Schizophrénie collective

J’avance, pas à pas, dans la lecture du colossal livre d’Ian Kershaw : « Hitler ». Souvent je dois reprendre mon souffle, tant la situation interne à l’Allemagne qu’il décrit me parle, m’interpelle.

Je frissonne et souffre mille maux, page après page. J’ai l’impression d’être dans la peau de ceux qui sont anéantis, de reconnaître ceux qui les pourchassent. Il m’arrive de rester prostré dans mon fauteuil, l’œil dans le vague, pensant : « mais alors, tout est perdu ».

L’Allemagne de 1930 à 1940 n’a qu’un mot d’ordre, simple, sans explication, sans base, que tous répètent en boucle : « c’est les juifs ». Elle n’a qu’une solution, elle aussi simple, sans base et sans explication : « faut les virer ».

Ces deux phrases ridicules, qu’objectivement aucune personne munie d’une intelligence, même réduite, ne peut proférer sans s’étonner elle-même de leur médiocrité simpliste, vont déclencher une des pires catastrophes humaines. Des souffrances dont, seulement en y pensant, on ne sort pas intact, dont on ne peut même pas imaginer la réalité sans être malade, terrorisé, désespéré.

La particularité de ces deux phrases, réductrices et suicidaires, est qu’elles ne sont tout simplement pas transformables en réalité. Elles ne correspondent à rien de possible. Et pourtant, tout un peuple va les croire possibles.

Cette impossibilité va se traduire par une absence de décision et, paradoxalement, c’est cette absence de décision qui va rendre possible l’impossible.

Devenu un mème, « c’est les juifs, faut les virer », va se répandre sans ordre, sans réelle loi, hors structure, de façon aléatoire au fil des ambitions des acteurs d’une organisation politique totalement déstructurée, jusqu’à devenir la structure par défaut.

C’est hallucinant. Hitler ne donnera jamais d’ordre précis pour la réalisation de cet objectif, pour lequel il ne trouvera aucune solution, évidemment.

Ainsi, au nom de ces deux phrases débiles tout va être tenté et tout va se heurter immédiatement au vide de l’irréalisable, que ce soit pour ceux qui agirent ou pour ceux qui subirent. Ce vide est celui de la folie, tout simplement.

Il s’agit d’un cas de schizophrénie où la pensée collective perd de vue la réalité, sans en avoir conscience, se déstructure, puis se fourvoie dans des actions incohérentes et suicidaires.

Ici, la solution, imaginée au départ comme un déplacement de population, ne pourra pas voir le jour. Mais, les conséquences catastrophiques des essais de sa mise en œuvre auront de telles répercussions que la vie de ceux qui seront pris dans ce piège sera dévalorisée au point que leur disparition s’imposera naturellement.

En réalité, l’horreur collective naît de l’impossible accès à une folle idée adoptée par la majorité.

C’est une sorte de bousculade panique, purement intellectuelle, qui s’empare d’un groupe fuyant une terreur ou poursuivant un objectif totalement inaccessible. La rencontre de cette pulsion erronée de la pensée et de la réalité incontournable est le facteur de l’horreur. Celle-ci est alors illimitée, sans maîtrise possible jusqu’à la destruction totale du groupe atteint de ce mal. Car, il s’agit d’une maladie, mortelle.

En règle générale, la schizophrénie entraine la mort, le plus souvent par suicide. J’imagine que lorsqu’elle est collective les conséquences sont les mêmes pour le groupe contaminé.

Pourquoi ce livre, « Hitler », qui provoque ce constat, remet en question ma propre vie, ma vision du monde et de la société.

Parce que, s’il on convient qu’il n’y a jamais de donneur d’ordre de l’horreur, qu’elle est le fruit d’une maladie collective, d’une schizophrénie de masse, il ne peut donc pas se trouver d’homme ou de structure pour juger ou limiter la survenance de cette horreur.

Et ça, c’est vraiment un problème qui me touche particulièrement, profondément, qui va au cœur de ma croyance en la légalité, en la loi, en la justice.

Aujourd’hui

Notre société rabâche en boucle deux phrases aussi ordinaires et irréalisables que celles dont, en son temps, les allemands s’étaient entichés. Elles sont devenues un mème.

Il s’agit de « c’est les riches », et « il faut redistribuer ».

Personne n’est en mesure d’imaginer une organisation cohérente qui permettrait de mettre en oeuvre dans la réalité, de manière rationnelle, la concrétisation de la pulsion qui porte ces affirmations. Ces phrases ne correspondent à rien de possible.

D’ailleurs, personne ne donne d’ordres réels dans ce sens. Aucun parti politique n’accompagne ces incantations d’un programme crédible à ce sujet. Tous restent dans le « il faut », comme Hitler en son temps. Pourquoi aller plus loin puisque « il faut » suffit à l’électeur ?

On peut constater que, bien qu’elles sous-tendent toute la pensée politique, ces idées n’apparaissent nulle part dans notre constitution ou dans nos lois.

Impossible à structurer, ces « phrases-croyances » servent pourtant journellement de base à la contrainte de certains sur d’autres. De ceux qui considèrent qu’ils doivent bénéficier de la redistribution et imposer aux autres moins de richesse, sans que cela puisse être rationnellement organisé. Elles sont l’arme des ambitieux.

En leur nom, bureaucrates et élus agissent journellement assurés de l’impunité liée à ce type de programme irréel, mais adopté par la majorité.

Tout comme leurs ancêtres allemandes, ces phrases sont porteuses de l’horreur.

Horreur qui, chez moi et chez bien d’autres, a déjà frappé. Soudain, je comprends qu’effectivement la situation n’a pas de réalité, que je suis pris dans ce vide qui précède la folie du groupe, dans lequel nul ne peut intervenir puisqu’il s’agit d’un espace souhaité par tous, mais inaccessible, donc sans référence au réel, irréel pour de vrai.

Ce que j’ai, jusqu’à ce jour, considéré comme une fin n’est en fait qu’un début.

Plus l’irréalité de ce concept va apparaître, plus l’horreur va s’intensifier, plus cette irréalité va attirer les fous et anéantir la raison, c’est ce que je viens de comprendre.

J’avoue que c’est désespérant. Désolé de vous faire partager ce désespoir. J’ai une pensée émue pour ceux qui prêchent encore la raison, ils s’exposent inutilement.

Le groupe France entre en folie, il poursuit un but qui ne peut pas exister, cela l’entrainera à tous les excès, les pires.

Bien cordialement. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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