusive du pouvoir politique incluant la censure et différentes privations de liberté.

La démocratie n’a pas été alors en mesure de détecter et de soigner ces excès. Les jeunes générations ont été obligées de s’exprimer à travers ce qui a été appelé les évènements de 1968. Une espèce de révolution pacifique, qui n’a pas mal tourné un peu par hasard, beaucoup parce que l’époque n’était pas à la violence.

Treize ans plus tard, en 1981, les notables perdaient dans les urnes ce pouvoir dont ils avaient abusé.

Changement de programme

Vaincus, bannis, les anciens notables furent remplacés par des nouveaux. Le pouvoir produit toujours des notables, c’est incontournable.

Au bout de 30 ans, ces nouveaux notables véhiculent exactement les mêmes tares que les anciens, cela aussi est incontournable.

Ceux d’aujourd’hui sont issus de la fonction publique, ils sont majoritairement des fonctionnaires ou des capitalistes de connivence apparentés à l’administration publique.

A part cela, ils ne diffèrent en rien des anciens, copinage entre eux, captation des fruits de la nation, corruption économique et politique sont aussi leurs sports préférés. Ils captent le pouvoir et la censure est toujours là, bien que s’exprimant, parait-il, librement, sans contrainte.

Depuis Dimanche, nous constatons à longueurs de commentaires autorisés que la démocratie n’est toujours pas en mesure de détecter et de soigner ses propres excès. Rien de nouveau sous le soleil.

Je n’ai entendu aucun homme politique déclarer simplement,

Que les fonctionnaires avides de pouvoir — pas les autres — y en a marre.

Que le pillage fiscal destiné à assurer les rentes économiques d’une administration  pléthorique, y en a marre.

Que la censure et la langue de bois, y en a marre.

Qu’entraver les initiatives privées et vouloir embrigader les individus jusqu’à la superstition écologique chargée de les menacer de ne plus pouvoir respirer s’ils continuent à souhaiter la vie et le progrès en lieu et place de la mortification et de la soumission que les « notables- fonctionnaires » leur imposent, y en a marre.

Qu’espionner chacun tous les jours, dans tous les espaces de sa vie, pendant que les fonctionnaires au pouvoir, au dessus de tout soupçon, ont droit à l’anonymat et à la protection absolue de leur vie privée, divisant ainsi le pays en deux castes, les esclaves transparents et les fonctionnaires opaques, y en a marre.

Que réduire les libertés chaque jour un peu plus — qu’elles soient financières, intellectuelles, physiques, morales ou politiques,  toutes sont touchées — y en a marre.

Que faire semblant de chercher des solutions et compatir artificiellement à la misère des autres, alors que ceux-ci ne souhaitent que la liberté qu’on leur refuse soi-disant pour leur bien, y en a marre.

Que dresser les français les uns contre les autres, en criant au risque de la guerre civile alors qu’on l’attise, y en a marre.

Que la bouillie verbale des politiques qui n’a en écho que l’absence de projet du FN dissimulé derrière une posture réformatrice qui n’existe pas, qui s’est déjà donnée à la fonction publique au plus haut niveau, y en a marre.

Quel avenir dans ces conditions

Il n’y en a pas. Comment un courant politique libéral, transparent, pourrait-il voir le jour d’ici 2017 ?

D’ailleurs les français le souhaitent-ils? Ont-ils envie de se voir tels qu’ils sont, déresponsabilisés, ignorants de la faillite matérielle et morale qui les attend ? Probablement pas.

Mais attention, la situation n’est pas celle de 1968. L’idéal de paix de cette époque est loin derrière nous. Les bruits des bombes et des bottes sont notre musique sociétale.

Dans ces conditions, la maîtrise d’un éventuel sursaut populaire de la jeunesse, type Mai 1968, risque d’être délicat. Nous courrons le risque fatal du dérapage et de l’engrenage libanais.

Ce billet est-il lucide où représente-t-il la pensée peureuse du petit vieux que je suis en train de devenir ? Objectivement, je n’en sais rien.

Bien cordialement. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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