Davantage d’Etat ou moins d’Etat

C’est le non-dit des événements. L’évitement qui crée la confusion ou la confusion qui crée l’évitement, difficile à démêler.

Il faut très vite mettre le sujet sur la table, le comprendre, l’assumer, sans quoi demain la discussion ne sera plus possible, ce sera la guerre civile.

Avez-vous vu cette vidéo d’hier 15 Décembre 2018, la vidéo de la honte ? Nous sommes sur les Champs Elysées, une partie de la vidéo montre l’avenue depuis un étage élevé. Un énorme camion, équipé de jets puissants, avance lentement entouré de CRS, nettoyant une zone préalablement gazée, tel ces camions “ramasse-merdes” que nous voyons tous les jours dans nos rues. Ils sont pareillement équipés d’un Karcher que manie un assistant pour pousser les merdes dans le caniveau et dégager les trottoirs.

Sauf que, hier la merde que l’on poussait dans le caniveau était des hommes et des femmes de tous âges, juste pas d’accord avec les hommes de l’Etat.

C’est de là que doit partir notre réflexion.

Rappelons que l’Etat est une abstraction, composée de personnes à qui l’on confie la force en prenant par ailleurs l’engagement de leur en donner l’exclusivité, renonçant du même coup à l’utiliser nous-même directement.

Cette force ces personnes peuvent l’utiliser brutalement comme hier sur les Champs Elysée mais convenons que c’est rare, le plus souvent elles l’expriment journellement par des contraintes plus ou moins directement imposées qui nous pourrissent la vie.

La force est comme la croyance qui dans le cadre étatique s’appelle la religion et hors de ce cadre une secte, sans que l’on puisse raisonnablement voir une différence entre les deux. La force hors l’Etat s’appelle la pègre. La confusion n’est pas loin.

Un constat

La plupart des Gilets Jaunes interviewés dernièrement réclament des avantages dont la mise en œuvre nécessiterait des fonctionnaires supplémentaires, donc plus d’Etat. La presse filtrant je ne sais pas réellement ce qu’il en est aujourd’hui sur le terrain, mais initialement les Gilets Jaunes demandaient une baisse du fuel pour leurs véhicules, donc moins de ressources pour l’Etat impliquant moins d’Etat. C’est, il me semble, ce qui leur avait donné une majorité dans le pays. En tout cas c’est ce qui me les avait rendus sympathiques et fait de moi un adhérent à leur cause.

Une philosophie

Il ne faut pas perdre de vue que chaque demande de prestation, de régulation, d’intervention, suppose une augmentation des effectifs des fonctionnaires, donc plus d’Etat. L’Etat ce sont eux, simplement eux, les fonctionnaires détenteurs de la force qui va ensuite s’imposer à nous sous la forme d’obligations de toutes sortes. Cela peut aller de la contrainte de la paperasse, jusqu’à la dépossession de nos libertés intellectuelles et matérielles. Nous devons obéir au fonctionnaire représentant l’Etat en tout, sous peine de sanctions que la force que nous lui avons confiée lui permet de nous imposer, et il ne s’en prive pas.

Dans un Etat interventionniste, où la force prime sur le consentement, nous sommes face à ces types de situations : plus d’égalité se traduit par plus de fonctionnaires fiscaux, plus de sécurité par plus de flics, plus de diplômés par plus d’enseignants, une meilleure santé ou vieillesse par plus de soignants, etc….

La multiplication des fonctionnaires officiants compose l’Etat, rien de plus. A partir d’un certain nombre ils possèdent le pouvoir démocratique absolu. Nous en sommes presque là.

Le postulat évident est que l’Etat interventionniste et la liberté individuelle sont incompatible. Le résultat que nous constatons des prestations de l’Etat interventionniste vaut-il de perdre sa liberté ?

En ce qui me concerne je pense que non. En ce qui concerne les Gilets Jaunes, je ne sais plus que penser.

Le bilan

Le mouvement des Gilets Jaunes aura fait la preuve qu’exister en dehors de l’Etat est possible, en tout cas comme force d’opposition brute à la force de l’Etat. En quelque sorte que l’exclusivité de la force de l’Etat peut être discutée.

C’est un grand pas en avant, c’est renouer avec la confiance en soi.

Mais reste la question lancinante : pourquoi faire ?

Si c’est pour retrouver plus d’Etat, quelle que soit la raison invoquée, c’est de l’énergie dépensée pour rien. Le résultat sera mécaniquement le même. Je dirais, pour simplifier, que la pensée qui souhaite l’Etat soit de gauche ou de droite ne change rien au résultat de la construction et de la vie de l’Etat, qui ne peut exister qu’au détriment des libertés individuelles.

La vraie question est donc : davantage ou moins d’Etat ? C’est elle le clivage. C’est lui que la démocratie doit trancher au préalable, tout découle de lui..

C’est ce questionnement que doivent porter les Gilets Jaunes, rien d’autre. Or, apparemment, cela n’en prend pas le chemin.

Les raisons sont multiples et culturelles.

Tout dans notre pays, dès le plus jeune âge, est fait pour que nous n’ayons pas confiance d’abord dans les autres puis forcément en nous. Ce qui sous-tend la nécessité d’un arbitre puissant, impartial et protecteur, qui serait l’Etat.

Malheureusement il s’agit d’une colossale escroquerie.

L’Etat n’existant pas, ce lavage de cerveau nous jette vers les tentacules vénéneuses des fonctionnaires qui le constituent. Ils rognent nos libertés à leurs seuls avantages. Nous en sommes là et nous discutons de toute autre chose, c’est grave.

Bien à vous.  H. Dumas

1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles 4,40 sur 5 (5 avis)
Loading...

A propos Henri Dumas

Je suis né le 2 Août 1944. Autant dire que je ne suis pas un gamin, je ne suis porteur d'aucun conseil, d'aucune directive, votre vie vous appartient je ne me risquerai pas à en franchir le seuil. Par contre, à ceux qui pensent que l'expérience des ainés, donc leur vision de la vie et de son déroulement, peut être un apport, je garantis que ce qu'ils peuvent lire de ma plume est sincère, désintéressé, et porté par une expérience multiple à tous les niveaux de notre société. Amicalement à vous. H. Dumas

6 réflexions sur « Davantage d’Etat ou moins d’Etat »

  1. Bonjour M. Dumas,
    Le mouvement des gilets jaunes a une trajectoire claire : rendre le pouvoir au peuple afin qu’il décide de son avenir, sans passer par des “représentants” dont les motivations sont avant tout personnelles une fois au pouvoir…. Les soi-disant revendications relayées par la presse : augmentation du SMIC, des retraites, des allocations etc… sont bien pratiques pour discréditer le mouvement.
    Fred

  2. J’ai l’impression, en ce qui me concerne, bien sur, que les gilets jaunes sont nostalgique « d’un temps, ou les moins de 50 ans, n’ont pas connus, un temps ou le monde se préparait inexorablement à une guerre total, un temps ou, les opposants étaient purement et simplement liquidé, un temps ou les révolutions, les guerres, avaient entrainé le socialisme, un temps ou ce socialisme donner du boulot à tout le monde, mais ne mettaient pas de pain dans la gamelle, ne mettaient pas de toit sur la tete, n’habillaient pas nos enfants, un temps ou les élites étaient le Kgb, la Cia,… » je ne regrette pas ce temps, meme avec macron.

  3. Ne t’inquiète pas, ce mouvement de contestation populaire n’est que la première phase de futures contestations fiscales car, l’Etat ne diminuant pas sa prédation, les gens vont se révolter à nouveau.

    Pour l’instant, comme je l’ai entendu à la “voix de son maître” (France info) le pouvoir est soulagé, il a maitrisé et contrôlé le mouvement qui est en voie de liquidation GRACE aux mesures préconisées par E Macron.

    On n’est plus dans la gestion d’un pays mais seulement dans le sauvetage du gateau des bobos !

    La distribution ciblée de l’argent gratuit des autres continuera jusqu’au crash !

    Amitiés

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *