PATRONS ET FOOTBALLEURS, MÊMES GALÈRES. par Jean Nouailhac.

Dans tous les pays développés, la mondialisation est une chance pour les grands compétiteurs, sauf en France où c’est une malédiction.

L'équipe de France au Stade de France en 2013.
L’équipe de France au Stade de France en 2013. © FRANCK FIFE
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On peut les aimer ou ne pas les aimer, les supporter ou non, mais les grands footballeurs et les grands patrons ont de nombreux points communs : ce sont avant tout des compétiteurs, parfois même des guerriers, qui sont impliqués dans la mondialisation et dont les revenus ne proviennent jamais des contribuables, mais uniquement de la sphère privée, ce qui devrait d’ailleurs enlever à tout politicien ou tout fonctionnaire le droit de les critiquer.

Ensuite, ce sont des géants dans leur domaine, des premiers de la classe dont les mérites sont reconnus au niveau mondial et dont les talents sont exceptionnels. Ils sont plus doués que les autres et travaillent beaucoup plus et beaucoup plus vite. Ce sont des phénomènes exemplaires. Enfin, ils gagnent énormément d’argent par rapport au commun des mortels, pour une raison facile à comprendre, sauf bien sûr pour des idéologues obtus : ils sont en permanence en concurrence entre eux, les grands patrons au niveau planétaire – les méga-entreprises sont mondiales – et les grands footballeurs au niveau européen – le football est avant tout un sport européen et sud-américain.

Petits pieds et grandes gueules

Cela a pour résultat que les meilleurs des meilleurs sont recherchés à coups de millions, à la différence près que leurs motivations ne sont pas les mêmes : les footballeurs mettront toujours le critère de l’argent en premier, alors que pour les patrons ce sera d’abord le challenge. Mais dans les deux cas, cela fait partie de la loi de l’offre et de la demande. Et cette loi du marché domine le monde, du moins dès qu’on sort de l’Hexagone, que cela plaise ou non à nos doctrinaires franchouillards aux petits pieds et aux grandes gueules.

Mondialisation veut dire concurrence des compétences, des talents et des CV pour les entreprises qui veulent se développer à l’étranger. Les clubs de foot comme l’OL, l’OM ou le PSG jouent leur présent et leur avenir sur la scène européenne. De même, Michelin, L’Oréal ou Sanofi pensent monde avant de penser France et dans leurs états-majors on parle plus anglais que français. C’est ainsi et il faudra bien s’y faire.

Pour les entreprises ouvertes sur le large, il faut oublier l’Hexagone qui, pour la majorité d’entre elles, n’est qu’une source de problèmes. Oublier les énarques/inspecteurs des finances de Bercy qui tirent sur tout ce qui bouge – « Je ne veux voir qu’une seule tête fiscale ! » – et qui ne pensent qu’à matraquer les têtes qui dépassent. Les grands patrons et les grands footballeurs en France ont cet autre point commun d’être bastonnés, taxés et surtaxés comme s’ils étaient des bandits de grand chemin, alors que partout ailleurs ils sont soutenus, admirés et courtisés. On les voit beaucoup plus souvent à la télé que les politiciens. En France, c’est l’inverse !

Par curiosité, regardons quelques secondes le modèle économique du football français. D’après la dernière étude d’Ernst & Young, le « Baromètre Foot pro 2014 » récemment édité, les contributions fiscales et sociales liées à l’activité des clubs professionnels ont augmenté de 40 % depuis la saison 2008-2009. Pour un footballeur au salaire annuel brut de 1,8 million d’euros – ils sont quelques dizaines dans ce cas en Ligue 1 –, les simples charges patronales en France sont actuellement de 504 millions d’euros par an (904 millions quand le taux à 75 % s’appliquait), contre 247 en Angleterre, 34 en Italie, 14 en Espagne et 12 en Allemagne.

Quitter le pays

Pour un footballeur lambda gagnant trois fois moins, 600 000 euros brut par an, ces charges sont de 14 900 euros par an en Espagne, 16 000 en Allemagne, 38 000 en Italie, 94 500 en Angleterre et 246 000 en France ! Dans le football professionnel français, pour le social et le fiscal, l’État peut prélever jusqu’à la moitié du chiffre d’affaires direct d’un club, ce qui constitue une spoliation proprement scandaleuse. Après cela, essayez donc de rivaliser avec les autres pays dans l’arène européenne !

Pour les grandes entreprises, c’est le même problème, toutes choses égales par ailleurs. Les cadres de direction sont tellement matraqués qu’ils en viennent à vouloir quitter leur pays, quand ce n’est pas déjà fait. Les sièges sociaux commencent à déplacer certaines équipes dans les pays limitrophes, à faire bouger certains navires de l’escadre avant de faire mouvement avec le porte-avions. Les étrangers de leur côté ne veulent plus venir en France : ils ne supportent plus d’être montrés du doigt comme des capitalistes/vampires assoiffés de sang. Tant qu’il y aura de l’argent pour les payer, ce qui n’est pas du tout assuré, les footballeurs étrangers de niveau mondial resteront en France, leurs terrains de jeu n’étant pas délocalisables. D’autant plus que leurs agents ont trouvé la parade : ils arrivent parfois à négocier pour eux des revenus nets d’impôts. De leur côté, les meilleurs footballeurs français ne rêvent plus qu’à une seule chose : aller jouer en Angleterre ou en Espagne.

Quant aux grandes entreprises privées, pour leurs dirigeants et leurs cadres supérieurs, il semble qu’il n’y ait plus d’autre solution que le départ, si l’on veut éviter le fauchage social et le matraquage fiscal. À moins de délocaliser nos politiciens en les obligeant à constater par eux-mêmes ce qu’est vraiment la mondialisation, on ne voit pas très bien ce qui pourrait les faire changer d’avis.

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