La grande crise qui s’annonce

Les dégâts causés par la pandémie de coronavirus dans une Europe confinée n’ont pas fini de se faire sentir, mais ils risquent d’être catastrophiques surtout qu’on ne peut absolument pas compter, en dépit des déclarations qui nous sont faites sur la franchise et la sincérité des gens qui dirigent le pays.

On anticipe d’ores et déjà une contraction de 10% de l’économie européenne et la question que tout le monde se pose est évidemment : comment va-t-on en sortir et qui va payer la note ?

Nos ministres préférés de Bercy n’en ont pas moins tenu des propos rassurants :

G Darmanin : « La sortie de la crise ne passera pas par une augmentation de la fiscalité »

Bruno Le Maire : « L’Etat apportera “les moyens financiers nécessaires aussi longtemps que la crise durera pour éviter un naufrage de l’économie » et que « l’Etat abonderait le fond de garantie de 300 Md€ aussi souvent que nécessaire » !

Il convient néanmoins d’être extrêmement circonspect face à ces déclarations dont il faut être conscient qu’elles sont faites avant tout dans un double but :

  • Faire croire que les politiciens ont une action positive sur l’économie du pays alors qu’au mieux ils n’ont qu’une action nulle ou pire néfaste,
  • Rassurer (pour ne pas dire endormir) la population avec le message sous-jacent : faites-nous confiance !

L’exemple récent des masques, qui ne servaient à rien (mais que fort heureusement on n’avait pas), mais qui vont bientôt devenir obligatoires a toutefois semé le doute au sein de la population …

L’aide de 1.500€ pour les entreprises est apparue aussi largement virtuelle puisqu’il faut remplir tout un tas de conditions ; Bruno Le Maire s’étant par ailleurs aperçu que le taux de chute d’activité initialement exigé de 70% était tellement élevé que … personne ne pouvait y prétendre !

Bercy tient les cordons de la bourse et ne les ouvre pas facilement … mais il est vrai que ce n’est pas vraiment facile quand on est à la tête d’un pays perclus de dettes et en état de faillite !

En 2008, lors de la crise des subprimes, il fallait sauver les banques. Aujourd’hui il faut sauver toute l’économie ; c’est dire si l’on change d’échelle !

On sait déjà qu’au-delà de la crise sanitaire, il va y avoir, à la suite du blocage de l’activité des entreprises, une splendide récession, causée à la fois par un déficit de production mais aussi par un déficit de consommation.

La population enfermée et confinée ne peut ni produire ni consommer !

Et plus le blocage va durer, plus les dégâts seront graves, voire irréversibles ; étant entendu que le redémarrage va, de toutes façons, être très difficile du fait de la désorganisation des chaines de productions et des ruptures logistiques (il faut un mois pour que des pièces chargées à Shanghai arrivent en Europe).

Il faudra s’attendre à des cascades de faillites d’entreprises (surtout parmi les PME) et à une très forte hausse du chômage et, in fine, une chute des recettes fiscales alors que le gouvernement a ouvert, en grand, les vannes du déficit budgétaire.

Mais, ce que ne disent pas nos ministres, c’est que leurs annonces rassurantes trahissent l’idée d’une crise de courte de durée un à deux mois maximum ; ce qui est avant tout un pari sur l’avenir alors que d’évidence on n’en prend pas le chemin !

L’action principale du gouvernement va donc être de faire face aux conséquences fiscales et financières de la crise sanitaire de telle manière qu’elles soient supportables par la population qui, sinon, risquerait de se révolter.

Car les élites pourraient bien avoir à subir la colère d’une population à qui on a expliqué que l’Etat était là, qu’il coutait cher mais qu’il était efficace, et qu’il la protégeait … pour finalement arriver au constat que ce n’est pas le cas : il coute cher et est inefficace !

La population commence aussi à comprendre que le mensonge a été érigé en système de gouvernement pour masquer une incompétence crasse ; ce qui, au demeurant, ne devrait surprendre personne !

L’Etat fonctionnaire est très fort pour pondre des directives administratives ; seulement on ne fait pas fonctionner un pays avec des directives administratives et on en a la preuve flagrante avec les révélations récentes démontrant que cet Etat fonctionnaire, qui prévoit tout et s’occupe de tout, n’avait finalement rien prévu malgré les menaces qui s’accumulaient !

Si les mesures décidées s’avèrent trop dures, il ne fait aucun doute qu’il y aura un rejet violent de la part de la population qui pourrait se jeter dans les bras de ces populistes (de droite ou de gauche) prêts à promettre le bonheur éternel, sans effort, notamment par le biais d’une sortie de la zone € voire même de l’Union Européenne !

Et les élections de 2022 seraient perdues pour la macronie !

Car, les périodes troublées sont toujours propices à l’émergence de systèmes autoritaires voire totalitaires qui s’avèrent, à terme, être la plupart du temps de véritables désastres pour l’économie et pour les libertés individuelles !

Bien évidemment, les dirigeants de l’Etat fonctionnaire le savent et le but de leurs calculs les plus « désintéressés » seront d’éviter cette issue !

Alors, doit-on craindre un effondrement économique et un écroulement de l’Etat ou tout au contraire un renforcement de l’emprise de l’Etat ?

En tout état de cause, on est encore bien loin de pouvoir faire les comptes des dégâts occasionnés aux niveaux tant sanitaire qu’économique !

Un jour aussi se posera la question qui fâche et totalement incorrecte : est-ce que le prix économique valait le prix des morts évitées ?

Car aussi horrible que cette affirmation puisse paraître, ce sont nos sociétés suscitant des sentiments narcissiques chez leurs membres qui font que, désormais, on a peur de la mort et que celle-ci devient inacceptable ; alors que celle-ci faisait partie intégrante de la vie jusqu’au début du 20° siècle.

L’espérance de vie était faible (40 ans), la mortalité infantile élevée (il n’était pas rare d’avoir un enfant sur deux mort en bas âge), les épidémies dévastatrices ; ce qui n’a pas empêché le genre humain de progresser.

Aujourd’hui, le niveau de « pertes acceptables » se rapproche de zéro, y compris dans les opérations militaires (enfin surtout en ce qui concerne nos propres soldats, pour les soldats ennemis c’est plus douteux) alors que jusqu’en 1914 on acceptait de perdre 28.000 hommes dans la même journée.

Pendant la première guerre mondiale, un haut niveau de pertes lors d’une offensive n’était nullement considéré par les généraux comme un drame mais comme une preuve de vaillance lors de l’offensive alors que les pertes françaises, en temps ordinaire, offensive ou pas, étaient de 1.000 morts par jour.

Il faut voir et revoir le prestigieux film de Stanley Kubrick « les sentiers de la gloire » avec Kirk Douglas (film interdit de diffusion en France pendant trente ans pour cause de divulgation d’une vérité inacceptable pour le pouvoir) pour mesurer l’état d’esprit de l’époque !

Et ce ratio de pertes est monté pour l’armée allemande en Russie, entre 1941 à 1944, à 3.300 par jour et probablement le double pour les troupes russes !

Il faut être conscient que 100 ou 200 millions de morts dus à l’épidémie n’auraient aucune influence sur la population mondiale en dehors du deuil des familles et de la désorganisation éventuelle de l’économie … désorganisation par ailleurs déjà bien engagée !

En tout état de cause, les axes d’action du gouvernement pour essayer de sortir de la crise seront nécessairement les suivants :

  • La réduction drastique des dépenses publiques,
  • L’émission monétaire,
  • La fiscalité,
  • L’emprunt,

Nous les examinerons dans un prochain article et nous verrons qu’aucun axe n’a réellement de chance de succès ; ce qui est rien moins que rassurant.

Bien cordialement à tous !

Licence de publication : La reproduction de cet article n’est autorisée qu’à la condition de le rependre en totalité, d’en rappeler l’auteur et le site originel de publication.

 

 

 

Dominique Philos

A propos Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, après un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis devenu Conseil Juridique, spécialisé en droit des affaires et fiscalité. L'Etat ayant décidé l'absorption des Conseils juridiques par les avocats, j'ai poursuivi mon activité en tant qu'avocat en droit fiscal et droit des sociétés spécialisé ... en divorces ; jusqu'à ce que je sois excèdé par les difficultés mises à l'exercice de mon activité professionnelle. J'ai démissionné du Barreau en 1998 et partage désormais ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, soucieux du respect des libertés individuelles, je suis un libertarien qui déteste l'Etat et son administration tentaculaire.

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4 réflexions au sujet de « La grande crise qui s’annonce »

  1. cette poudre pas chère sur les marches en poudrières..
    ce nouveau parfum s’appelle récession

    le-maire a déchargé 1 coup 29 et maintenant sorti le 45
    on va se faire rapidos les 30 30 glorieuses et revenir au contrechoc pétrolier avec l’OPEP jeudi..
    puis retour a la réalité en septembre fin du confinement & confiscation des biens + remontée des impôts

    snow must go on

  2. 1/« pour la réduction drastique de la dette publique », ils ont ouverts les vanne en grands, Sarkozy avec les supprime à augmenter de 50% la dette, la je crains que ce sera bien pire, nos « élite », ne savent gérer qu’avec l’accès à la dette, la on leurs signe un chèque en blanc.
    2/ il va de soi que créer de la dette à partir d’argent inexistant, les rotatives vont tourner…
    3/la fiscalité, retour à l’ISF, augmentation de la CSG sur patrimoine, qui passera surement à 30%, et qui empêcheras de fait le choix pour certains revenus, entre le prélèvement forfaitaire et la déclaration d’IR, augmentation probable de la TVA, les charges sociale devraient suivre si augmentation dramatique du nombre de « chômeurs ».
    Cela me fait penser à l’ère Sarkozy, en particulier, pour l’exonération des plus-values immobilières après 15 ans, passé à32 ans, ainsi que la finalité sous « papa Manu » de l’exonération partiel sur durée de détention des actifs mobiliers…
    4/l’emprunt, nul doute qu’il ne sera jamais remboursé, ont-ils seulement eu l’idée de le rembourser, avant même cette crise…, la BCE prête au banque, elles prêtent aux états, ensuite elle recède leurs créance à la BCE, pourquoi ne pas imaginer une augmentation de capital de la BCE, transformant la dette en capital et réduire cette dernière, annulant au passage toute la dette(effet accordéon)?
    Voilà je me suis un peu lâché, excuse moi pour ces bêtises.

  3. Un rappel : De la Haute stratégie pour les Allemands = En Allemagne, un plan de soutien géant de 1100 milliards d’euros contre le coronavirus, une rallonge du montant prévu à l’origine de 75O milliards d’€. L’Allemagne ainsi accentuera le fossé et sa domination des pays européens. Dans la vie européenne il n’y a pas de cadeau, la France avec ses 300 milliards va continuer à reculer et je le regrette= Cliquez pour lire la suite :
    https://www.lefigaro.fr/conjoncture/en-allemagne-un-plan-de-soutien-geant-de-1100-milliards-d-euros-contre-le-virus-20200325?fbclid=IwAR3mdOH-3uoSRgru8sZWCf73HF-urNG1pFpc20yG2UyQeaqRwg_9Lzb-iJ0

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