Quand les mots nous manquent.

Très aimablement invité à Dax au Weekend de la Liberté du Cercle Frédéric Bastiat par notre ami Patrick de Casanove, j’ai dû faire face à la difficulté qu’il y a à expliquer la souffrance générée par les injustices chroniques d’un contrôle fiscal.

J’y ai renoncé me contentant d’indiquer : « Je tiens un blog qui est une sorte de léproserie pour contribuables en stade final ». En quelque sorte j’ai fui face à la difficulté. Comment faire autrement ?

Les mots ne suffisent pas pour imager le gouffre qui s’ouvre sous les pieds du contrôlé fiscal lorsqu’il prend connaissance de sa notification de redressement, qui ne correspond jamais, jamais, à une quelconque réalité.

Ce jour là, il entrevoit sa disparition sociale totale. Il est en état de choc. Et ce n’est qu’un début.

Pour comprendre cette difficulté de communication imaginez, sans télévision, sans image, l’émotion qu’aurait provoquée en vous le cyclone Irma qui a frappé l’île Saint Martin. Probablement une compassion fugace, nuancée par l’idée que le reste du temps ces îles sont paradisiaques, que donc ce n’est que les contraintes de la vie qui passent de l’un à l’autre, un jour pour eux, un jour pour vous. Vous seriez rapidement revenus à vos propres soucis.

Mais là, devant votre écran, face aux images, votre stupéfaction n’a pu être que totale en voyant tant de destruction. Vous avez vu tout détruit, vous n’avez pas cherché à savoir ce que chacun faisait ou était avant, vous avez immédiatement compris que tous ne sont plus rien.

Il est des cas où les mots ne servent à rien pour décrire les choses, il faut soit les vivre soit en voir directement les conséquences.

Il en fut ainsi de l’holocauste, de la famine en Russie en 1931, en Chine en 1958, du génocide Rwandais de 1994, autant de choses que les mots ne peuvent ni raconter ni prévoir, que les hommes constatent toujours après, hébétés et saisis par l’incrédulité face à l’horreur absolue incluse dans ces folies.

C’est le cas du contrôle fiscal.

Prospérant dans une zone de non droit, le contrôle fiscal s’épanouit dans une ambiance assez semblable à celle de l’inquisition.

Il a en effet ses inquisiteurs qui fabriquent de toutes pièces des preuves écrasantes de la culpabilité de personnes la plupart du temps innocentes, mais dont les activités seraient susceptibles de les rendre coupables.

Pourquoi ces inquisiteurs font-ils cela ?  D’abord parce qu’ils aiment le faire, ensuite parce qu’ils y trouvent un intérêt personnel et enfin parce qu’ils finissent par y croire, même s’ils n’y croyaient pas dès le début.

La croyance est essentielle, ici comme ailleurs elle défie la raison.

En conséquence, pour se protéger, tous y croient.

C’est ici que les mots deviennent inutiles, leur subtilité ne peut rien face à la carapace de la croyance. Le contrôlé fiscal ne peut en aucun cas espérer communiquer sa souffrance, et surtout pas évidemment son intensité.

Tous doivent impérativement croire que l’Etat providence est le bonheur sur terre, que le seul obstacle à ce bonheur est la fraude fiscale, que donc son éradication justifie toutes les horreurs.

Alors qu’une simple réflexion de bon sens permettrait de prendre conscience que, quand bien même quelques-uns dissimuleraient une part de leurs bénéfices, ce ne serait pas très grave.

L’important est qu’une économie fasse des bénéfices, ceux-ci constituant le moteur qui lui est essentiel. Pendant que toute destruction des créateurs de bénéfices est un acte suicidaire pour une société.

La fraude fiscale n’étant pas particulièrement répandue, contrairement aux affirmations des inquisiteurs, se sont en réalité eux qui sont les fossoyeurs de notre économie par leurs destructions inconsidérées de nos entrepreneurs innocents.

Cette situation invraisemblable se traduit par une chaine de non-dits, accompagnée d’une inversion des réalités, qui excluent toute communication.

A réception de la notification, le contribuable se trouve projeté dans l’arène où il va trouver la mort. Les avocats fiscalistes seront ses picadors, la justice son matador, les autres son ultime souffrance la raison du spectacle dont il va faire les frais.

Rien ne sera vrai, sauf sa mort sociale.

Comment, dans ces conditions, le contribuable pourrait-il espérer s’en sortir en criant la vérité ?

C’est pourtant ce qu’il va faire, ce que j’ai fait, ce qu’impuissant je vois ce faire aujourd’hui sur mon blog.

Lorsqu’il comprend, trop tard, il est mort.

Et pourtant, tout le rituel est connu, chaque étape de son calvaire est répertoriée, déjà vécue et racontée par des milliers de malheureux avant lui, qu’il n’a pas cru, qu’il ne croit d’ailleurs toujours pas, même à sa dernière heure.

Quand je vous dis que les mots nous manquent…..

Cordialement. H. Dumas

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Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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6 réflexions au sujet de « Quand les mots nous manquent. »

  1. L’Administration fiscale et les administrations sont solidaires entre-elles , et par conséquence l’injustice est un métier en France . Ces administrations considèrent que La France et les esclaves du privé leur appartiennent .

  2. Bonjour HENRY
    Votre interrogation « pourquoi ces inquisiteurs font-ils cela ? » donne comme réponse :
    1- D’abord parce qu’ils aiment le faire,
    2 -ensuite parce qu’ils y trouvent un intérêt personnel
    3 – et enfin parce qu’ils finissent par y croire, même s’ils n’y croyaient pas dès le début

    Je sis désolé de vous contredire mais la vérité vue de l’intérieur dont je peux témoigner est toute autre

    En vérité il ne s’agit que de mesure du résultat des agents à tous niveaux , une simple question de statistique un point c’est tout .
    La mécanique du système est huilée dans ce but unique en fabriquant les outils pour arriver au maximum de résultat . $C’est un peu comme dans le privé on fait les « machines » de façon à aboutir au plus en terme de performance .
    C’est exactement le même système de fonctionnement que dans un commerce ou une entreprise ou les commerciaux n’ont pas le choix car ils sont rémunérés en fonction de leur rapport à l’entreprise.

    En vous arc-boutant sur les inspecteurs vous faites fausse route . Ce ne sont que les maillons extrêmes et ce n’est pas eux qui décident ni des noms des redevables vérifiés ni des résultats finaux .
    Leur fonction unique est l’obéissance et gare à celui qui est rétif.
    En ces temps de pénurie d’emploi , en sortant des fac de droits , les étudiants qui se retrouvent après concours recrutés , sont formés avec une seul consigne , faire ce qu’on leur dit et comme on le leur dit . UN POINT C’EST TOUT . Les décisions ne leur incombent pas.
    Une aciérie fabrique de l’acier
    Un magasin vend ses marchandises
    ET ;………….le fisc vend de l’impôt comme autres au prix le plus cher possible

    1. Francis,
      Chacun est libre de ce qu’il fait ou accepte de faire. Vous-même êtes un exemple de cette liberté.
      Pas d’excuse pour les tortionnaires.

      1. Cher HENRY , je suis tout à fait d’accord avec votre ressenti , car effectivement personne ne peut imposer à un homme honnête de résister aux pressions conduisant à l’injustice.
        Le problème est humain car pour résister il faut être fort et en avoir les moyens et savoir ruser avec ces « connards d’IP ( inspecteurs principaux et la hiérarchie)
        J’ai pu me permettre ce luxe car je n’ai eu que des imbéciles comme chefs qui attendaient de moi la « connaissance » et dans les cas difficile la répartie était aisée car je leur rappelais mes serments . Certes c’était faire une croix sur la carrière , mais ce n’était pas le cas pour tous et d’autres pour être tranquilles cédaient car il y avait des sanctions déguisées ( surveillance du dossier fiscal perso )
        Un de mes meilleurs collègues qui ne pouvait supporter d’inventer des rappels avait des statistiques mauvaises.
        En poste à AVIGNON il a été muté dans la même direction à AIX ( sinon cela aurait été une sanction disciplinaire et le chef était dans l’impossibilité de la motiver) soit 70 km plus loin , soit une heure 30 de trajet en plus matin et soir

        Ce sont toutes ces petites choses qui fabriquent des KAPO ou des tortionnaires comme vous dites

    2. Hannah Arendt, banalité du mal (toute proportion gardée)… on applique les directives quelle qu’elles soient, et en toute bonne conscience bureaucratique…
      Peu importe si l’entreprise n’a plus qu’à se mettre en faillite, et le patron se loger à la cloche de bois: c’est la loi qui le dit, donc c’est bien, pas besoin de se tracasser ni se poser de question… vous voyez?

  3. oui.. et bien moi je suis un léproTHYREX .
    je suis issu d’une longue lignée de contribuablosaures
    mon cerveau s’est auto développé et je me suis immunisé face aux prédateurs fiscaux et aux strates d’impôts qui se sont amoncelées .
    j’ai évité les banderilles des avocats fiscaliste .
    j’ai survécu ( comme j’ai pu) au tsunami BERCTYAL et a la lame de fond du TGI.

    bref , je suis un SURVIVANT du RSI et de Bercy !
    au début je me prenait pour noe et j’ai fini en slip sur la plage tel vendredi attendant la prochaine attaque des PIRATES de la CIPAV ..
    https://www.youtube.com/watch?v=fy5ewMwLvMc

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