La peur meilleur argument politique des démocraties ?

Nos démocraties occidentales fonctionnent selon le mode représentatif, c’est à dire que la réalité du pouvoir est exercée par quelques uns au nom et pour le compte des autres qui les ont élus à cet effet.

On sait que ce système est très imparfait et qu’il fait l’objet de nombreuses dérives telles que abus de pouvoir, prévarications en tous genres, corruption, enrichissement indu, fraudes et la (très) longue liste des politiciens condamnés est là (ici) pour en attester.

Winston Churchill avait résumé de manière définitive la question : « la démocratie est le plus mauvais des régimes politiques à l’exclusion de tous les autres » ! Et, pour ce qui concerne le RU, qui a tout de même inventé ce mode d’exercice du pouvoir, cela tient lieu de prophétie lorsque l’on voit ce pays s’engluer dans les affres d’un Brexit sans fin, sans but, sans solution.

Si l’on fait abstraction de ces aspects, la question qui se pose de manière constante aux politiciens élus mais aussi à tous ceux qui ont pour ambition d’imposer leur volonté aux autres est la suivante : comment obtenir l’assentiment si ce n’est le consentement des populations quant aux décisions qui ont été prises par eux ?

Il y a un premier moyen qui a été largement, pour ne pas dire abusivement, utilisé en France :

La distribution de revenus sous forme de réduction d’impôts ou d’aides sociales.

Il s’agit clairement d’une pratique clientéliste dont le but est d’acheter des voix aux frais de l’Etat en vue d’obtenir l’assentiment de populations dont on veut s’assurer la fidélité.

Le discours des politiciens quant à la lutte contre la pauvreté et les inégalités ressort exactement de cette pratique. Or, il n’est en fait qu’une supercherie de nature clientéliste et électoraliste car le but réel, dans nos démocraties électives, est, pour une catégorie de gens dévorés d’ambition, de récupérer les voix des populations les plus défavorisées afin d’obtenir pour eux-mêmes un statut favorable (J-L Mélenchon, gauchiste sénateur pendant 20 ans rémunéré 12.000 € par mois, est un exemple typique du profiteur cynique de ce système).

Comme l’Etat n’est qu’une fiction, il s’agit clairement d’acheter des voix avec … l’argent des autres ; ce qui est quand même plus commode que de les payer avec son argent propre. Il ne s’agit donc que d’une forme différente de l’évergétisme pratiqué sous l’Empire Romain (ici).

Ce procédé a été très largement utilisé jusqu’ici mais on sait désormais qu’il présente plusieurs inconvénients majeurs :

– il nécessite de cibler les populations qui vont bénéficier de ces largesses, il ne peut donc pas avoir un effet général,

– les bénéficiaires prennent de mauvaises habitudes car on ne peut plus ensuite leur supprimer ces aides qu’ils considèrent comme faisant partie intégrante de leurs revenus.

– il met à mal les finances publiques car les dépenses sociales deviennent vite incontrôlables,

– enfin, cette technique se heurte à la versatilité des populations qui apparaissent bien peu reconnaissantes ; ce qui limite fatalement l’efficacité de cette pratique dans le temps ! Il faut donc sans cesse augmenter les distributions et pour cela augmenter sans cesse les prélèvements sur ceux qui peuvent payer !

Compte tenu du fait qu’on a probablement atteint (au moins en France) les limites du supportable avec cette première technique, il existe un autre argument beaucoup moins coûteux et qui sera probablement de plus en plus utilisé à l’avenir:

La peur !

Cet « argument » présente un immense avantage : il ne coûte presque rien et il s’avère d’autant plus efficace, pour un pouvoir relativement fragile électoralement, qu’il permet à la fois de toucher indistinctement l’ensemble de la population et de prendre des mesures qui seront d’autant mieux acceptées par des populations anxieuses que ces dernières se trouveront pratiquement en position de demande quant à ces mesures.

On se situe là dans le cadre d’une manipulation au moyen d’un mécanisme complètement irrationnel qui permet de surveiller et de contrôler, à bon compte, toute une population en prétextant que c’est « pour sa sécurité » que l’on prend des mesures liberticides et contraignantes. La légalité n’est même plus un problème puisque c’est pour votre bien qu’on vous bride, qu’on vous surveille, qu’on vous oblige … et qu’on vous spolie. Toutes les lois intrusives votées ces dernières années par un parlement aux ordres à propos du terrorisme et de la fraude fiscale ressortent de cette catégorie.

E Macron a parfaitement saisi toute l’opportunité et les avantages qu’il pourrait en retirer puisqu’il enchaîne délibérément les propos anxiogènes les uns après les autres ; sans aucun complexe :

Comme en 1919 et 1944, nous sommes à l’orée, si nous n’y prenons pas garde, d’un temps de guerre…

Cette économie de marché dans laquelle nous vivons est de moins en moins sociale…

La démocratie ne vous protège plus contre les inégalités de ce capitalisme devenu fou…

Sans oublier ses déclarations à propos de l’urgence climatique et sa posture martiale ayant abouti à la création d’un conseil de défense écologique à l’utilité plus que marginale… ou encore lorsqu’il exhorte les français, lors de l’hommage aux victimes de l’attentat islamiste de la préfecture de Paris, à une société de vigilance et de dénonciation !

Or, il faut être conscient qu’il s’agit là d’une politique purement opportuniste dont la dérive autoritaire n’a échappé à personne et qui dépasse les clivages idéologiques droite/gauche.

Après cela, la presse bien pensante peut bien se demander si E Macron ne serait pas en train de se « droitiser». Il ne fait que ratisser l’électorat dans le seul but de consolider un pouvoir assez fragile après avoir constaté, par des retours du terrain, que l’électorat « de gauche » grâce auquel il a été élu serait très mécontent et probablement perdu pour 2022 …

Toutefois, il y a un inconvénient à cette pratique : A force d’user et d’abuser de la peur et d’augmenter sans cesse les contraintes, tout cela ne peut finir que par l’axiome « pour votre sécurité nous avons aboli toutes vos libertés » comme dans … tous les régimes totalitaires !

Quel résultat ?

 Nous évoluons désormais dans un monde de peur et de dénonciation : Peur climatique, peur du gendarme, des radars, du terroriste, de l’autorité, de l’étranger, de la fin du monde, de l’inconnu, de la science (principe de précaution), de l’avenir, de la mondialisation, de la Chine, de la surpopulation, du CO2 …

Et ce phénomène tend à s’emballer car nombre d’organisations (ONG, groupes de pression, entreprises, syndicats) utilisent aussi ce procédé d’instrumentalisation de la peur pour influencer des populations crédules ou seulement mal informées avec pour effet de développer la peur des vaccins, des pesticides, des OGM, de l’agriculture qui empoisonnerait les populations, des centrales nucléaires !

On pousse même la perversion jusqu’à enrôler des enfants qui se précipitent alors dans les rues pour exhorter des adultes irresponsables, voire criminels, à sauver la planète !

La menace de la fin du monde est d’ailleurs un discours récurrent du pouvoir. Au moyen age, c’était une sanction divine (l’homme a commis des fautes pour lesquelles il doit être puni par Dieu) et l’église catholique a abusé clairement de cette technique. Des années 50 à la chute du rideau de fer, la fin du monde était nucléaire avec la menace, selon les opinions de chacun et le camp dans lequel on se trouvait, des abominables américains ou des terribles soviétiques. Désormais la fin du monde est climatique avec l’avantage de permettre de mettre en cause l’ensemble de l’humanité, au-delà de tout clivage politique ; laquelle sera punie pour ses excès de consommation de biens matériels, avec toutefois une petite préférence pour la stigmatisation des abominables multinationales, sans foi ni loi, qui pillent la planète pour remplir les caisses de leurs actionnaires !

Ces manipulateurs jouent sur le ressort irrationnel des populations hors de tout raisonnement. Il n’y a plus aucune réflexion, juste des slogans qui sont lancés à la face du monde et auxquels la population est censée croire en acceptant des vérités révélées. Cette instrumentalisation de la peur de la mort et de l’avenir prend désormais des proportions complètement insensées et ridicules.

Seulement, il ne faut pas se leurrer, l’argument peut devenir inefficace et les populations peuvent devenir rétives à cette pression car les individus sont susceptibles de s’organiser au sein de groupes de nature différente en vue de s’opposer à ce type de contraintes.

On l’a vu avec les gilets jaunes, peu sensibles à la hausse des températures (réchauffement climatique) mais très sensibles à la hausse de la fiscalité sur le carburant, qui ont résisté à une violente répression policière. E Macron, ayant pris conscience qu’il était face à une situation insoluble qui pouvait dégénérer, a préféré en revenir à la première technique et a lâché du lest en accordant, par le biais d’un creusement du déficit public, 12 milliards € d’aides sociales et de réductions fiscales en tous genres !

On le voit à nouveau avec la grève sauvage des cheminots ; lesquels ont saisi l’occasion d’un accident entre un camion et un TER pour bloquer nombre de lignes dans le but (inavoué) de faire pression sur le gouvernement à propos de la « future » réforme des retraites dont ils ont bien compris qu’elle pourrait porter atteinte à leurs privilèges. Le préavis de grève illimitée déposé par les salariés du secteur public pour le 05 décembre montre, sans aucune ambiguïté, qu’il existe une capacité de résistance de certains groupes à toute tentative de réforme ou de remise en cause de leurs avantages et privilèges.

Et le pouvoir a beau menacer, rien n’y fait !

Ne reste alors que l’impuissance ou la matraque (avec le désormais fameux LBD lanceur de balles de défense appelé aussi flash-ball) !

La résistance des populations à l’action des gouvernements fait qu’on se trouve désormais engagés dans un mécanisme d’antagonismes multiples entre groupes et le développement de ce type de relation non consensuel ne peut évidemment aboutir qu’à la colère et à des conflits de plus en plus violents.

La presse mainstream (Le Point) met le développement de ces conflits sur le compte du fait que les populations seraient « fatiguées du libéralisme ».

On croit rêver …

Cette affirmation est tout simplement risible car il n’y a pas plus illibéral que la France avec son système étatiste et dirigiste entièrement placé sous la férule de son administration toute puissante, irréformable, inefficace et coûteuse ; à l’opposé d’un pays qui fait peu parler de lui avec son approche très consensuelle des problèmes : la Suisse ; ce pays sans chômage, sans dettes, sans grèves et sans hommes politiques narcissiques ….

On peut néanmoins se poser la question de savoir si ce discours anxiogène ne finira pas un jour par se heurter au mur des réalités, car l’argument a beau être adapté et recyclé, annoncer une fin du monde qui … ne vient pas tout en confiscant toujours plus la liberté et les revenus de la population constitue un discours qui finit tôt ou tard par n’avoir plus aucune crédibilité ; surtout quand l’évènement prophétisé n’arrive pas !

A la fin, il ne reste alors plus que la colère et la violence !

Bien cordialement à tous !

Toute reprise de cet article vaut acceptation de la licence suivante : La reproduction de cet article n’est autorisée qu’à la condition de le rependre en totalité, d’en rappeler l’auteur et le site de publication originel.

Dominique Philos

A propos Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, après un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis devenu Conseil Juridique, spécialisé en droit des affaires et fiscalité. L'Etat ayant décidé l'absorption des Conseils juridiques par les avocats, j'ai poursuivi mon activité en tant qu'avocat en droit fiscal et droit des sociétés spécialisé ... en divorces ; jusqu'à ce que je sois excèdé par les difficultés mises à l'exercice de mon activité professionnelle. J'ai démissionné du Barreau en 1998 et partage désormais ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, soucieux du respect des libertés individuelles, je suis un libertarien qui déteste l'Etat et son administration tentaculaire.

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6 réflexions au sujet de « La peur meilleur argument politique des démocraties ? »

  1. Bravo pour cette analyse claire et synthétique sur le mode de gouvernance et la manipulation pratiqués par Emmanuel MACRON, avec, il faut le reconnaître, un certain talent de plus en plus démasqué. Je soumets à votre sagacité le thème de la réponse précédente : Macron ou l’art de diviser pour mieux régner.

  2. Entièrement d’accord avec vous, la meilleure facon de controler et/ou de manipuler un individu ou une foule, c’est de le ou les convaincre de l’existence d’un ennemi : à l’extérieur d’un couple, d’un groupe, d’une société.
    Une fois la cause acquise, ne reste plus qu’à se faire passer pour un sauveur qui détient la ou les solutions pour détruire cet ennemi et proposer ses services avec toujours une contrepartie financière.
    Si le sauveur a en plus le ‘pedigree’ d’un ‘premier de cordée’, alors là le tour est encore plus vite joué 😉
    c’est le principe de toute manipulation.CQFD

  3. A mon (très) petit niveau, je témoigne de ceci : les “gens qui ne sont rien” autour de moi ne croient tout simplement plus rien de ce qu’Ils entendent, pas plus les discours politiques, que ceux qui concernent le réchauffement !
    Profondément persuadés que tout ce qui vient du discours “officiel” est un tissu de mensonges et de manipulation.
    Ce qui est d’ailleurs exactement la vérité.
    Bravo pour cette synthèse !

  4. Certains veulent rétablir l’esclavage, les magistrats jugent le poids des chaines aux pieds, les Syndicats négocient le poids des chaines aux pieds; certains journalistes expliquent l’utilité des chaînes aux pieds. Les Gilets jaunes veulent supprimer les chaines aux pieds. Le temps fera son œuvre!

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