Libéralisme et capitalisme : le quiproquo

Est-ce présomptueux d’essayer d’y voir clair dans ce débat qui paraît réglé ?

Doit-on, dès que l’on se déclare libéral, affronter au moins une moue dubitative accompagné de la précision “vous voulez dire néolibéral ?”, au pire une bordée d’injures accompagnées de la précision ainsi modifiée “saloperie de néolibéral”.

Je crois devoir préciser que les lignes qui vont suivre sont simplement ma façon personnelle de ressentir ce débat, évidemment en aucune sorte une quelconque prétention à le solutionner.

Pour moi qu’est un libéral ?

C’est quelqu’un qui pense qu’une société doit permettre à toutes les pensées de vivre en commun, qui n’en privilégie ni n’en méconnait aucune.

Une société libérale est une société sans prosélytisme, où toutes les aspirations et les activités sont respectées.

Chacun selon ses dons ou ses tendances peut y être sportif, musicien, penseur, chercheur, scientifique, dominant ou dominé, acteur économique ou non, responsable ou irresponsable face aux décisions personnelles ou collectives. La liste est illimitée de ce que chacun peut être, accepté par les autres sous la seule réserve de ne pas leur nuire.

Il va de soi que la société libérale a pour base l’homme, son individualité physique et intellectuelle, son corps et son âme, par voie de conséquence ses biens.

Où est la difficulté ?

De ce que j’ai pu constater au cours de ma vie — que je constate encore, voire de plus en plus — le problème tient au fait que chacun pense que sa passion ou ses pensées doivent impérativement être partagées par tous, doivent devenir le socle de l’organisation sociale.

Par exemple, l’animateur de football pense que tous les problèmes de la jeunesse trouveraient une solution si tous les jeunes se passionnaient pour le football.

Il en est de même pour les amateurs de tennis, mais aussi plus largement pour les religieux, les érudits, les politiques, les musiciens, les artistes, les affairistes, les militaires, les scientifiques, etc…

Tous tentent de se saisir d’une parcelle de pouvoir dans le but de voir leur passion devenir le pilier de l’organisation sociale dont ils rêvent. Soit l’exact inverse d’une société libérale.

Evidemment ils n’aboutissent jamais, et heureusement.

Que serait une société animée d’une seule passion, elle serait évidemment séduisante pour ceux qui en sont amateurs, mais pour les autres… qu’elle corvée.

L’ambiguïté de l’économie

Il est une passion — ou activité – : l’économie, que le plus grand nombre croit universellement répandue, accessible à tous.

Alors qu’ici, comme en toute autre passion, certains sont doués d’autres non, certains aiment l’économie, d’autres la détestent ou sont indifférents. Comme toute activité humaine, elle peut-être imaginée de multiples façons.

Ceux qui la pratiquent par conviction, don et passion, en comprennent immédiatement la meilleure pratique. Les autres non.

Une ambiguïté étrange a tendance à vouloir faire de l’économie le socle politique de nos sociétés, ce qui est ridicule.

Ce faisant, chacun y va de sa façon d’imaginer l’économie en référence sociétale. Ceci est aussi ridicule que si soudain la référence sociétale était la compétence en football ou en musique. Ou encore — ce qui est malheureusement souvent le cas — en compétence livresque, religieuse, scientifique, etc…

Toutes ces utopies d’organisations uniculturelles sont antilibérales, elles sont aussi un non sens politique voué à l’échec. Tout le monde le comprend.

Les dérapages induits

Il ne viendrait à l’idée de personne de choisir comme programme politique et comme organisation sociale le football ou le belcanto. Alors que le plus grand nombre imagine sincèrement que l’économie doit être le socle de l’organisation sociale.

Ceci est absurde. Cette déviance fait de ceux qui ne sont pas doués pour l’économie des parias et tend à rendre responsables de cette situation ceux qui sont doués pour elle.  

Aucune activité humaine ne peut fonctionner dans ces conditions, pas plus l’économie que le tennis, la natation, la littérature, la justice, la science, etc…

Ceux qui savent, qui sont doués, ne peuvent jamais combler les carences de ceux qui ne savent pas, qui ne sont pas doués, sauf à ne pas servir leur passion et à la voir alors dépérir, péricliter.

Etat des lieux

L’économie peut prendre toutes sortes de formes mais l’expérience a démontré que c’est la forme capitalistique qui est la plus performante. Basée sur la propriété privée et le capital elle donne d’excellents résultats, économique il s’entend. Le fait absurde de vouloir faire de l’économie l’étalon sociétal l’entrave inéluctablement.

Ceux qui n’ont pas physiologiquement accès à l’économie – ou difficilement – vivent un malaise du type de celui que subissent, au lycée en salle de gymnastique, ceux qui sont dans l’impossibilité physique de monter à la corde. Il faut souvent toute une vie pour comprendre que ne pas pouvoir monter à la corde n’a en réalité aucune importance, qu’il ne s’agit que d’un jugement populiste très ordinaire. La chose est la même pour toutes les autres activités humaines, économie comprise.

L’omnivalence actuelle de l’économie dans le cadre de l’organisation politique est aussi ridicule que le serait celle de la compétence à monter à la corde si elle était prise comme référence sociétale.

Les conséquences dommageables.

Ceux qui ne sont pas doués pour l’économie subissent une telle dévalorisation sociale à cause de ce référencement sociétal de cette activité qu’ils en éprouvent une frustration qui leur interdit d’apprécier les qualités de ceux qui sont doués – alors qu’ils savent apprécier les qualités d’autres champions par exemple sportifs, culturels, intellectuels, etc… —, cela va même jusqu’à générer en eux une haine destructrice pour l’économie.

C’est ainsi que s’est répandue une haine pour le capital, alors qu’il est la base indispensable à toute économie. C’est un comble.

Cela génère donc une haine pour les performances de leurs champions en même temps qu’une exigence du partage de leurs performances, qui évidemment affaiblissent les champions de l’économie.

Haine et exigence du partage sont entretenues par l’idée saugrenue, largement répandue, que celui que l’économie ne passionne pas, ou qui la comprend mal ou peu, serait un être faible ne méritant pas de respect politique et social. Tout cela est objectivement stupide.

Libéralisme et capitalisme

En réalité, ce sont deux pensées qui n’ont aucun point commun.

La premiere est politique dans le sens du vivre ensemble, la seconde est spécifique à une performance reconnue dans l’activité bien précise qu’est l’économie.

Conclusion

Pour clore ma vision de ce débat je voudrais dire ceci :

J’ai vécu 1968 comme un moment de pur libéralisme.

De Gaulle, dans son obsession de la grandeur de la France, avait organisé une politique de propagande intellectuelle et de prédominance de l’économie qui étouffait toutes les autres aspirations sociales.

Mitterrand s’est posé en libéral faisant éclater cette organisation sectaire.

Ses thuriféraires, au pouvoir, ont généré une nouvelle organisation tout aussi sectaire. Bureaucratique, en lutte ouverte et stupide contre l’économie, installant en dictateurs la culture et la pensée unique.

Ils souhaitent la pérennité de leur système, qui n’a aucune chance. Ils cultivent vainement à cet effet la haine de l’économie, qu’ils croient être leur ennemie. Alors que, pas plus que la musique, la littérature ou le sport, l’économie ne peut être l’ennemie de personne.

Ils seront emportés par une vague libérale, qui se cherche actuellement. Cela explique leur réaction épidermique face au mot “libéral” qu’ils requafient en “néolibéral”.

La France est politiquement libérale depuis 1789, depuis que les français ont payé le prix pour vivre cette organisation sociétale respectueuse de toutes les formes de vie, de toutes les aspirations, de toutes les passions, qu’ils ont largement contribué à répandre dans le monde.

Bien cordialement. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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2 réflexions au sujet de « Libéralisme et capitalisme : le quiproquo »

  1. Tout à fait d’accord :
    “La pensée libérale est politique dans le sens du vivre ensemble, la pensée capitaliste est spécifique à une performance reconnue dans l’activité bien précise qu’est l’économie”

    Pour ma part, après avoir chercher la bonne vague, celle-ci m’a paru la plus appropriée! : http://www.libvert.fr

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