Une enfance blanche

Il m’arrive d’avoir des nuits blanches, ces nuits où l’on ne dort pas. Pendant que l’horloge tourne, lentement, au rythme des moments où l’on s’emmerde, on a tout le temps de réfléchir. Ces périodes, dont le présent est pénible, sont propices à des escapades dans le temps, futur ou passé.

Dernièrement, lors d’une de ces nuits, je pensais à mon enfance et je suis arrivé à la conclusion qu’elle a été blanche. Comme ces nuits que l’on appelle blanches parce que le sommeil réparateur en est absent, je pensais qu’une enfance dont la formation constructive est absente peut être qualifiée de blanche.

Mon enfance ne m’a servi à rien, elle a été complètement inutile à ma formation. L’éducation nationale en porte l’entière responsabilité. Le drame est que pendant des années celle-ci m’a, en plus, fait croire que la faute m’en revenait.

Le conflit entre elle est moi était insoluble, mais à l’époque je ne le savais pas.

Tout tournait autour de ma mémoire.

En réalité l’éducation nationale n’avait qu’un but : m’apprendre à soumettre ma mémoire. Elle a tout essayé à ce sujet.

D’abord la coercition, sous la forme de punitions attachées à mon refus d’imposer à ma mémoire les contraintes voulues par l’éducation nationale.  Puis la séduction, en me faisant miroiter les récompenses liées à cette soumission. Rien n’y fit.

Ne doutant pas de ses ambitions « nationales », entre le moment où j’étais jeune et aujourd’hui l’éducation nationale a corrompu l’organisation sociale au point que nul ne peut prétendre exister s’il n’est pas capable de faire étalage, tel le perroquet de service, de toutes ces choses prétentieuses et inutiles dont on lui a farci la mémoire.

La question n’est donc plus « être ou ne pas être », mais « savoir ou ne pas savoir ». La nuance est de taille, pour ceux qui la perçoivent.

Une vie plus tard, pendant une nuit blanche, j’y pense. Des bouffées de haine me montent à l’esprit, je hais l’éducation nationale. Puis, je me raisonne. Laissons la haine de côté, a-t-elle un impact sur la connerie ? Non.

Revenons à la mémoire

En ce qui me concerne, n’ayant jamais rien pu apprendre, j’en ai déduit, ployant sous les humiliations de l’éducation nationale, que ma mémoire était défaillante. Je me faisais l’effet d’un infirme, même pas bénéficiaire de places de stationnement réservées.

J’ai trainé cette infirmité supposée pendant des années. Jusqu’à ce que je comprenne que, finalement et contrairement à ce que m’avait annoncé l’éducation nationale, les conséquences de ce défaut (rédhibitoire) étaient si marginales qu’il était bien inutile d’en faire tout un plat.

Puis vint la révélation.

Je n’étais pas sans mémoire. J’étais équipé d’une mémoire qui n’apprend que ce qu’elle veut. Qui refuse absolument d’apprendre sous la contrainte. Qui ne m’informe même pas de ce qu’elle apprend. Mais qui apprend plein de choses, dont elle et elle seule apprécie l’importance ou la nécessité.

Je n’irai pas jusqu’à vous dire que cela est pratique ou génial, non, c’est même objectivement un peu emmerdant.

Mais il y a de bons côtés.

J’ignore totalement ce que ma mémoire stocke ou a stocké. Mais elle, facétieuse, alimente régulièrement mon imagination, et c’est alors la surprise.

L’inconvénient c’est que cette crapule fait mine d’inventer alors que, bien souvent, elle me ressert une redite en me cachant son origine. Me voilà donc, malgré moi, « explorateur-découvreur » de forêts vierges sillonnées d’autoroutes. A ce détail près, le reste me convient.

Objectivement, il me parait même, lorsque je compare avec les « Ferrari » de la mémoire que sont les œufs bien pleins de nos grandes écoles, que je suis presque avantagé, notamment depuis que la mémoire d’internet est à ma disposition.

J’y perds dans les salons, c’est sûr, mais dans la vie de tous les jours rien n’est moins sûr.

Face à un problème, ma mémoire va puiser, je ne sais où, des biscuits pour mon petit cerveau et ma féconde imagination, tous deux alors mettent à ma disposition des solutions rarement spectaculaires mais souvent cohérentes. Pas de citation évidemment, pas de référence prestigieuse, mais en principe du bon sens.

Ainsi va ma mémoire, libre comme l’air, refusant toute contrainte, butinant à droite et à gauche en toute discrétion. Besogneuse et fidèle, elle me  sert à sa façon. Pas question cependant de compter sur elle pour me faire mousser, pour ressortir à point nommé la phrase clef de tel ou tel grand penseur, le théorème miracle de tel autre grand chercheur, elle ne cite jamais ses sources. Pas besoin de les protéger.

Si vous êtes jeune, si rien de ce que l’on veut y mettre ne rentre dans votre tête, ne désespérez pas, il est possible que, vous aussi, vous soyez équipé d’une mémoire facétieuse, ayez confiance en elle et en vous, rien n’est perdu. Et merde à l’éducation nationale.

Bien cordialement. H. Dumas

RAPPEL :  MOBILISONS NOUS.  SIGNEZ LA PETITION.  (colonne à droite)

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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Une réflexion au sujet de « Une enfance blanche »

  1. Bjr,
    En ce qui concerne l’E.N. faut-il que ces professeurs en donnent l’envie d’apprendre…et rendre les cours plus ludiques et agréables.
    Apprendre en s’amusant qu’est ce que c’est bon…mais l’E.N. ne l’a pas encore compris.
    @+

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