Une analyse économique comparative France/Allemagne

Je souhaite revenir sur un article paru sur le site « institut des libertés » à l’initiative de M Charles Gave.

J’aime bien lire les articles de M Gave car ses analyses sont toujours pertinentes … même si je ne partage pas toujours ses opinions !

Son dernier article (ici) m’a interpellé car il y explique les raisons pour lesquelles M Macron ne pourra pas réussir pendant son quinquennat …

M Gave présente la caractéristique d’être un vrai professionnel des marchés et il ne se cantonne pas dans des raisonnements théoriques abstraits comme souvent le font nos économistes distingués …universitaires … qui ne sont jamais sortis de leur université et n’ont jamais eu à affronter les marchés et leurs exigences toutes particulières.

Dans son article, il explique en particulier :

  1. On peut avoir 70 % de fonctionnaires de plus que l’Allemagne
  2. On peut avoir un taux de change fixe avec l’Allemagne
  3. On ne peut pas avoir les deux à la fois.

Pour ceux qui ne connaissent pas M Gave, je précise qu’il est plutôt antieuropéen c’est à dire qu’il est contre la structure administrative qui fonctionne, bien ou mal, à Bruxelles, qu’il est pour l’Europe des nations, qu’il est contre l’€ et qu’il perçoit le brexit comme une grande victoire de la démocratie sur l’administration bruxelloise et ses dirigeants incompétents !

Pour lui la France est une nation mais pas l’Europe ! Et l’Europe doit rester une mosaïque de pays indépendants, avec leur propre monnaie, au sein d’une Europe réduite à la fonction de zone de libre échange comme le souhaitaient d’ailleurs les anglais !

Clairement, c’est un souverainiste !

Je ne me lancerai pas dans des développements à propos de la nation dont la création/conception est en fait très récente et résulte pour beaucoup du morcellement de l’Europe à partir de la féodalité.

Pour lui il y aurait une volonté de vivre en commun en France qui n’existerait pas en Europe !

J’observerai simplement qu’il s’agit là d’une question d’appréciation personnelle et qu’il en va, à ce propos, comme des goûts et des couleurs !

Quant à la volonté de vivre ensemble … je serai plus circonspect …

Pour ma part, je suis français … parce que je suis né en France et que j’ai acquis la culture française en vivant en France et en allant à l’école républicaine mais ce n’est pas un choix de ma part, c’est le constat d’un simple fait qui m’a été imposé … d’ailleurs  je préfère vivre en Grèce et je n’entretiens pas de sentiment xénophobe vis-à-vis des autres membres des pays de l’UE !

Dans ces conditions : où est la volonté de vivre ensemble ; M Gave, lui-même, vivant à Hong Kong ?

Dans son article, il opère une comparaison entre la France et l’Allemagne pour arriver au constat qu’avec la monnaie unique nous, français, ne pouvons pas réussir parce que la monnaie unique, l’€, n’est pas adapté à notre économie.

Ce faisant, il m’est apparu que M Gave faisait l’impasse sur tout un aspect de l’économie française pour se limiter à la monnaie et commettait de ce fait un contresens.

Or, et c’est bien de cela qu’il s’agit : la France, qui avait une situation comparable à l’Allemagne en 1995, a complètement décroché depuis et ce n’est pas seulement la faute de la monnaie car ce phénomène n’a, à mon avis, rien avoir avec l’€ … même si l’€ peut avoir tendance, à un certain stade, à amplifier les distorsions et les handicaps !

En fait, la raison principale est que la France vit au dessus de ses moyens et qu’elle dépense beaucoup plus que l’Allemagne pour offrir à sa population les mêmes services !

Evidemment, ce constat n’est pas sans poser un certain nombre de questions qu’il appartient au nouveau président de résoudre ; faute de quoi nous continuerons à nous enfoncer dans la croissance (très) molle, le chômage de masse, les déficits et la dette !

Car, il existe une double règle économique incontournable :

  • si vos coûts augmentent plus vite que ceux de vos voisins, la seule façon de rester compétitif est de dévaluer votre monnaie c’est à dire d’annuler par le biais de la dépréciation de la monnaie les coûts supplémentaires générés par un certain nombre de facteurs qui peuvent être la fiscalité, le niveau de dépense publique, le nombre de fonctionnaires, la progression des salaires et des charges sociales,
  • si vous avez une mauvaise économie, vous aurez nécessairement une mauvaise monnaie c’est à dire une monnaie peu ou pas crédible sur le marché international des capitaux et des devises et, de ce fait, vous ne pourrez pas emprunter sur les marchés au-delà d’un certain montant car, faute de cette crédibilité, les taux demandés par les prêteurs vont monter à des taux insupportables !

Evidemment, avec l’€, je reconnais que nous avons enfreint ces deux règles car d’une part nous n’avons pas pu dévaluer (on ne peut pas dévaluer avec l’€) et nous avons emprunté à tout va sur les marchés en profitant des (bas) taux allemands pour assurer nos fins de mois !

La où l’explication de M Gave me gène, c’est qu’il ne tire pas les conséquences de ce qu’il constate et se limite à des observations sans rechercher les causes de cette situation.

Car, il nous appartenait, compte tenu des règles nouvelles liées à l’adoption de l’€ et à un taux de change fixe, de nous adapter aux nouvelles règles et d’engager les réformes de structures nécessaires … ce que nous n’avons pas fait mais ce que l’Allemagne a fait !

Et la Commission Européenne nous rappelle sans arrêt à l’ordre en nous demandant d’engager les réformes de structures nécessaires … ce que nous persistons à ne pas vouloir faire !

Si la situation de la France se dégrade sans arrêt depuis 30 ans c’est évidemment qu’elle est mal gérée par une classe politique très inférieure à la classe politique allemande ; et notamment que la classe politique française, par lâcheté, clientélisme ou tout ce que vous voudrez, a refusé, pour ne pas heurter les pauvres français, d’engager des réformes de structures que les allemands, eux, ont bien engagées !

La solution n’est pas dans la fuite de la monnaie car la monnaie n’est qu’un révélateur de l’état de l’économie d’un pays à un instant donné – et, comme pour Mme le Pen, changer de monnaie, ne résoudra aucun des problèmes structurels de la France !

Et à comparer les 2 pays, il faut rappeler que le taux de chômage est plus du double en France (10.1%) par rapport à celui de Allemagne (3.9%), que nous enregistrons des déficits budgétaires constants (75 mds €) alors que les comptes de l’Allemagne sont à l’équilibre (et même en léger excédent) et que cette dernière enregistre des scores à l’export (260 mds € d’excédents) impressionnants tandis que nous n’enregistrons que des déficits (60 mds €).

Soyons lucides, tout cela ne peut pas être seulement à cause de la monnaie !

Le niveau des dépenses publiques françaises apparaît complètement délirant (57%) alors qu’il se « limite » à 45% en Allemagne !

Là est l’explication : le secteur public français pèse trop lourd sur la seule activité privée et handicape les entreprises françaises ! D’ailleurs, la Commission Européenne a relevé le niveau très élevé des charges sociales et des impôts sur les entreprises françaises situé à 38.4%. Il est le plus élevé de l’UE en 2016 !

En outre, il s’avère que notre système fiscal, très inégalitaire, exerce une pression trop importante sur un nombre trop réduit de personnes assujetties ; compte non tenu du fait qu’à  cela s’ajoute une instabilité fiscale et règlementaire déjà fustigée par mes soins dans ces colonnes !

Par ailleurs, avec un pays complètement dominé par son administration ; laquelle, avec sa vision purement administrative et eugéniste du marché du travail, part du principe qu’en empêchant les licenciements on limitera le chômage (c’est d’ailleurs la même logique qui a conduit cette même administration à limiter le nombre de nouveaux médecins en estimant, avec le succès que l’on sait, que moins il y aurait de médecins … moins il y aurait de dépenses de santé), les barrières mises aux licenciements n’apparaissent finalement que comme des barrières à l’embauche puisqu’un entrepreneur qui ne peut pas licencier n’embauche pas … c’est aussi simple que ça !

Alors, pour revenir à l’article de M Gave … Oui la France peut avoir une administration pléthorique, des dépenses publiques excessives, un marché de l’emploi complètement rigide et sinistré mais non le retour au Franc ne résoudra aucun des problèmes structurels de la France et non le retour au Franc ne lui rendra aucune compétitivité vis-à-vis d’un leader économique comme l’Allemagne !

La seule issue est l’engagement de réformes structurelles touchant à la dépense publique, au nombre de fonctionnaires, au marché de l’emploi, à la fiscalité car, contrairement à ce que croient une bonne part de nos politiciens et l’essentiel de notre administration, le modèle français n’est envié par personne – il n’est tout simplement pas un modèle – et surtout le monde n’est pas fait pour se plier à nos desideratas c’est à dire que nous n’imposerons pas aux autres notre conception du monde !

Et pour revenir à M Macron, on ne peut que souhaiter qu’il engage les réformes nécessaires, mais … pour des raisons de basse politique et d’opposition frontale des syndicats (ça commence d’ailleurs avec la CGT qui bloque actuellement les dépôts pétroliers), il m’apparaît que, ainsi que je l’ai déjà écrit, rien ne sera fait, hormis quelques réformes « à la marge » et la France restera le mauvais élève de l’Europe ; jusqu’au jour où nous lasserons nos partenaires !

Bien cordialement

Απο την Ελλαδα (de Grèce)

PHILOS

A propos PHILOS

Né en 1958, titulaire d’un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis un ancien avocat fiscaliste et partage ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, très à cheval sur les libertés individuelles, j’ai un ennemi : l’étatisme rampant qui détruit le tissus économique et social.

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Une réflexion au sujet de « Une analyse économique comparative France/Allemagne »

  1. Bonjour Philos,
    Vos constats techniques sont parfaits. Oui Charles Gave passe à côté du problème, son intérêt de trader prend le dessus sur son intelligence, pourtant remarquable.
    Mais la solution n’est pas technique, elle est morale.
    La France sait aussi bien faire que l’Allemagne, mais elle ne le fait pas parce que tout simplement elle est corrompue.
    Corrompue politiquement, administrativement, juridiquement et économiquement.
    Le mensonge reigne en maître au point que les français n’en sont même plus conscients.
    Pour changer il faudrait qu’ils prennent conscience de ce fait.
    Je ne crois pas cela possible.
    Amicalement.

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