Une déconnexion inquiétante des élites

Les gilets jaunes, qui sont désormais abondamment présentés dans la presse « officielle » comme des ultras violents, des antisémites, des incendiaires et des complotistes, voudraient, à en croire cette même presse, le rétablissement de l’ISF et « moins d’impôts pour eux-mêmes » mais plus de dépenses publiques ; ce qui permet de moquer à bon compte leurs contradictions, voire leurs incohérences !

Ceci m’amène à faire trois observations contredisant une version officielle un peu trop complaisamment répandue pour être vraiment honnête :

– A propos de la dérive violente et raciste du mouvement

La presse, qui sait tout, développe désormais de manière intensive un argumentaire à propos de la radicalisation des gilets jaunes !

Pourtant, il n’est un secret pour personne que de multiples mouvements, aux motivations extrêmement diverses, essaient de s’infiltrer dans le mouvement ou de le récupérer à bon compte. On ne sera donc pas surpris qu’il soit permis de se poser la question si les propos et attitudes soulignés et reprochés ne sont pas le fait d’extrémistes en tous genres, de militants islamistes, de la France insoumise ou de la droite nationaliste ou encore de casseurs anti-tout !

Bien évidemment, on peut même se poser la question s’il n’est pas de l’intérêt du pouvoir de monter en épingle ces dérives pour liquider, par le discrédit, cette contestation populaire des « élites éclairées » … autrement dit, d’exploiter cette dérive, vraie ou fausse, pour en tirer un bénéfice comme savent le faire si bien des politiciens rompus à toutes roueries !

Or, du mouvement des gilets jaunes, « canal historique » dont les membres ont tous plus de 40 ans, il faut d’abord retenir l’élément sociologique déterminant qui se trouve à son origine : c’est une population qui habite en province et dans un milieu rural ou péri urbain (France périphérique) dont la vie quotidienne nécessite la possession d’une, voire de deux voitures (si les deux époux travaillent ce qui est le cas la plupart du temps).

– Concernant la demande de plus de dépenses publiques

Cette population a opté pour cet habitat parce que le foncier y est moins cher qu’en ville ; à condition toutefois que le coût du déplacement reste modéré.

Or, elle a fait le constat que ses impôts continuent d’augmenter alors qu’elle doit faire face à la disparition des services publics dans le cadre local ; disparition qui la contraint à un usage encore plus intensif de la voiture. Si la moindre démarche exige de se rendre à la ville située entre 15 et 30 km parce qu’il n’y a plus aucun service public local, et qu’en même temps le prix du carburant explose, c’est tout le mode de vie de cette population qui s’écroule !

Cette population a donc vite compris que, dans un monde fait de dépenses contraintes pour au moins 80% du salaire, quand ce n’est pas 100% voire 110%, l’évolution de la fiscalité, même verdie, allait la conduire dans une impasse économique ; sans solution de rechange.

Cette population s’est donc jetée sur les ronds points avant d’être jetée sur la paille !

Plutôt qu’une demande de plus de dépenses publiques, il s’agit en fait essentiellement du simple maintien de services publics locaux pour lesquels, il faut quand même le rappeler, ils paient des impôts alors qu’il est notoire que tous les services publics, tous les équipements, ont une fâcheuse tendance à se regrouper exclusivement dans les agglomérations au minimum de moyenne et de grande importance.

– Concernant l’ISF

Pour ma part, je n’ai pas entendu de demande de rétablissement de cet impôt sujet à controverse ; cette revendication semblant être plutôt le fait de gauchistes infiltrés dans le mouvement. Par contre, les gilets jaunes expriment clairement une inquiétude quant à l’avenir en raison de la faiblesse de leurs revenus et souhaitent logiquement une amélioration de leur condition de vie tout en redoutant une dégradation de celle-ci.

Ce faisant, ils ont compris que la fiscalité (abusive) était bien un élément déterminant de leur niveau de vie.

Vu sous cet angle, on comprend donc que la formulation médiatisée des revendications des gilets jaunes, à travers le prisme éminemment subjectif de la presse mainstream, ne correspond peut être pas tout à faire à la réalité exprimée sur les ronds points !

Est-ce que les élus l’ont compris ?

Apparemment pas, puisque l’on a appris que 86 députés de la majorité LREM venaient de demander le rétablissement de la taxe carbone sur le carburant parce que (sic) « elle serait un outil efficace et qu’il suffirait de la modifier pour la rendre acceptable » !

Et quelle est cette modification (resic) : « La taxe deviendrait intelligente et plus juste socialement !?! »

L’impôt social et intelligent ? Il y a de quoi se poser des questions quant à la lucidité de ces élus à propos d’une affirmation qui a tout l’air d’une véritable provocation !

Comment expliquer une telle vision (on n’ose même pas parler de raisonnement) ?

Pour le comprendre, il faut savoir que ce groupe d’élus part d’un triple présupposé :

– la variation du climat dépend du seul taux de CO2 dans l’atmosphère et la planète est en (grand) danger ; il faut donc absolument abandonner les sources d’énergie fossiles. Seulement,  cette double affirmation n’est pas prouvée et la France est déjà le pays le plus vertueux d’Europe en ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre,

– l’impôt est social. Bien au contraire il n’y a pas plus anti-social que l’impôt qui n’est qu’un racket, un vol légalisé. Il n’y a que chez les marxistes et les socialistes qu’on attribue à l’impôt une fonction redistributive et égalisatrice. Quant à l’intelligence …

– on pourrait orienter le comportement du consommateur par l’impôt. Or, il a été prouvé que l’impôt comportemental ne fonctionne pas ; surtout quand le consommateur n’a pas le choix !

Ces affirmations ne sont donc rien moins qu’erronées alors que l’on sait que la taxe carbone n’est, à bien y regarder, qu’une taxe sur du vent ; même lorsqu’elle est revêtue des oripeaux démagogiques d’un habillage pseudo scientifique.

Accessoirement il faut rappeler que les recettes de la taxe carbone servaient, pour l’essentiel, à boucher les trous budgétaires d’un Etat impécunieux et qu’avec cette nouvelle idée on va juste aboutir à mettre en place une nouvelle usine à gaz fiscale dans un pays qui est déjà le champion du monde de la pression fiscale.

Encore une fois, on est obligé de constater qu’il se trouve toujours des inconscients (ou des idiots) pour vouloir dérouler le rouleau compresseur fiscal !

Toutefois, on est moins surpris lorsqu’on apprend que Mathieu Orphelin, initiateur de cette idée, est un proche de … N Hulot ; le pape auto-proclamé de l’écologie !

On comprend alors qu’on a juste affaire à un idéologue doctrinaire qui a réussi à enrôler 85 députés n’ayant sans doute aucune opinion sur le sujet !

La mission de l’élu

Le député devrait se souvenir qu’il est là pour représenter la volonté populaire, et pour défendre l’électeur qui l’a élu ; ce qui revient à poser la question : « qui t’a fait roi ? ».

Avant de se faire le vecteur de telles inepties, il devrait donc se poser d’abord la question de l’utilité et de la justification de l’impôt qu’on veut mettre en place car sa mission n’est pas de massacrer fiscalement ses électeurs. Tout au contraire sa mission est de protéger ses électeurs contre une fiscalité abusive !

Avant la faillite financière, c’est donc à la faillite démocratique du système à laquelle on assiste !

Tout ceci est en fait symptomatique de la déconnexion entre les élites et la population car comment expliquer autrement cette furie écolo, anti-voiture, et spécialement anti-diesel, qui a saisi ces élites parisiennes qui n’ont pas besoin de voiture puisqu’elles disposent, le plus souvent gratuitement, de toutes les infrastructures et que, pour voyager, elles prennent l’avion.

On fustige souvent l’inculture économique des français.

Je pense que cette inculture s’étend aussi aux élus car persister à vouloir accabler le citoyen français de taxes qu’il rejette et lui expliquer ensuite que c’est parce que c’est « plus juste socialement » est un discours qui ne peut que mener à la révolte.

E Macron l’a d’ailleurs bien compris en stoppant net (au moins pour l’instant) cette perversion conceptuelle.

Ainsi que le disait Einstein « la folie c’est de se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent ».

Bien cordialement à tous !

La reproduction de cet article est autorisée à condition de le rependre dans sa totalité, d’en rappeler l’auteur et le site de publication originel.

Dominique Philos

A propos Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, titulaire d’un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis un ancien avocat en droit fiscal et droit des sociétés. Je partage ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, intransigeant sur les libertés individuelles, j’ai un ennemi : l’étatisme qui détruit le tissus économique et social.

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6 réflexions au sujet de « Une déconnexion inquiétante des élites »

  1. Effectivement nous sommes devant une déconnexion extrêmement importante entre nos élites et le réel

    Vous avez raison. Mais n’est-ce pas encore plus grave que ce que vous annoncez ?

    Cette déconnexion est telle que, certains français trouvent une certaine ressemblance entre ce qui se passe sous nos yeux et les derniers efforts de l’Ancien Régime pour survivre à sa dette.

    Retour historique pour nous inspirer.

    Le ROI pense, d’abord, en 1786 à convoquer l’Assemblée des Notables. Il croit pouvoir exposer un programme qui va le sauver de la ruine. Elle est réunie le 22 février 1787. N’est-ce pas le même parcours terminal du banquier MACRON qui croit sauver la situation avec ses réunions de maires ruraux ?

    CALONNE exposa à cette Assemblée la situation de la dette aggravée par les emprunts du banquier NECKER: de 1776 à 1786, on avait emprunté 1250 millions ; le déficit s’était monté dans l’exercice de 1784 à 684 millions. Le ROI sort de là effrayé des discours de CALONNE. Il le licencie. Pourquoi ?

    Reprenant le plan de TURGOT (lire à ce sujet l’excellent livre : LA DISGRACE DE TURGOT d’EDGAR FAURE), CALONNE avait osé proclamer la vérité devant les Notables réunis pour rien:

    « Oui, Messieurs, c’est dans les abus même que se trouve un fonds de richesses que l’État a droit de réclamer, et qui doivent servir à rétablir l’ordre. C’est dans la proscription des abus que réside le seul moyen de subvenir à tous les besoins. C’est du sein même du désordre que doit jaillir une source féconde qui fertilisera toutes les parties de la Monarchie. »

    Cela vous parle non ? Combien d’abus, de comités Théodule, de salaires exorbitants des grands commis de l’Etat depuis 1945 avec leurs acquisitions de châteaux et le vol des meubles du DOMAINE?

    « Les abus ont pour défenseurs l’intérêt, le crédit, la fortune, et d’antiques préjugés que le temps semble avoir respectés : mais que peut leur vaine considération contre le bien public et la nécessité de l’État ? »

    La taxation des plus faibles n’est pas la solution. Elle soulève la colère de plus de la moitié de la population, qui ne peut pas toujours se rendre sur les ronds-points.
    CALONNE : « Le plus grand de tous les abus serait de n’attaquer que ceux de moindre importance, ceux qui n’intéressant que les faibles, n’opposent qu’une faible résistance à leur réformation, mais dont la réformation ne peut produire une ressource salutaire. »

    « Les abus qu’il s’agit aujourd’hui d’anéantir pour le salut public, ce sont les plus considérables, les plus protégés, ceux qui ont les racines les plus profondes, et les branches les plus étendues. »

    Tels sont les abus dont l’existence pèse sur la classe productive et laborieuse ; les abus des privilèges pécuniaires ; les exceptions à la loi commune, et tant d’exemptions injustes qui ne peuvent affranchir une partie des contribuables, qu’en aggravant le sort des autres : l’inégalité générale dans la répartition des subsides, et l’énorme disproportion qui se trouve entre les contributions des différentes provinces, et entre les charges des sujets d’un même souverain. La rigueur et l’arbitraire de la perception de la taille.

    La crainte, les gênes, et presque le déshonneur imprimés au commerce des premières productions.

    Les bureaux de traites intérieures, et ces barrières qui rendent les diverses parties du royaume étrangères les unes aux autres. Les droits qui découragent l’industrie, ceux dont le recouvrement exige des frais excessifs et des préposés innombrables ; ceux qui semblent inviter à la contrebande, et qui tous les ans font sacrifier des milliers de citoyens. Le dépérissement du domaine de la Couronne, et le peu d’utilité que produisent ses faibles restes. La dégradation des forêts du Roi et les vices de leur administration.

    Enfin tout ce qui altère les produits, tout ce qui affaiblit les ressources du crédit, tout ce qui rend les revenus insuffisants, et toutes les dépenses superflues qui les absorbent. »

    Il concluait ainsi : « Si tant d’abus ont résisté jusqu’à présent à l’opinion publique qui les a proscrits, c’est qu’on a voulu faire, par des opérations partielles, ce qui ne pouvait réussir que par une opération générale ; c’est qu’on a cru pouvoir réprimer le désordre sans en extirper le germe ; c’est qu’on a entrepris de perfectionner le régime de l’Etat sans en corriger les discordances, sans le ramener au principe d’uniformité qui peut, seul, écarter toutes les difficultés de détail. »

    Voilà l’idée principale : la grande réforme fiscale.

  2. L’entretien de Jacques Attali au journal Haaretz à propos des actes antisémites.
    Jacques Attali […affirme que toutes les discussions sur l’antisémitisme en France sont dangereuses – sinon tout à fait organisées – par une propagande d’Israël.
    N’y a-t-il pas de problème d’antisémitisme en France?
    « Zéro! Aucun. Ce n’est un mensonge. C’est un pur mensonge. C’est faux. Il existe des antisémites bien connus, mais ce n’est pas un problème au niveau national. »
    Les Juifs français ont tendance à immigrer en Israël, et beaucoup disent que cela est dû à une atmosphère antisémite.
    « Je pense que ce n’est pas vrai. Je pense que c’est une propagande, une propagande israélienne. »…] Traduction Google.
    https://www.haaretz.com/1.5255188?fbclid=IwAR3GD2HfEHgr6tL4trEXebNrwZk4sDwAoK2zDM_qJFExEtOQIIhQ67pSbDQ

    1. l’antisémitisme est quelque chose d’immonde.

      En France, il n’y a pas, à part chez un électorat néo nazi tout à fait marginal, d’antisémitisme.
      Seulement, les élites ont décidé, d’après ce que j’ai entendu depuis 2 jours, de mettre le paquet sur ce message avec les idiots utiles qui vont aller manifester dans la rue – sans gilet jaune donc sans risque de se faire canarder et grenader !

      La vérité, mais elle est difficilement avouable et ne correspond pas au « message » que le pouvoir veut faire passer, c’est que cet antisémitisme (violent d’ailleurs) émane de populations musulmanes.

      Rappelons nous les vivas lorsque Saddam Hussein s’est mis à lancer des missiles sur Israel !

      Même Finkielkraut, premier concerné, l’a dit !

  3. Comme le dira le Général De Gaulle – écœuré par le nombre de polytechniciens qui auront collaboré avec les nazis pendant la seconde guerre mondiale et qu’un valeureux d’Estienne d’Orves rachètera de justesse – :  » Le tout n’est pas de sortir de polytechnique , mais de sortir de l’ordinaire ! »
    ils ont l’humour noir A Bercy, l’ENA, Sciences Po et dérivés ils ne savent pas sortir de l’ordinaire, ils apprennent que les finances publiques doivent être malsaines, Le budget doit être non équilibré, la dette publique doit être augmentée, L’arrogance de l’Administration doit être développée et son effectif doit croitre et non contrôlé bien sûr au détriment des services régaliens, l’aide aux pays étrangers doit être augmentée, le mensonge une règle, tout cela afin de mettre en faillite la FRANCE et les Français. La population du secteur privé doit encore apprendre à travailler plus au lieu de vivre .
    Moralité la France était coupée en 2 maintenant elle est pliée en 4.
    ‘La désinformation de Bercy sur les dépenses publiques.’ Ci-dessous une analyse contredisant Bercy que nous a envoyé un des lecteurs internautes, de témoignage fiscal. Qui croire? A vous de faire votre choix de la vérité.
    Les Français seraient victimes d’une vaste désinformation à propos des dépenses publiques qui a été lancée par BERCY , relayée par les médias sans contradictoire .Vous pouvez voir la suite à l’adresse suivante : http://www.temoignagefiscal.com/la-desinformation-de-darmanin-sur-les-depenses-publiques/

    Les Gilets Jaunes sont donc le dernier espoir pour sauver la France du déclin

  4. Je vous rejoins et votre propos montre que vous comprenez très bien l’opinion du plus grand nombre qui sont de bons gestionnaires de leur porte – monnaie et qui en ont marre de voir l’Etat et les collectivités territoriales augmenter la pression fiscale et gaspiller l’argent public sans vergogne. Mais nos politiques et nos journalistes qui veulent protéger leurs privilèges (déduction forfaire, calcul des cotisations sociales sur 70 % du salaire, garantie de salaire pendant 3 ans) et le versement des subventions aux médias, continuent de ne pas comprendre que le geste fort qu’attendent les GJ et leurs nombreux sympathisants, c’est un grand changement du mode de gestion de cet argent public;

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