L’idée de liberté

Nul ne peut douter, après les imposantes manifestations qui ont fait suite aux meurtres prétendant sanctionner des écrits ou des dessins de journalistes, que les français sont attachés à la liberté d’expression.

Il n’est pas certain qu’ils aient bien compris ce qu’implique la liberté d’expression, notamment sa contrepartie qui oblige à subir celle des autres, quand bien même elle viendrait choquer violemment nos convictions.

Nous parlons bien de la liberté d’expression illimitée, celle qui permet – à juste titre de mon point de vue – de débattre, voire de railler, de convictions personnelles lourdes telles que la religion, le drapeau, la famille, la vie, la mort, la maladie, la sexualité, la répartition des richesses, etc…

La liberté d’expression est évidemment le prolongement naturel de la liberté de penser. Rien ne devrait limiter la pensée tant qu’elle reste au stade de la pensée.

Ce n’est qu’au moment du passage à l’acte que la société se réserve le droit d’émettre un jugement sur ce qui peux ou ne peux pas se faire.

Exprimer une pensée est-ce un passage à l’acte ? La liberté d’expression est-elle un passage à l’acte ? Non, ont répondu massivement les français, lorsque nous nous exprimons, nous sommes toujours dans le droit de penser librement.

La preuve : se moquer de l’Islam dans le cadre de la liberté d’expression n’implique pas pour nous un manque de respect pour ceux qui pratiquent cette religion.

Je peux parfaitement comprendre cette position, tout en comprenant aussi la dose de sang-froid qu’elle demande de la part de ceux qui voient leurs croyances ridiculisées.

Je suis absolument convaincu que le progrès intellectuel, individuel ou collectif, passe par des remises en questions indispensables que la critique aide à mettre en œuvre. Donc pas de problème.

Un peu quand même avec la notion d’apologie du terrorisme. Le terrorisme est-il un interdit de la pensée ? Imaginer la mort de son pire ennemi est-ce une pensée interdite ? La seule ? La liberté de penser ne serait alors pas totale sur ce point.

Cette pensée exprimée, qui serait un interdit, devient un grave délit. Aie, complications.

Ce n’est pas le terrorisme acté qui entraine des sanctions, mais le simple fait d’exprimer l’idée d’y penser. En clair, d’y penser tout simplement.

Il semblerait que la grande majorité des français, celle qui défilait pour une totale liberté de penser, s’accorde à limiter la pensée dans le cadre du terrorisme.

A bien y regarder, il semblerait même qu’ils auraient à redire, les uns et les autres, sur d’autres pensées qu’ils verraient d’un bon œil largement limitées.

Tout cela manque de clarté.

On aurait pu imaginer que l’Etat et ses représentants éclaircissent le débat, qu’ils affirment haut et fort leur engagement pour la liberté de penser puis d’expression, puisqu’ils ont largement contribué aux manifestations qui se réclamaient de ces principes. Hélas, ce n’est pas vraiment le cas.

Chacun doit donc faire avec sa conscience, à la débrouille. Facile pour ceux qui ne souhaitent émettre aucune opinion, c’est plus compliqué pour les autres.

A partir d’aujourd’hui, attention, n’exprimez pas votre pensée sans réfléchir, la facture peut être salée. Même si votre pensée n’est pas profonde, si elle n’est qu’un éclair, si elle vous traverse accidentellement, si vous l’exprimez inconsidérément, la sanction tombera. Garder votre révolte au fond de vous, ou mieux, ne vous révoltez pas.

Bon, on ne va tout de même pas se flageller pour défendre ceux qui ont des pensées terroristes, pas même pour ceux qui vont inévitablement en être accusés à tort. Quoique… finalement…non.

Car enfin, la liberté de penser n’est-elle pas totale par ailleurs dans ce pays ?

La littérature, la peinture, la chanson, le cinéma, la télévision, le théâtre, l’information, la politique, même la religion ne sont-ils pas tous totalement libres ?

Je ne parle pas bien sûr des sectes, des livres infâmes, des films malsains, des journaux pourris, de la télévision minable, des politicards fachos, des pièces de théâtre scandaleuses, des tableaux inacceptables. Non, je parle de toute cette liberté qui conduit aux créations aimées du plus grand nombre, pas de ces œuvres minables réalisées par des provocateurs qui ne cherchent qu’à se rendre intéressants, au mépris de tout respect et que l’on devrait interdire. Vous les sentez là, la liberté de penser et la liberté d’expression ?

Et encore vous n’avez rien vu.

S’il est un endroit où nos zélotes de la liberté d’expression souhaitent une censure totale c’est en économie.

Ici, plus de liberté de penser, plus de liberté d’expression, l’économie et celui qui veut en faire sa vie doivent rendre des comptes à chaque seconde de leur activité.

Tout est sous contrôle, surveillé, quantifié, organisé, déclaré, limité, répertorié. Chaque idée, chaque action ne sont permises que si elles ne sont pas interdites. La règle étant l’interdit.

L’homo-économicus doit, avant toute chose, apprendre ce qu’il n’a pas le droit de faire, lourde charge, s’il ne veut pas se retrouver très rapidement en infraction.

Ensuite, pour vérification, il faudra qu’il expose et détaille ce qu’il a fait.

Si par cas il innove, s’il invente, et surtout si en cela il réussit, très rapidement son activité sera encadrée, surveillée, pour finir plus ou moins rapidement par être étouffée.

Mais, au passage, la totalité de ses gains lui auront été subtilisés au titre de sa participation à l’effort collectif commun et à la répartition équitable des richesses.

En ce qui concerne le monde économique, un large consensus national considère que la liberté de penser et de s’exprimer ne sont pas de mise, elles nuiraient au lien social, elles risqueraient de créer des disparités inacceptables.

Non, décidemment, pas de liberté d’expression possible en économie, depuis longtemps, bien avant que cela ne touche les apprentis terroristes.

D’ailleurs, en défilant, les français ne pensaient en aucune façon à défendre la liberté d’expression économique. Ici, n’en parlons plus, censure à tous les niveaux, un point c’est tout.

Bien cordialement. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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