Historique du dentiste et de bien d’autres

Un lecteur, dentiste de son état, nous fait parvenir ce texte écrit l’année dernière.

On peut dire que la situation a empiré. Je trouve intéressant, avec son accord, de publier ce document qui raconte simplement la souffrance de ceux qui bossent, que les hommes de l’Etat prennent pour des machines. Ils disposent d’eux sans respect, cyniquement, en se parant au préalable de toutes les vertus.

“L’État, le gouvernement, la haute (!) administration, les Énarques pour résumer, nous aiment bien, et donc nous châtient bien. Certes, nous ne sommes pas les seuls. Mais on en prend quand même plein la tronche. Le premier coup tordu, si on s’en tient à l’actualité relativement récente, c’est la Loi Sapin 2. Dans son package, il y a la possibilité pour l’État de bloquer les portefeuilles d’assurance-vie, sans limite de montant ni de temps, en cas de « menace grave et caractérisée ». C’est-à-dire que vu le contexte financier actuel et les dettes de l’État, on vous kidnappe vos économies que vous auriez mis sur ce genre de support, si par malheur vous les y avez encore laissé. C’est une escroquerie.

Deuxième coup dans le pif de notre profession, la CCAM (Classification commune des actes médicaux), dramatique expectoration de faux experts mais vrais abrutis, avec des définitions d’actes ridicules et prêtant à confusion, et une numérotation des codes qui traduit pleinement la perversion de leurs esprits malades, comme si faire compliqué pouvait avoir une qualité quelconque, sinon augmenter le risque d’erreur. Quant à la valeur des actes de soins et de chirurgie, elle reste largement en dessous de leurs prix de revient, donc inapplicables.

L’uppercut suivant s’appelle la nouvelle convention. On nous fait miroiter des augmentations sur les soins, mais si ….. pleins de conditions dont la santé financière de la sécurité sociale, qui est virtuellement en faillite et sans aucune chance de se redresser. Autrement dit chers amis, croyez aux promesses et ne bronchez pas. Nos syndicats ont l’habitude et les négociateurs des caisses et des ministères savent les gruger. Ça marche à tous les coups, mais il faut dire que pour les autres professions c’est pareil.

On s’en remet à peine qu’arrive le matraquage suivant : on nous dit que la nouvelle convention ne se conçoit qu’avec le tiers payant. Ah mais, cela n’avait pas été dit dans les négociations. Bon oui, mais de toute façon, il faudra y passer. Vous voyez déjà les conséquences : les patients ne payent plus la plupart des actes, donc perdent l’habitude de s’impliquer financièrement mais également mentalement dans un traitement. La motivation et la responsabilisation deviennent aléatoires. Et vous, en fin de mois, vous chercherez désespérément à mettre en rapport les virements venant de la S.S. et des mutuelles avec les actes réalisés, symbolisés par des codes indéchiffrables, tout autant que l’identité des patients. Il arrivera vite le moment où vous renoncerez à contrôler votre « salaire », et ces voyous sauront très bien en profiter, d’abord en squeezant des petites sommes, puis en prenant du retard dans les versements, enfin en rendant toute la comptabilité incompréhensible comme ils savent très bien le faire.

Tout cela est déjà catastrophique mais ce n’est pas fini. Voici le prélèvement à la source. Génial ! Ils (les voyous) seront en droit de prendre sur vos comptes les impôts, les cotisations S.S., la CSG, la retraite, et toutes les taxes qu’ils ne cessent d’inventer pour compenser leur incapacité à gérer quoi que ce soit, et leur cupidité sans bornes. Entre les versements en retard des caisses et les prélèvements en avance des mêmes caisses et des services fiscaux (net-entreprise pour nommer cette organisation criminelle), vous pourrez pleurer pour acheter votre pain quotidien. Nous serons les esclaves d’un système qui a déjà fait ses preuves d’inefficacité et de corruption. Nul doute que devant ces difficultés, nombre de praticiens préféreront aller travailler dans des institutions quelconques, en tant que salariés, même si l’exercice est à mille lieux des « données acquises de la science » et de l’intérêt final des patients.

Enfin comme nos énarques sont des vicieux pervers sans limites et sans scrupules, ils ne peuvent pas voir un magot sans loucher dessus jusqu’à ce qu’ils s’en accaparent. Notre caisse de retraite a fait des réserves pour passer les années de forts contingents (1500 dentistes par an nés de 1946 à 1956, jusqu’à 750 ensuite). Il suffit de déclarer la fusion de caisses déficitaires (cela ne manque pas) avec les bien gérées et notre retraite va être divisée par trois. Vu les performances de nos syndicats, la mentalité farouche de nos administrateurs de carcdsf digne d’un Vercingétorix, et la mollesse congénitale de la profession, nul doute que l’on va se faire spolier une fois de plus. La CARCDSF va perdre la confiance des jeunes pas encore salariés, qui vont refuser de cotiser à une caisse “dévalisable”, et vous pourrez bosser jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Nos gouvernements successifs, tous aussi lamentables les uns que les autres depuis 1981 (ou presque), ont réussi à transformer notre pays de cocagne en un enfer administratif, en détruisant au passage notre système de santé (je ne parle pas de l’assurance maladie mais du réseau de praticiens), l’éducation nationale, les petites entreprises et l’artisanat, les facs (en particulier en odontologie), la défense, la justice (moins elle marche, moins ils risquent de s’y trouver confrontés), et la démocratie pendant qu’ils y sont.

C’est à leur nullité abyssale que l’on doit nos millions de chômeurs, les plus de 10000 « cerveaux » partis à l’étranger sur la seule année 2015 (record du monde), des dizaines de milliers de faillites par an et deux suicides de gérants par jour. Il suffit de comparer à d’autres pays européens qui étaient au même niveau que nous il y a trente ans pour voir comment la France a décroché économiquement et dans l’efficacité de ses services. Nos « dirigeants » officiels et officieux sont « graves ». On voit bien leur comportement sur de multiples questions. Ils donnent l’impression au départ d’ouvrir le débat, puis débarquent avec des critères préétablis (exemple les 80 km/h), laissent la contestation monter sans se démonter, avancent leurs arguments toujours partiaux. Ils finissent par imposer leur point de vue, donnant à constater qu’ils se considèrent seuls assez intelligents pour prendre les bonnes décisions pour les autres, (pour eux-mêmes aussi et surtout), mais en plus, qu’ils considèrent que les arguments apportés par les professionnels du domaine concerné sont forcément intéressés et donc à combattre. La plupart des français non politiques étant plutôt honnêtes et pragmatiques, la rivalité intellectuelle finit par aggraver la paranoïa de cette caste de décideurs “administrato-politico-énarchiques” qui prennent une fois de plus la décision la plus stupide, mais avec une autosatisfaction bien palpable de gens qui s’enivrent de leur pouvoir. Remarquez l’enterrement du « débat national ».

Quand je sais le service de santé que l’on pourrait rendre à la population si l’État ne nous mettait pas sans cesse des bâtons dans les roues, et la très triste réalité des soins d’aujourd’hui, je suis profondément écœuré. Les décisions prises pour faire quelques économies vont coûter très cher par l’aggravation des pathologies à terme.

Nous sommes en face d’une haute administration qui déteste la liberté, qui déteste les libéraux, qui veut tout contrôler alors qu’elle est complètement incompétente pour le faire. Ils seraient absolument incapables de gérer une PME, mais s’auto-promeuvent sur les postes clés du pays avec des rétributions plus que généreuses, et surtout particulièrement disproportionnées à leur efficacité. Ils n’arrivent même pas à cacher leur mépris pour le reste de la population ni leur volonté de faire partie d’une caste élitiste disposant de tous les privilèges et de tous les passe-droits.

Donc, mes chers collègues et futurs esclaves, nous pouvons désespérer de cette évolution du pays. Mais peut-être que vous prendrez conscience des enjeux et des responsabilités, et que vous sortirez enfin de votre torpeur et de vos peurs. Rien ne résisterait à des professions de santé déterminées et organisées. Nous voyons tous les jours plus de citoyens que n’importe quelle autre profession. Nous les connaissons mieux, nous parlons plus avec eux, nous savons plus facilement ce qu’ils pensent et ce qu’ils souhaitent. Et nous pouvons les informer des réalités qu’ils perçoivent déjà de plus en plus nettement. La sécurité sociale ne les protège plus, ne les soigne plus correctement, n’est plus en mesure de verser des retraites dignes, ne respecte plus une équité inscrite dans la constitution. La sécurité sociale a été une bonne chose mais n’a pas su s’adapter à l’évolution des sociétés, et il faut la forcer à évoluer sinon, notre économie tombera en collapsus et la sécu avec elle. Il est probable que Mitterrand, en signant le traité européen en toute connaissance de cause, avait prévu qu’il fallait une échappatoire juridique.

Car le seul moyen « pacifique » et légal est de cesser de cotiser à l’urssaf, et de prendre une autre assurance maladie. Des dizaines de milliers d’indépendants l’ont déjà fait. La sécu n’a plus de monopole depuis le 1er juillet 1994. La loi est claire (92-49 CE) même si notre justice de république bananière fait ce qu’elle peut pour ne pas l’appliquer, et que nos médias sous contrôle étatique ne mouftent pas sur ce scandale.

Dernier espoir. Savez-vous encore ce qu’est le courage, ou êtes-vous fataliste ?  Nous n’avons plus rien à perdre.”

Un témoignage comme on les aime, qui n’est pas que fiscal, qui va plus loin et permet de comprendre le délire fiscal.

Bien à vous. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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