L’Italie joue avec le feu et elle risque de nous brûler avec elle

Dans un précédent article du 30 mai dernier, j’avais évoqué la situation italienne (ici).

Les choses évoluent et pas dans le bon sens … ce qui n’est pas vraiment une surprise.

En fait, les dirigeants populistes italiens, pris au piège de leurs promesses électorales, se sont lancés dans une fuite en avant aux effets prévisibles mais surtout dévastateurs !

Un petit rappel de la situation italienne s’impose.

– l’Italie est la troisième économie de l’UE derrière l’Allemagne et la France,

– sa situation économique est relativement mauvaise puisqu’elle n’arrive pas à se sortir d’un marasme économique qui remonte à 2008, avec une perte constante de compétitivité par rapport à ses concurrents européens (essentiellement du nord).

– on sait que les banques italiennes sont en très mauvaise santé ; percluses de dettes irrécouvrables et avec des bilans gavés de dette publique.

– la dette de l’Italie est colossale et culmine à 133% de son PIB (2.300 Md €). C’est la deuxième en proportion derrière celle de la Grèce !

– il existe une assez forte disparité entre le nord très industrialisé et riche et le sud plutôt agricole et pauvre,

Lors des dernières élections, les italiens, lassés d’une situation dont ils ne voyaient pas l’issue et n’ayant pas particulièrement apprécié les réformes de Matteo Renzi à propos du marché du travail, ont donc voté pour les partis extrémistes de droite (Ligue du Nord) et de gauche (5 stelle dans le mezzogiorno) qui ont accédé au pouvoir dans le cadre d’une improbable coalition de gouvernement.

Le mot d’ordre de cette nouvelle coalition est : stop à l’austérité, stop à l’Europe et à sa dictature, stop aux migrants ; un programme qui ressemble à certains égards à ceux de la droite nationaliste (RN de M Le Pen) ou de la gauche extrémiste (Front de gauche de Mélenchon).

De fait, le gouvernement a prévu de se lancer dans une politique de dépenses absolument délirante de l’ordre de 400 Md € entièrement financée par l’emprunt … alors que l’Italie est déjà au bord de la rupture.

Evidemment, un tel programme économique n’est absolument pas crédible et les conséquences s’en font déjà sentir de manière très explicite :

– la bourse de Milan est en train de s’écrouler,

– les valeurs bancaires italiennes suivent le même chemin,

– les taux d’intérêts demandés à l’Etat italien sont en forte augmentation et viennent de dépasser 3.6% par an (ils sont de 0,4% pour l’Allemagne et de l’ordre de 0.8% pour la France).

Là où la situation devient extrêmement dangereuse, c’est que, contrairement à la Grèce, l’Italie présente un risque systémique de nature à provoquer l’écroulement de tout le système européen et d’entraîner avec elle, par effet de contagion, l’ensemble de la zone €.

On ne peut pour l’instant pas prévoir dans le détail ce qui va se passer mais une chose est cependant certaine : les italiens n’ont pas fini de payer les conséquences des promesses électorales des gens qu’ils ont placés au pouvoir.

Le problème de l’Italie est qu’elle avait un modèle économique fondé sur l’endettement et la manipulation de la monnaie, très similaire d’ailleurs au modèle français avant l’intégration à la zone €.

En gros, on finançait par l’emprunt et l’émission monétaire (la fameuse planche à billets) avec l’effet induit de provoquer une forte inflation et une dévalorisation constante de la monnaie qui permettait d’amortir la perte de compétitivité résultant de la dérive des prix et des coûts. La dérive des coûts était donc compensée par une inflation structurelle élevée suivie d’une dévaluation de la monnaie et, d’ailleurs, la lire italienne n’avait qu’une très faible valeur comparée au Franc suisse et à la deutsche Mark.

Ce schéma avait néanmoins un mérite : il n’était pas possible d’aller au-delà d’une certain point si l’on voulait ne pas déstabiliser l’économie du pays avec la très dangereuse hyperinflation compte non tenu du fait que les achats à l’étranger et les importations ne pouvaient se payer qu’à partir de réserves de change constituées au préalable (monnaies acceptées internationalement telles que le dollar, la livre, le franc suisse ou le DM).

La « logique » de l’endettement avait donc ses limites !

Avec l’intégration à la zone € ces limites ont été totalement pulvérisées car l’Italie, comme la France d’ailleurs, ont pu emprunter quasiment massivement à des taux d’intérêt ultra compétitifs proches de ceux accordés à l’Allemagne afin de maintenir leur modèle social ; le Quantitative Easing de la BCE avec ses émissions monétaires massives à taux zéro depuis 2012 ayant contribué à la poursuite de cet endettement puisque l’argent ne coûtait plus rien !

Autrement dit, on vivait confortablement de l’argent gratuit fourni par les autres !

Or, avec l’€, il n’y a plus de correction possible par le biais de la monnaie par le biais des dévaluations relativement indolores sur le moment même si leur accumulation finit par avoir un effet significatif sur le niveau de vie. La seule correction possible est la dévaluation dite interne c’est à dire par la diminution des salaires, des coûts et des dépenses publiques … ce qui n’est évidemment pas acceptable pour une population habituée depuis trop longtemps aux effets pervers de l’Etat providence !

Autrement dit, l’Italie ne peut plus utiliser ses recettes d’avant l’€ pour restaurer sa compétitivité.

Ce qui s’est passé, c’est que les responsables italiens n’ont pas pris la mesure de la nouvelle monnaie et de sa stabilité et les coûts italiens ont continué à augmenter plus vite qu’ils ne l’ont fait en Allemagne et les pays du nord et personne ne s’est occupé de cette dérive des coûts et des prix. En fait, l’Italie, comme la France, n’a pas fait les efforts de restructuration qu’il aurait fallu accomplir ; à la fois par lâcheté politique et en raison d’une tendance inéluctable à la facilité et aujourd’hui la seule solution est de s’en prendre à l’Europe et à Bruxelles !

L’Italie fait désormais face à un endettement massif qui aujourd’hui obère complètement sa situation économique ; à tel point qu’elle risque d’acculer, à terme, le pays au défaut de paiement !

Et quelle est la solution proposée par les partis nouvellement au pouvoir ?

Augmenter encore l’endettement pour distribuer essentiellement des aides sociales alors que l’Italie est très proche de ce qu’on appelle la trappe à dette, c’est-à-dire que la dette augmente plus vite que la croissance économique.

Autrement dit, on propose de soigner le mal par le mal dans le cadre d’une irresponsabilité politique absolument inadmissible mais dont une grande partie de la population ne semble pas avoir conscience !

En fait, on propose à la population, qui ne dira pas le contraire, de continuer à vivre au dessus de ses moyens en dépensant l’argent gratuit des autres …

Il faut dire que le gouvernement masque le problème en promettant une croissance économique forte qui compensera l’endettement supplémentaire (on n’est même plus dans le conditionnel) … ce qui est une vue pour le moins optimiste des choses car avec des taux d’intérêts à 3.6% il faudrait une croissance à plus de 4% l’an rien que pour compenser leur effet sur l’économie ; ce qui est absolument impossible puisque la croissance italienne est à peu près égale à zéro depuis 2008 !

En plus, cette politique arrive au plus mauvais moment lorsque les bulles sur les marchés actions et obligataires commencent à se dégonfler ; ce qui d’ailleurs n’est pas une surprise et était attendu depuis déjà plusieurs années.

Dans ce contexte, les taux vont remonter du fait du resserrement de la politique monétaire et il faut savoir qu’aux USA le taux des obligations à 10 ans est déjà à 3.26% ; ce qui va déséquilibrer les marchés monétaires jusqu’à ce que la BCE, la Bank Of Japan et Bank Of China augmentent leurs taux de base à leur tour ; ce qui va se traduire par une pression à la hausse pour les taux italiens !

Enfin, l’Italie risque de voir son projet de budget rejeté par Bruxelles ; ce qui serait une première (même la France en procédure pour déficit excessif depuis 2009 y a échappé).

Jean-Claude Juncker, président de la commission européenne, a affirmé que « Pour se sauver eux-mêmes et aussi l’Union monétaire, il est nécessaire que les Italiens assainissent de façon décisive leurs finances publiques. «   car la dette publique massive est une véritable bombe à retardement alors que le marché italien des obligations d’État est l’un des plus importants au monde.

Or, on n’en prend visiblement pas le chemin puisque la nouvelle coalition au pouvoir a décidé d’ignorer les rappels à l’ordre de Bruxelles.

Conclusion : l’Italie inquiète les milieux financiers et joue avec le feu!

Or, il n’y a que deux solutions :

– soit l’Italie fait les efforts nécessaires de restructuration et de réduction de ses coûts (dépense publique, salaires et production) y compris au moyen d’une prédation directe sur les comptes bancaires, à la grande colère de la population car sortir du surendettement est un exercice très difficile et de longue haleine !

– soit elle fait défaut sur sa dette, sort de l’€, dévalue massivement sa nouvelle monnaie pour retrouver des marges de compétitivité et une capacité d’exportation, mais là, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, c’est un saut dans le vide sans parachute avec une hausse massive des impôts, un rétablissement du contrôle des changes, une chute spectaculaire du niveau de vie ! Alexis Tsipras, en Grèce, avait en 2015 été tenté par une telle voie, mais il a été vite conscient qu’il allait ruiner son pays et lui faire faire, et pour de longues années, un bon de 50 ans en arrière !

Eu égard à l’importance de la dette et à l’importance de l’économie italienne dans le système européen, nous risquons donc d’être confrontés à un véritable tsunami qui risque de tout balayer sur son passage car la question qui se posera à la fin sera : Qui paiera pour les italiens ?

Le problème c’est qu’elle risque de nous emporter avec elle compte non tenu du fait que la situation de la France n’est pas vraiment meilleure avec une dette de 100% du PIB (à 2.265 Md€) en expansion constante, une fiscalité écrasante et, faute de réelles réformes, des marges de manœuvre à peu près nulles en cas de difficultés !

Il est important de s’en rendre compte …

Bien cordialement à tous !

Φιλος απο την Ελλαδα (Philos de la Grèce).

Dominique Philos

A propos Dominique Philos

Né en 1958, titulaire d’un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis un ancien avocat fiscaliste et partage ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, intransigeant sur les libertés individuelles, j’ai un ennemi : l’étatisme rampant qui détruit le tissus économique et social.

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5 réflexions au sujet de « L’Italie joue avec le feu et elle risque de nous brûler avec elle »

  1. On veut faire croire que les dettes seront honorées. Il est toujours possible d’exercer une belle pression sur des lambda ou des émergents, mais on ne peut exclure le grand reset avec le grand jubilee.

  2. Et si l’Italie vidait un peu ses musées : Titien, Raphaël, Le Caravage, Botticelli, Véronèse, de Vinci, Modigliani, Fra Angelico etc, cela vaut des sous non?

    Et une petite taxation spéciale sur les religions? Les bénéfices du Vatican sur la crédulité humaine… Après tout pourquoi pas ? Philippe le Bel a bien fait massacrer les templiers.

  3. L’italie , tout comme la france hérite d’une mauvaise gestion antèrieur; de choix fait il y a des décénnie, par des personnes ayant voulu laver plus blanc que blanc, surtout chez les autres. Avoir acceuillis des dizaines de pays pour des raisons purement salariale, qui n’était ni prêt à intégrer l’union économique et encore moins l’union monétaires. L’union monétaire s’est fait avant qu’une union politique, militaire, fiscal, salariale n’ai pu avoir lieu. Chacun voulant conserver son pré-carré. On peut dire, qu’il y a 20 ans avec maastrich, on a mis la charrue avant les bœufs

  4. dans populiste , il y a peuple !!
    « Eux au moins » ils ont les couilles de faire une partie de ce qu’ils ont promis aps comme d’autres dirigeants européens .
    et avant de stigmatiser nos amis italiens qui EUX vivent parfois misérablement ( et je sais de quoi je parles) — ils ne se sont pas gavés avec 300 MDS comme nos amis grecs..
    et avant d’aller voir ce que fait le voisin , il vaudrait mieux d’abord s’occuper des problèmes de son propre pays car nos amis italiens ont en gros la même dette que la France mais avec un peu mois de croissance ils sont excédentaires.
    ce qui sauve encore la France , c’est sa capacité a lever l’impôts et le bas de laine de 200mds du populiste et xénophobe président Macron ( je ne fais que citer melanchichon) !!

    et puis oui…
    fin de de cycle us /fin du QE ( il n’y aura plus d’hélicoptère BEN) .
    4 remontée de taux et crise oblig attendue
    le Cac qui n’est pas a niveau de 2008 (5600P)
    valeur techno a la ramasse
    + la chine et la Russie qui ont vendue la dette us pour acheter de l’or depuis près de 3 ans avec la politique trumpo- commerciale désastreuse et pour favoriser leur exportation de pétrole au profit de l’iran et de la Russie .

    –> les mouches ont change d’âne et je me fiche mon billet que votre prochain poste sera sur nos amis anglais avec le brexit qui va coïncider a la crise de liquidité et futur crack obligataire

    oui on ferait mieux de réformer en grande pompes chez nous (avec 8 ans de retard) plutôt qu’aller s’occuper des affaires chez les voisins, surtout pour tous ceux qui ont votés, socialio-ump depuis des décennies

    1. je me demande si avoir les couilles de faire n’importe quoi présente un quelconque intérêt …
      Pour le reste, je partage entièrement vos remarques
      Si l’Italie est en première ligne, la France n’est pas loin derrière …

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