Les encore plus vraies lois de l’économie

Le titre de ce billet pastiche le livre très sérieux, mais surtout très démagogique, « Les vraies lois de l’économie » du professeur Jacques Généreux qui, comme le nom de l’auteur le suggère fort à propos, propose de distribuer à l’envi l’argent… des autres.

Dans son ouvrage, que nous avons prévu de commenter avec Emanuel dans une vidéo à venir prochainement, le professeur Généreux analyse à sa façon toute l’histoire de la pensée économique, puis réinvente cette science au service de son idéal politique interventionniste, collectiviste et égalitariste.

Tout cela ne serait pas bien méchant s’il n’était pas enseignant à Science Po, si son livre n’avait pas reçu le prix lycéen, si en fait il ne représentait pas un mode de pensée conventionnel et mortifère pour l’économie, très en vogue en ce moment.

Dans ses propos le professeur Généreux accepte l’idée que l’économie n’est ni une science mathématique, ni une philosophie, mais plutôt, comme la météo, un fatras où seule l’observation pragmatique permet d’essayer de comprendre, à la condition absolue d’exclure toute certitude et de pas vouloir à tout prix le Nobel.

Je me crois donc autorisé par lui à donner mon opinion en tant qu’acteur économique pendant 50 ans. Elle vaut ce qu’elle vaut. Même si je vais l’affirmer avec conviction elle ne reste qu’une opinion, donc sujette à erreur ou contestation.

Le marché

Evidemment, il fait l’objet d’une attaque en règle dans l’ouvrage du professeur Généreux. On se demande bien pourquoi. En effet, le marché n’est qu’un instant T de l’économie, une finalité incontournable qu’il soit libre ou régulé mais il n’est pas le mécanisme économique. Il est le terme ou un instant du voyage, pas le temps du voyage, ni la route, ni le moyen de transport.

Dans la pratique on peut dire que dans son ouvrage la pensée du professeur se bloque à cet instant T, c’est dommage. Mais sa rationalité pouvait-elle faire autrement pour arriver au résultat qu’il souhaitait ? Sans doute que non. Un regard plus vaste aurait dévasté sa conclusion.

Jetons ce regard et analysons les trois piliers de l’économie : le consommateur, la trésorerie, la capital, que j’appelle les  C.T.C. Il n’en est pas d’autre.

Le consommateur

Il est le but final, qu’il soit marchand ou non c’est lui qui est le terme. Dans un acte marchand toute la chaîne va se caler sur sa force d’achat, dans un acte sociétal elle se calera sur la capacité à financer son besoin ou son envie par d’autres moyens.

Dans tous les cas aucune production n’a de raison d’être sans un consommateur. Par ailleurs, toute production inclut une part d’économie.

La philosophie, chère au professeur, peut ici intervenir.

Le consommateur doit-il être libre de ses choix, où doivent-ils lui être imposés pour son bien ? Par qui et comment ? Ces choix sont-ils limités ou illimités ?

Doit-on faire une différence entre les consommations, par exemple alimentaires, de sécurité, culturelles, etc… ?

Le questionnement est non seulement vaste mais il est instable. A chaque moment se dessine pour chacun ou pour tous un besoin, une envie, c’est l’adaptation à cette instabilité qui est la marque d’une économie en bonne santé. C’est elle qui permet d’avancer si le marché est réel, de stopper s’il était erroné.

On comprend que la bonne solution passe par un outil économique le plus possible réactif et adaptable. Que le pouvoir doit donc être donné aux acteurs économiques, seuls compétents à cet effet. L’inverse donc du plan et de la décision politique centralisée.

Pas de pot pour le professeur Généreux qui prône exactement le contraire. Mais peut-être vise-t-il simplement la prise de pouvoir ?

La trésorerie

Sur ce point soyons triviaux, nul ne peut se passer de la trésorerie. Personne ne peut péter plus haut que son cul. Même pas un candidat aux élections présidentielles.

Très sérieusement, il ne peut exister aucune activité économique, même marginale incluse dans un objectif non marchand, qui ne soit pas financée.

La trésorerie est nécessaire dès l’avant-projet. Au premier acte d’un process qui devra porter la venue d’un produit marchand ou sociétal la trésorerie est essentielle, c’est la première question à se poser. Le premier problème à régler.

Je ne parle pas ici de la recherche du bénéfice, qui n’est pas toujours essentielle. Je veux parler de la trésorerie de l’instant, de celle qui est nécessaire à chaque étape de la production, sans laquelle rien n’est possible.

Le professeur Généreux n’en parle pas. Il donne l’impression que l’impôt, ou l’Etat, serait à même de fournir la trésorerie de façon constante et inépuisable.

Je pense que c’est un oubli, je ne lui ferai pas l’affront d’imaginer qu’il puisse croire que l’économie pourrait se passer de la trésorerie. Ou qu’il trouverait le mot « trésorerie » trop trivial pour l’inclure dans un ouvrage d’économie destiné au plus grand nombre et tout particulièrement aux jeunes.

Ce serait grave. Un peu comme un cours d’éducation sexuelle ou le professeur s’interdirait de parler des organes sexuels. Le cours serait beaucoup plus poétique, voire romantique, mais terriblement inefficace et même gravement dangereux pour l’éducation des élèves, on a déjà connu ça.

Le capital

Le professeur Généreux n’en dit pas frontalement du mal. A un moment même il esquisse un respect pour lui lorsqu’il évoque sa fonction essentielle dans la culture, les sciences, etc…

Il sait évidemment que le capital c’est l’accumulation, puis la transmission, en toute chose. Cette capacité qui différencie les hommes du monde animal, qui a fait de l’homme ce qu’il est aujourd’hui et qui en fera ce qu’il sera demain.

Partout mais aussi en économie le capital est la pierre angulaire de tout. Sans lui pas d’avance de trésorerie, pas de solution en cas d’échec, pas de deuxième chance.

L’emprunt ne peut pas remplacer le capital, tout au contraire.

Bizarrement, le professeur Généreux n’en parle pas dans son livre. Alors que la question est essentielle, notamment celle-ci : qui doit détenir le capital ?

Entre les lignes on croit deviner qu’il pense que c’est à l’Etat qu’incombe cette tâche, mais il avance à pas feutrés. Il faut dire que l’expérience a prouvé que s’il est une chose à ne pas faire c’est bien de confier le capital à l’Etat, totalement incompétent à le faire fructifier et même à seulement le conserver.

Plus gravement, il laisse planer l’idée que le capital pourrait être partagé, donc disparaître. Il sait que ce n’est pas possible, que cela serait la fin de toute économie, marchande ou sociale.

Conclusion

Dans ce livre, où il cite presque tous les auteurs économiques à l’exception des plus clairs Bastiat et Von Mises, le professeur Généreux arrive à cette situation exceptionnelle de faire croire qu’il parle sérieusement d’économie alors qu’il n’évoque pas ou très peu les trois piliers de l’économie. Le seul rapport entre son ouvrage et l’économie est le titre. Pour le reste, c’est un ouvrage de propagande irréaliste et dangereux entièrement dédié à la démagogie de l’égalitarisme.

Un piège pour la jeunesse, qui semble parfaitement fonctionner.

Il porte là une grande responsabilité. Je préfère que ce soit lui que moi, cela me couperait le sommeil et l’appétit.

Croit-il à ce qu’il dit — ce serait un moindre mal — ou cherche-t-il cyniquement le pouvoir en surfant sur la mode et les frustrations ? Seul lui le sait.

Et Mélenchon son disciple ? Est-il dans l’erreur ou dans le cynisme ?

Bien cordialement. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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6 réflexions au sujet de « Les encore plus vraies lois de l’économie »

  1. Je n’avais jamais lu un billet ou tout autre texte aussi dense, clair, construit, logique, imparable sur l’économie. Merci Henri et bravo.

    Complètement d’accord aussi avec E Armenant. Nous assistons à l’engluement de notre société par une marée noire d’incompétence, d’irresponsabilité, d’éducation insuffisante et partiale, d’illusionnisme, de manipulations, d’arnaques, et j’en passe.

    On est au pied du mur, ou au bord du gouffre, et beaucoup sont prêts à faire le prochain pas dans le mauvais sens.

  2. Bonsoir Henri,
    M Généreux a rédigé le programme « économique » de M Mélenchon mais il se place surtout sur le terrain de l’idéologie; ce qui n’a rien à voir avec l’économie.
    Un des éléments fondamentaux de l’économie est le PRIX que ce soit le prix d’achat, le prix de vente, le prix de revient et c’est lui qui conditionne le comportement de tous les acteurs économiques car c’est lui qui motive … ou pas !
    Or, par nature, dans les économies collectivistes idéalisées par ces théoriciens, il n’y a pas de prix; ce qui fausse tous les comportements économiques et rend leurs raisonnements complètement inadaptés à la réalité.
    Je peux vous parler de mon ami Rohan, ingénieur de génie civil australien, qui a travaillé pour un grand groupe de BTP français et a participé à la construction de la première centrale nucléraire chinoise en 1986.
    Il a passé une après midi à me raconter les méthodes des chinois avant leur révolution économique et notamment qu’il a eu beaucoup de mal à leur expliquer comment les occidentaux concevaient et réalisaient des tels chantiers.
    La notion de prix de revient était totalement inconnue des chinois puisqu’ils pouvaient mobiliser 10.000 esclaves pour creuser un tunnel à la pioche et à la pelle !
    Bien cordialement.

    1. Bonsoir Philos,
      Le prix est une sous-composante du consommateur.
      Il est déclanché par ce dernier, s’il s’en affranchit l’économie est mal.
      Car in fine c’est évidemment le consommateur qui décide du prix.
      Or pas d’économie sans consommateur.
      Ce qui ne veut pas dire pas de société.
      Pendant des siècles la société féodale n’a pas eu d’économie
      Amicalement.

  3. Mais ceux qui donne des leçons d’économie ne savent pas ce qu’est une entreprise , une innovation.
    Actuellement l’argent ne sert principalement qu’à acheter les consciences et financer les mauvaises actions… C’est le cycle qui nous mènera au déclin c’est ainsi car la majorité l a choisi .
    Mais la façon dont la France est gérée et Avec :
    Une dette publique qui s’élève à plus de 2 300 milliards d’euros et qui représente presque 100 % de notre PIB, et Les intérêts annuels de cette dette qui dépassent 47 milliards d’euros et qui engloutissent plus de la moitié de notre impôt sur le revenu,
    Un État au bord de la faillite qui dépense 20 % de plus que ce qu’il collecte,
    Une fiscalité écrasante et spoliatrice : les plus riches s’expatrient, les classes moyennes souffrent et les plus précaires sombrent,
    Des administrations et collectivités aux effectifs pléthoriques et ingérables… et réduisant uniquement les services régaliens comme la santé , l’armée et la justice…etc
    Et j’en passe, la liste est longue des gabegies. En un mot, la France ressemble de plus en plus à Rome et son Empire avant sa chute fracassante il y a plus de 1 500 ans.

    Car la France est à un tournant de son Histoire. Nous sommes au pied du mur.

    Comme disait Mr Nelson MANDELA que j’ai rencontré : »Je ne perds jamais. Soit je gagne , soit j’apprends »

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