Gouvernement  pyromane ?

Ce n’est une surprise pour personne, la France, comme l’Italie, jouent un jeu dangereux et refusent de respecter les règles communes à propos du fonctionnement de l’€. Et cela n’est pas sans incidence sur le futur et notre futur.

En effet, ces pays s’obstinent à enregistrer des déficits budgétaires excessifs et mettent, de ce fait, en péril la cohésion de la zone €.

Dettes et zone €

On sait que la zone € n’est pas une Zone monétaire optimale notamment parce que la mobilité des capitaux d’un pays à l’autre est faible et parce qu’il n’existe pas d’entité supranationale susceptible d’emprunter pour le compte des Etats membres (comme l’Etat fédéral américain).

De plus, il existe d’importantes disparités entre les pays au niveau de leurs structures productives et surtout au niveau de leurs législations sociales et fiscales.

On sait que dans les années 2010, la zone € a connu une grave crise ; laquelle était essentiellement une crise de la dette des Etats membres. Celle-ci n’a été enrayée qu’avec une émission monétaire massive destinée à assurer la solvabilité budgétaire des Etats en difficultés.

Or, dix ans plus tard, on ne peut pas considérer que les problèmes soient réglés car faute d’une réelle politique économique commune et de règles fiscales et sociales convergentes, les économies des pays membres sont en train de diverger ; à l’inverse de ce qui était prévu dans le scénario originel.

La BCE essaie pour l’instant de compenser ces disparités et de maintenir la cohésion de la zone € en inondant le marché de monnaie à taux gratuit et l’importance de cette politique monétaire est loin d’être négligeable puisque la banque Natixis estime que, sans elle, le déficit budgétaire serait de 6.2% du PIB pour la France, de 5.8% pour l’Espagne et de 7.4% pour l’Italie.

Le problème est que cette politique monétaire expansionniste de la BCE ne pourra pas durer éternellement ; notamment parce qu’elle a des effets négatifs qui pourraient s’avérer dangereux à moyen et long terme en provoquant l’affaiblissement des banques (qui ne gagnent plus d’argent et pourraient faire faillite), la création de bulles (sur les actions et l’immobilier), la taxation excessive des épargnants, des sorties de capitaux qui cherchent de meilleurs rendements, le maintien en vie d’entreprises zombies (c’est à dire non rentables mais sauvées par le crédit gratuit qui permet de financer les dettes).

Elle a en outre un coût très élevé dont les Etats vertueux, c’est à dire les pays de l’Europe du nord, refuseront un jour d’assumer plus avant la charge.

Il faudrait donc que, pendant que la BCE assure cette mission, les Etats défaillants fassent les réformes structurelles pour ramener leur déficit budgétaire à presque zéro et que des réformes institutionnelles soient mises en place au niveau de l’Union en vue d’harmoniser les règles fiscales et sociales, avec un vrai budget fédéral et la possibilité d’émettre des €bonds ; ce qui suppose forcément des pertes de souveraineté supplémentaires.

Car, la grande question que personne ne pose publiquement est : que va-t-il se passer lorsque la BCE va arrêter sa politique monétaire expansionniste ?

Car un jour, elle sera obligée de l’arrêter.

Les taux d’intérêts des marchés vont monter et, spécialement pour les pays surendettés ou fragiles financièrement, ils vont monter beaucoup plus que pour les autres. Cela provoquera inévitablement de fortes distorsions, avec une crise des dettes publiques et de la balance des paiements, qui rendront le maintien de la monnaie unique impossible.

Le gouvernement pourra essayer de retarder ce moment, mais devant l’envolée des taux d’intérêts et de la charge de la dette, il sera contraint, pour maintenir la solvabilité budgétaire, d’augmenter la pression fiscale dans des proportions telles qu’elles provoqueront une révolte des contribuables. Et si la crise s’amplifie, le développement des défaillances d’entreprises et du chômage contribuera à augmenter le déséquilibre des finances publiques et créera des déséquilibres économiques insupportables.

Se posera alors la question de la soutenabilité de la dette publique surtout que, devant le risque de défaut, il y a aura des sorties massives de capitaux qui obligeront à mettre en place un contrôle des changes.

L’issue est donc simple. Ou l’on fait l’effort d’assainissement des finances publiques maintenant et on modifie les institutions européennes ou il se posera à terme la question du maintien de la zone € ; en sachant qu’il n’y a pas de bonne solution.

Cela signifie qu’il n’y a pas de solution gratuite et il faut savoir que la réduction des dépenses budgétaires de la France devrait être très importante, de l’ordre de 100 milliards € par an ; ce qui donne une idée de l’effort à faire. Le budget, qui tourne aux alentours de 400 milliards, est en déficit de 25% !

Mais, pour cela, l’Etat fonctionnaire doit s’attaquer à ses dépenses publiques et à … ses fonctionnaires qui coûtent trop cher ; ce qu’il ne fait absolument pas.

C’est même tout le contraire puisque E Macron, contrairement à ses engagements électoraux de 2017 de réduire les dettes, aggrave les déficits en réduisant les impôts et en augmentant les dépenses sociales et de fonctionnement ainsi que le périmètre d’intervention de l’Etat.

Le pire est que certains s’imaginent, sans doute histoire de se rassurer eux-mêmes, qu’on ne paiera pas et que, de ce fait, autant y aller franchement ; autant creuser les déficits pour de bon !

Seulement, cela fonctionnera mais … pas longtemps et l’exemple de la Grèce est là pour nous le rappeler. Il y a toujours un moment où le crédit se bloque car les créanciers ne prêtent qu’en évaluant la solvabilité de l’emprunteur et ils détestent prendre des risques … et ils réévalueront le risque lorsque les taux vont se mettre à monter.

L’endettement est une méthode de gestion à manier avec précaution.

En effet :

– Les emprunts d’aujourd’hui sont les dettes de demain ; ce qui veut dire que l’argent qui est distribué aujourd’hui et que l’on dépense facilement devra un jour être remboursé et que ce sera fatalement par le biais des impôts. Or, il est facile de comprendre que plus l’endettement augmente, plus l’économie ralentit car il faut toujours prélever plus de richesse, en augmentant les impôts, pour pouvoir rembourser les dettes !

– Et nous cumulons ce handicap avec celui d’une dépense publique excessive ; alors que l’on sait, là encore, que plus la dépense publique est forte plus la croissance est faible !

La question qui demeure est quand ce problème va-t-il se poser ? Probablement à l’échéance de 5 à 10 ans mais on ne peut être sûr de rien car un évènement fortuit peut tout déclencher par anticipation.

L’Etat français, en tant que puissance souveraine, pourra toujours prétendre ne pas payer ses dettes et aura le pouvoir de transformer sa dette, actuellement en €, en francs dévalués. Mais, inutile de vous dire qu’après ça, il sera grillé au niveau du crédit. Et, sans crédit, comme l’Etat ne produit pas de richesses, il n’aura pas d’autre issue que de recourir à l’arme fiscale et de faire marcher la planche à billets avec à la clé une inflation qui va s’envoler ; l’inflation n’étant d’ailleurs qu’une forme différente d’impôt assis sur la valeur de l’argent.

Les conséquences pour les agents économiques (entreprises et individus) risquent d’être catastrophiques car les dettes souscrites en € seront remboursables en francs dévalués et cela risque de coûter très, très cher.

Or, Macron a choisi la fuite et la non réforme comme … tous ses prédécesseurs ; et il le sait puisqu’il s’est permis de critiquer les règles de limitation de l’endettement à seule fin de pouvoir prétendre contourner cette question.

Seulement, la fuite en avant n’est une attitude ni responsable ni réaliste ; c’est juste une manière de repousser dans le temps des problèmes qui ne feront que s’aggraver.

E Macron est-il conscient des risques qu’il nous fait prendre ?

Oui, évidemment, mais il … s’en moque pour six raisons :

– il applique le principe du « too big to fail »  en estimant que l’Union Européenne ne s’attaquera pas à la France car cela risquerait de provoquer un cataclysme. Cela lui laisse donc du temps d’autant que l’on voit bien que sa gestion des affaires publiques ne se fait plus qu’au jour le jour.

– il pense qu’il n’aura pas à subir les conséquences de ses décisions, comme tous les présidents avant lui, et que de toute façon, au pire il ne sera pas réélu en 2022, et au mieux son mandat se terminera en 2027.

– comme tous les hauts fonctionnaires, il pense que l’Etat (il faut comprendre la haute administration) gère « les affaires » pour le mieux et que pour l’instant tout va bien puisque les taux sont à zéro et que si la dette augmente, la charge de la dette, elle, n’augmente pas. Seulement, cette situation n’est pas naturelle et résulte exclusivement de la politique de la BCE qui se décide à Francfort … pas à Paris.

– il pense que la BCE va continuer encore longtemps sa politique monétaire expansionniste et qu’il n’aura donc aucun mal à financer les déficits,

– l’opinion publique n’est pas consciente de la réalité de la situation et le gouvernement n’a pas du tout l’intention de l’en informer.

– comme tous les présidents avant lui, il pense aussi qu’il pourra toujours user de subterfuges à la fois pour reporter toujours plus tard les effets délétères de ses décisions (car de son point de vue, il vaut mieux … faire des dettes que subir la guerre civile) et pour trouver des boucs émissaires qui seront les responsables désignés à la vindicte populaire.

Il agit donc de manière délibérée et cynique ; et, pour l’instant, ça marche.

Mais, ce faisant, il entre dans le rôle du joueur qui prend des risques et spécule sur des évènements futurs et incertains et sur le comportement de ses partenaires/adversaires.

Cela peut fonctionner … ou pas !

Une saine gestion est la meilleure garantie pour l’avenir

Quels que soient les taux d’intérêt, la dette publique doit pouvoir être stabilisée en pourcentage du PIB pour ne pas risquer une crise des finances publiques car personne ne sait quand une telle crise peut survenir. Par contre, le jour où elle survient, il est toujours trop tard et ses conséquences sont toujours très dures pour la population qui subit alors des mesures de redressement drastiques imposées de l’extérieur (par les créanciers).

Si notre conduite irresponsable, tout comme celle de l’Italie, provoque la dissolution de l’union monétaire, il faut être certain que les conséquences en seront cataclysmiques !

Adossés à nos dettes énormes, à notre économie fragile et fortement importatrice, je vous laisse le soin d’imaginer le sort de la future monnaie. L’encre des nouveaux billets n’aura pas fini de sécher que le processus de leur dévalorisation sera déjà engagé !

Imaginez un paiement des pensions et des salaires avec une monnaie dévaluée, une chute du niveau de vie, un renchérissement du prix des importations (et nous importons l’essentiel des produits manufacturés).

La catastrophe et la révolte populaire sont au bout du chemin et ce ne sont pas les phrases assassines, et les calculs mesquins, du président qui y changeront quoique ce soit.

E Macron, malgré tous ses efforts, n’est pas le chef de l’Union Européenne ; il n’a pas le pouvoir d’imposer quoique ce soit aux autres membres de l’Union Européenne. Il n’a que l’obligation de respecter les règles communes et de sauvegarder nos intérêts en tant qu’individus ; pas de nous ruiner !

Il faut être conscient que nous sommes assis sur un tonneau de poudre et que E Macron, et ses collègues de la haute fonction publique, sont en train de jouer avec les allumettes !

Bien cordialement à tous !

Licence de publication : la reproduction de cet article n’est autorisée qu’à la condition de le reprendre en totalité, d’en rappeler l’auteur et le site originel de publication.

 

 

Dominique Philos

A propos Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, après un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis devenu Conseil Juridique, spécialisé en droit des affaires et fiscalité. L'Etat ayant décidé l'absorption des Conseils juridiques par les avocats, j'ai poursuivi mon activité en tant qu'avocat en droit fiscal et droit des sociétés spécialisé ... en divorces ; jusqu'à ce que je sois excèdé par les difficultés mises à l'exercice de mon activité professionnelle. J'ai démissionné du Barreau en 1998 et partage désormais ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, soucieux du respect des libertés individuelles, je suis un libertarien qui déteste l'Etat et son administration tentaculaire.

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2 réflexions au sujet de « Gouvernement  pyromane ? »

  1. Résumé parfait de la situation de notre pays.
    Personnellement je dénonçais déjà le surendettement alors que notre dette se situait aux alentours de 1000Mds€ en début des années 2000.

    il est regrettable que M. Macron ait rejoint le groupe des” climatomaniaques” qui annonce l’irréversibilité imminente de l’emballement de la hausse des niveaux des océans alors que le même emballement de notre dette (6000 Mds€ tout confondu) le laisse de marbre alors que les conséquences pour notre pays seront beaucoup plus grave!

  2. Résumé hélas quasi parfait de la situation, ajoutons les problèmes dus aux financements des migrants et aux millions de fonctionnaires “supplétifs” véritables sangsues de notre (pauvre) économie.

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