CHRISTIAN MICHIGAN, le chevalier blanc n’a rien pu faire, c’était joué d’avance ( la loco, extrait 6)!


Le dialogue étant donc rompu avec l’administrateur, nous n’avons plus à faire qu’à ses sous-fifres qui nous dirigent sans trop de ménagement vers une voie de garage. Et si l’on veut obtenir un chèque, comme c’est lui qui a la signature, c’est la croix et la bannière, jusqu’au jour où il décidera de ne plus rien signer. Pourtant il a encore plus de 160 000€ à nous. Mais ces euros-là, on dirait qu’ils ne nous appartiennent déjà plus. Sous divers prétextes fumeux, il ne veut pas les lâcher. Sans que nous en apercevions, nos 160 000 euros avaient changé de proprio.
Impossible de les récupérer. Certainement que sa poche, indépendamment de sa volonté, les avait kidnappés.
Entamer une procédure pour les récupérer serait trop long.
Donc, nous avons fait une croix dessus.

Denis et moi essayons de relancer la machine.
Avec assez de succès, il faut le dire.
La Loco fonctionne toujours bien et les gens viennent toujours nombreux aux soirées discothèques ou aux soirées co-prod.
Ils sont loin de se douter, que derrière les lights, les paillettes,  les spectacles et les groupes qui font leur show sur scène, que la Loco vit ses dernières heures. Que derrière ces miroirs en trompe l’œil, un monde va s’écrouler. Un mythe va disparaître, car la Loco était devenue en 25 ans, on peut l’affirmer un lieu mythique.
C’est ce qui restera dans l’esprit de millions de personnes, de plusieurs générations de jeunes qui y seront venus y transpirer et draguer. Chacun aura ses propres souvenirs et interprétera le mythe à sa façon.

Nous avons donc compris que nos jours étaient comptés.
Seul un miracle, comme un jugement favorable de la Cour d’Appel concernant l’ « Arrêt Ravon » pourrait nous sauver, mais l’audience est programmée pour le 17 septembre 2009. Et le 8 octobre nous repassons (pour la dernière fois, nous le savons) devant le T.C.
C’est un peu court.
Le miracle, si miracle il y a, il va se jouer dans les tous derniers mètres.
Au finish. Nous savons que les miracles mêmes à Lourdes sont de plus en plus rares, alors vous pensez dans le 18eme arrondissement…
La Loco restera surtout dans les mémoires comme ayant été jusqu’au bout le temple du rock avec ses plusieurs centaines de groupes qui s’y sont produits. Pendant ces 25 ans, tous les jeunes groupes y sont passés. C’était une sorte de consécration avant d’aller plus loin et plus haut.
Tout cela va disparaître, cela nous paraît inéluctable.
Denis, voyant l’impasse dans laquelle nous nous dirigeons concernant le plan de continuation : no monney, no plan et devant l’incapacité de le faire nous-même, me présente son ultime joker, Christian Michigan.
Présenter Michigan vaudrait un chapitre à lui tout seul.
C’est un personnage aux facettes multiples et au passé fluctuant et énigmatique. Il est difficile à cerner.
Pour tout dire, je n’ai jamais réussi à savoir réellement qui il était et ce qu’il faisait. Officiellement il est comptable, il a une formation juridique et fiscale et il semble avoir l’habitude de faire des plans de continuation.
Il débarque chez nous début deuxième quinzaine de septembre. Le plan doit être présenté le 8 octobre. Cela ne nous laisse pas trop le temps de glander.
Christian fait partie des gens « over booké » du matin au soir et même la nuit, 7 jours sur 7. Donc il tient peu les heures de ses rendez-vous. Il vous dit 14h et vous le voyez débarquer à 19h. Ou pas.
Après quelques jours d’apprentissage et d’exaspération totale pour m’adapter à son mode de fonctionnement, j’ai compris qu’il n’était disponible pour la Loco que la nuit. Et que certaines nuits.
Avec lui aucun rendez-vous n’est certain.
Lorsque je lui en fais la réflexion il me répond immanquablement « ne t’en fais pas Manu, ton plan sera prêt à l’heure ». Tout discours « moralisateur » glisse sur lui et sa bonne humeur, car il est toujours de bonne humeur. Après un énième faux bond, lorsque je lui tombe dessus et ne mâche pas mes mots, il attend que l’orage passe et me dit encore une fois son éternel « ne t’en fais pas Manu, ton plan sera prêt à l’heure » avec le sourire.
Putain, combien de fois, au début j’avais envie de lui foutre des coups.
Puis, je m’y suis habitué.
Tous ses clients avaient dû faire pareil. Obligés !
Ce mec, malgré tous ses défauts, pour ses clients, c’était l’ange Gabriel,
le dernier recours, la bouée de sauvetage avant le grand saut.
Il ne s’occupait que de cas « désespérés », genre Mère Theresa, les autres ne l’intéressaient pas. Ce mec était vraiment un spécimen à part, je n’ai jamais pu le classer. Il vous sortait des thèses apocalyptiques sur le « devenir » du monde.
Je l’aurai très bien vu moine ou bonze et se faire cramer.
La nuit, lorsque j’avais la chance de le voir arriver au bureau, il se transformait en bulldozer du boulot.
Le planning était des plus simples : Il se pointait vers 19/20h.
Au bureau, j’étais tout seul.
Je l’attendais avec de la bonne grosse bouffe pourrie de chez Quick.
Il y en avait un à 20 mètres de la Loco.
Pendant une demi-heure, on s’empiffrait de saloperies bien dégueux. Il adorait ça. Après, café. Heureusement que nous avions une machine qui, en plus, en faisait un excellent, car tout au long de la nuit nous allions nous en injecter une bonne dizaine chacun.
Donc, en bon assistant, avant son arrivée, je vérifiais deux choses, si je voulais que l’ambiance soit bonne et reste studieuse : Provision de dosettes et de clopes.
Il fumait un à deux paquets par nuit. Une vraie centrale à charbon.
J’étais, même s’il caillait, obligé d’ouvrir la fenêtre. Moi-même qui étais un fumeur, j’aurais été vite asphyxié si nous l’avions gardée fermée. L’interdiction de fumer n’avait plus court ces nuits-là. Nous étions en pleine illégalité…
Un jour ou plutôt une nuit, il avait manqué de cigarettes, je ne vous dis pas l’enfer !
N’ayant aucune compétence en compta, je ne pouvais que lui servir de boy. J’étais revenu plus de 35 ans en arrière. Mon rôle se cantonnait à l’aider (photocopieuse, scanner etc.), à le relancer dans le plan lorsqu’il commençait à mollir ou à partir dans une autre direction prosélytique, et à lui fournir clopes, bouffe, café.
En fin de nuit, vers 7h, nous étions genre zombie, à ramasser à la petite cuillère. Mon ultime mission, je devais rassembler tous les éléments qu’il avait pondus et les mettre en ordre.
Ça, je savais faire.
Je me souviendrais toute ma vie de l’élaboration de ce plan et après du deuxième avec Michigan.
C’est irracontable. Michigan, c’était E.T qui a vieilli, qui a 40 ans. Il venait vraiment d’une autre planète. Par contre les chiffres, il connaissait. Il savait les aligner et jongler avec.
Avec lui, malgré le stress de notre liquidation programmé, il était tellement « space », que j’attrapais des fous rire. Par moment, nous deux, c’était Buster Keaton et Charlot réunis. Nous avons passé de grands moments dans la déconne. Je ne souhaite pas les revivre mais ce fut malgré tout une expérience.  Encore une.
Le redressement judiciaire et la liquidation quasi certaine qui s’annonçait m’ont fait connaître le côté « obscure » de l’aventure que vivent certains entrepreneurs.
J’avais, bien sûr le moral dans les égouts et je ne dormais plus. Ne plus dormir, cela faisait un bout de temps, mais rien à faire, on ne s’y habitue pas. Le plus difficile à gérer ce sont les pensées de suicide qui vous trottent dans la tête pendant de longues heures. Et toutes les nuits rebelote, les revoilà. En plus on baigne dans son jus, tellement on transpire. On transpire tellement que vos draps sont trempés. On ne peut s’imaginer cette douleur réelle que l’on doit supporter chaque nuit. On a envie de crier celle-ci et on se retient pour la cacher, pour essayer de donner le change à celle qui partage votre vie. Celle-ci n’est pas vraiment dupe car elle vit votre agitation, et surtout votre sudation.
Le matin, on se lève les jambes coupées et tout courbaturé, tout cassé. On met un long moment à chasser ses idées noires et à redevenir positif, prêt au combat. En quelques mois de ce régime, j’avais vieilli de 15 ans. Intérieurement, car extérieurement les gens ne se doutaient de rien.

 A part Nadine, ma femme, personne ne savait ce que j’endurais toutes les nuits. L’apparence « winner », je devais la garder pour les autres, pour la galerie, employés ou relations alors que je n’y croyais plus du tout. J’étais un ex-winner qui avait une tonne de plomb dans les godasses.
Tous les soirs je voyais approcher le moment de me coucher avec horreur. J’emploie ce mot à bon escient, il n’est vraiment pas trop fort.
Putain, quelle fin d’aventure merdique. Dans mes pires cauchemars je n’aurais pu l’imaginer aussi lamentable. J’avais envisagé plusieurs scénarios, mais aucun aussi pourri.
Jamais je n’aurais pu envisager de tout perdre, comme ça, bouffé tout cru par des saloperies de vautours.
C’était l’éternelle histoire des vases communicants, mais là, nous, nous étions dans le mauvais sens.
Ils allaient nous aspirer le sang à pleines goulées.
Pendant que je tenais seul, je dis seul car Kelly avait littéralement disparu (j’aurais presque dû envoyer un avis de recherche) et Frédéric, lui dans la journée bossait encore, mais la nuit lorsque j’étais avec Michigan, il passait de temps en temps, style courant d’air en nous la souhaitant bonne (la nuit), je restais seul pour tenir « compagnie » et aider l’ami Michigan.
Denis avait pris les rênes, où ce qu’il en restait, en mains.
Il faisait tout ce qu’il pouvait pour faire tourner la boutique et faire rentrer de l’argent.

Comme notre gentil administrateur judiciaire ne voulait plus rien régler, à part les payes des employés, depuis grosso modo la fermeture administrative, cela nous mettait encore un peu plus dans le caca.
Lui, tranquillement, il continuait à se faire du lard sur notre dos.
En effet, pour la gestion courante nous ne pouvions que l’assumer avec le cash que nous encaissions sur les règlements.
La partie chèque ou CB allait directo sur notre compte en banque, dont nous n’avions plus la signature. L’administrateur pouvait le voir grossir en se disant que cet argent n’était pas perdu pour tout le monde et qu’il saurait, lui, le diriger dans la bonne direction. Toujours une histoire de flux.

Les gens réglant de plus en plus en CB, vous voyez le topo pour nos finances….
Bolling Emmanuel

A propos Bolling Emmanuel

Emmanuel Bolling a été condamné le 12 janvier 2016 par jugement contradictoire à l'égard d'Anne Béot, inspectrice des impôts de Paris 18eme et partie civile. Emmanuel Bolling a été relaxé du chef de diffamation publique. Il a été reconnu coupable du chef d'injure publique envers fonctionnaire publique pour son article du 15 décembre 2014 sur le site témoignagefiscal.com intitulé "certain de leur impunité, rien n'arrête les agents du fisc". Il a été condamné à verser à Madame Anne Beot 500€. Emmanuel Bolling était un des créateurs et des dirigeants de la Discothèque LA LOCOMOTIVE à Paris. Ouverte fin 1986, décédée asphyxiée par le fisc fin 2009(RIP). Elle subira en huit ans trois contrôles fiscaux. 1992, 1996, 2000. E.Bolling contestera le deuxième (1996). Cette contestation justifiée entraînera immédiatement de la part de Bercy une série sans fin de saisies diverses étranglant son entreprise pour finir par la ruiner. Relaxée de l’accusation de « dissimulation de recettes » par le tribunal correctionnel de Paris en 2002, le fisc n’en continuera pas moins à poursuivre LA LOCOMOTIVE et ses dirigeants de son acharnement, pour les mêmes motifs, comme si de rien n'était... En 2014, après 18 ans de procédure, de procès et d’appels (gagnés ou perdus) dont la liste serait des plus ennuyeuse, E.Bolling et ses associés, ruinés, se battent toujours pour que l’on reconnaisse ce redressement pour ce qu’il est : un abus fiscal caractérisé. Il a initié deux nouvelles procédures devant le T.A.

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