Midi Libre : une caricature de la presse de province

On ne dira jamais assez de mal de la presse de province, largement responsable des dérives de notre démocratie.

La presse de province s’est partagé le territoire comme aucune autre organisation commerciale n’aurait pu le faire sans être poursuivie pour entente illégale, d’une façon qui n’a d’équivalent que chez les mafieux.

La base de ce privilège est un gros mensonge : le droit à l’information. Ce dernier supposerait que pour être réel il échappe à la concurrence et à la rentabilité. Toute entreprise de presse libre et rentable ne peut être qu’une machine de propagande au service de ses propriétaires.

En clair, pour le journaleux de base, le lecteur est un âne. S’il achète largement le journal, au point de le rendre économiquement viable, il n’a rien compris. S’il prend du plaisir à lire son journal au point de le rendre rentable, l’affaire est louche.

Un bon journal de province doit être frustrant. Chaque information distillée doit déplaire à tous les lecteurs, mais pas franchement, pas directement, sans prendre position, juste par l’insatisfaction qu’elle procurera à chacun, sans franchir le point de rupture.

Le journal de province ne doit plaire à personne, sans quoi il se considérerait comme intellectuellement vénal. La presse de province c’est Tatie Danielle.

La presse de province écrase ou rachète tout ce qui pourrait lui faire de la concurrence, depuis les gratuits dans les années 1970 aux blogs aujourd’hui.

Pas de concurrence d’information en province, donc pas de démocratie, pas d’opinion publique autre que celle du petit journal détenteur du monopole.

La province c’est quand même 50 millions de français, une large majorité. Une majorité en friche de débat d’opinion libre. Un pays globalement réduit à la frustration.

Les deux mamelles de la presse de province sont l’écologie et l’égalitarisme à toutes les sauces, sous-jacentes à tous les articles, quels qu’ils soient.

Certains avancent que tout cela n’est pas très grave, que la presse d’opinion ne manque pas en France, à Paris notamment, et que la démocratie est un débat qui ne s’accommode pas de la basse altitude, qui se doit de vivre aux sommets.

C’est exactement l’inverse. La démocratie réservée aux sommets, élitique, n’est plus la démocratie.

Tout l’intérêt de ce mode d’organisation politique, si tant est qu’il puisse fonctionner, est justement de s’exprimer dès la base, dès les premiers problèmes, au niveau de la commune, du quartier. Mais à travers le débat, évidemment. Donc à condition que les opinions trouvent à s’exprimer et ne soient pas pré-conditionnées.

Midi Libre. Exemple : la « cabanisation »

Le journal fonce et met en valeur Préfet et hommes politiques qui détruisent les cabanes au bord des étangs ou ailleurs. On voit des pelleteuses attaquer rageusement ces ouvrages modestes et les mettre à bas. Celui qui attaquerait la tanière d’un loup de la sorte serait crucifié sur le Midi Libre. Or, qu’est-ce qu’une cabane si ce n’est le nid d’un être humain, sa tanière ?

Ce sont des gens modestes qui établirent ces ouvrages fragiles sur un bout de terrain prêté ou acquis. Puis, ils ont cultivé leur jardin, reçu leurs amis, bu des pastis, joué à la pétanque, été à la pêche. Où sont les crimes ?

Le Midi Libre pense-t-il que les occupants des cabanes trouent la couche d’ozone ? Probablement. Qu’ils agressent la vue du parisien qui ne supporte que les barres de Sarcelles ? Sans doute. Qu’ils mettent en péril le pouvoir des urbanistes et des fonctionnaires zélés qui délivrent les permis de construire….?

Midi Libre ne se prononce pas, encore que, regardez la surprise :

Et oui, les cabanes c’est mal, il faut les détruire, sauf la cabane de Lolo, dont on ferait bien un musée.

J’ai connu la cabane de Lolo. Il était un charmant « gentleman-clodo », qui n’a jamais rien fait de ses dix doigts, qui vivait dans cet espace « cabanisé », drôle, convivial, où il fallait disputer les loups et les dorades aux chats sur le grill, où le mur d’entrée était composé des cadavres des bouteilles descendues, où effectivement Brassens et tout ce que comptait alors la France d’artistes « près du peuple » venaient s’encanailler à bon compte. Sont-ce les milliards qui accompagnaient ces prestigieux invités où leur inadéquation avec le lieu qui a transformé la cabane de Lolo, identique à toutes les autres, en un musée en vocation ?

Fidèles à eux-mêmes, les journaleux de Midi Libre ne donnent pas leur opinion. Juste, ce faisant, ils agressent ceux à qui l’on déconstruit leur cabane de bonheur simple, ils font frissonner les bobos, ils démoralisent et ils moralisent à deux sous.

Deuxième exemple qui me touche personnellement, La Base Tabarly à Sète.

En 1983, Yves Marchand prend la mairie de Sète, une forteresse communiste qui a réduit les ambitions de la ville et le QI de ses habitants au minimum vital.

Il se donne avec passion, transforme la ville et cherche à lui inculquer le gout de l’effort. Là, il n’aurait pas dû. Le terreau n’était pas propice, il aurait fallu plus de temps. Depuis, la ville le hait d’avoir tenté de la sortir de la médiocrité.

En 1984, l’opportunité se présente à lui de recevoir les compétiteurs français de la Coupe de l’américa. Il fonce. Nous lui construisons une base, en un lieu improbable terriblement exposé à la mer, jamais construit avant, avec des atouts techniques qui permettront au défi suisse Alinghi, venu s’entraîner un an à Sète en 2002, de gagner  la Coupe de l’américa en 2003.

En 2007, le nouveau défi de la coupe de l’américa aurait dû avoir lieu à Sète, mais les autorités portuaires d’alors n’avaient pas inclus cette condition de droit lors de la mise à disposition de la base, il eut lieu à Valence.

A sa naissance la base a reçu un accueil spectaculaire, avant sa mort elle a gagné la coupe de l’américa. Pas si mal.

Je vous laisse prendre connaissance de sa nécrologie dans le petit journal Midi Libre.

Ainsi va la vie de la presse de province, et donc de la France, puisque c’est elle qui façonne la pensée du pays.

La presse de province ne donne jamais d’espoir, ne soutient pas les grands projets, sauf s’ils émanent de la puissance publique, même alors s’ils sont ridicules, car la presse de province n’a pas d’esprit critique, pas d’âme, pas d’opinion.

Elle ne parle évidemment pas des désastres de la zone de non droit fiscal, vous vous en doutiez. Elle est persuadée que la fraude fiscale est universelle, elle voit le monde comme elle, combinard et profiteur.

Elle cajole ceux qui prennent aux autres, comme elle, elle déteste ceux qui donnent aux autres, ils pourraient convaincre et la vaincre.

Bien à vous. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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2 réflexions au sujet de « Midi Libre : une caricature de la presse de province »

  1. Et oui, cette presse provincial, j’en ai fait les frais. Suffit de mettre des « guillemé et de fermé les guillemets », pour qu’un article fait de fausses déclaration , d’insultes, de fausses nouvelles, tout fait pour descendre une personne, pour lui « voler » son bien; devant la justice, l’article du fait des guillemés, était au conditionnel. Au lecteur de le savoir. Pas beaucoup de lecteur on fait cette distinction, y compris parmis les « élus » locaux; qui eux l’ont pris pour argent comptant. Guillemé ou pas…

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