Que retenir des années Mitterrand

Avec la récente disparition de M Charasse, s’éteint l’un des grognards du mitterrandisme, l’un de ses plus fidèles lieutenants, une espèce d’âme damnée du président, prêt à tout pour servir son maitre, arrogant, vindicatif, souvent odieux ; instrumentalisant même, alors qu’il était ministre du budget, la puissance publique au service de ses ambitions, rancœurs ou vengeances pour régler ses comptes personnels en utilisant l’arme fiscale et les contrôles fiscaux contre ses ennemis !

Le détournement et l’abus de pouvoir étaient évidemment manifestes mais n’ont jamais été sanctionnés ; il a pu terminer sa carrière au conseil constitutionnel (2010-2019).

E Macron a poussé l’hommage jusqu’à faire cette déclaration enflammée : « la république perd l’un de ses plus zélés serviteurs » !

Éloge d’un socialiste à un autre ?

Au-delà du personnage, que retenir des années Mitterrand.

Le politicien complexe adepte de Machiavel

F Mitterrand, c’était l’opposant de toujours à la Vème république et à De Gaulle mais qui s’est lové dans le système du pouvoir jusqu’à la caricature (Tonton, dieu …).

Grand amateur de femmes (dont beaucoup de journalistes), grand manipulateur d’hommes, à la pensée à la fois secrète et obscure, à l’ambition forcenée, capable de mettre sous l’étouffoir ses convictions afin d’arriver au pouvoir, il est le seul président à avoir fait deux septennats en commençant par mentir sur son état de santé,

C’était aussi l’homme des « contrastes », ancien militant d’extrême droite dans les années trente, décoré de la francisque par Pétain, ministre de l’intérieur sous Mendes France en 1954, garde des sceaux sous Guy Mollet pendant la guerre d’Algérie en 1956, qui a organisé aussi le faux attentat de l’observatoire (1959), gardant une vieille amitié avec René Bousquet, l’ancien commissaire aux questions juives sous Vichy et responsable de la déportation de milliers de juifs.

On a pu affirmer que Mitterrand, homme de droite, avait pu pousser la fourberie jusqu’à se faire le promoteur d’idées de gauche à seule fin d’arriver au pouvoir !

La conquête du pouvoir

Sous ses septennats (1981-1988 et 1988-1995) ont été prises plusieurs mesures sociétales marquantes et notamment l’abolition de la peine de mort, l’autorisation des radios libres, la création (en 1982) de la haute autorité sur la télévision publique qui cessait (en principe) d’être un organe du pouvoir.

C’est avec lui qu’ont eu lieu la première cohabitation (houleuse) avec J Chirac et la deuxième (plus apaisée) avec E Balladur mais aussi une très longue liste de scandales avec la cellule des écoutes de l’Élysée, la deuxième famille (Pingeot) logée et protégée aux frais de la république, plusieurs morts douteuses (suicide à l’Élysée de F de Grossouvre, mort de P Bérégovoy), les irlandais de Vincennes, le sang contaminé, l’affaire Urba, la Françafrique sous la houlette de son fils Jean-Christophe, la manipulation du système électoral pour permettre la montée du FN et l’éviction de la droite gaulliste, l’attentat contre le Rainbow Warrior de Greenpeace (dont on sait que l’ordre fut donné à l’Élysée).

Sur le plan économique, alors que nous connaissons en ce moment des tensions sociales entre une réforme des retraites dont tout le monde a compris qu’elle aboutirait à une réduction des pensions et à un recul inéluctable de l’âge de départ en retraite, et une revendication de hausse des revenus face à une fiscalité devenue insupportable, les années Mitterrand,  ce sont d’abord les 110 propositions du programme commun de gouvernement conclu avec les radicaux de gauche et les communistes qui ont enchanté l’électeur en 1981 mais c’est aussi l’arrivée de la gauche caviar !

Les mesures prises par P Mauroy, premier ministre, ont porté sur :

  • Une vague de nationalisations des banques (36) et de groupes industriels (une dizaine) sans aucun bénéfice pour l’économie, mais avec une dérive étatiste évidente et un cout exorbitant pour les finances publiques !
  • Un ensemble de mesures sociales avec la hausse du salaire minimum et de nombreuses prestations sociales, une réduction du temps de travail de 40 à 39 h hebdomadaire, la 5ème semaine de congés payés, la retraite à 60 ans à taux plein et des mesures sociales très favorables pour le départ en préretraite dès 55 ans dans le cadre de ce qu’on a appelé le traitement social du chômage,
  • La mise en place de l’IGF (impôt sur les grandes fortunes),
  • Et enfin une hausse des investissements publics mais surtout une forte progression de la fonction publique avec l’embauche massive de fonctionnaires (162.000 personnes en deux ans).

Ce programme, finalement très ambitieux, avec ses mesures très favorables aux salariés et aux retraités, le développement du secteur public, ont eu un certain nombre d’effets économiques dont certains se poursuivent encore à ce jour ; tout en participant à la croyance des français qu’ils allaient pouvoir gagner plus tout en travaillant moins et que leurs impôts seraient désormais payés par les riches !

Au plan économique, un bilan pour le moins contrasté :

Ces effets ont été notamment :

Une forte augmentation du déficit du commerce extérieur et de l’inflation qui a flirté très rapidement avec les 12-14% l’an !

Un déficit public qui est devenu très important et des taux d’intérêts qui se sont envolés à 18 voire même 20%, avec pour corollaire une forte augmentation de la dette publique (elle a été multipliée par 6 en passant de 110 à 660 Md€).

Une forte dégradation de la compétitivité/cout des entreprises,

A une époque où l’€ n’était pas encore en circulation, les effets délétères sur l’économie française se sont déclenchés très rapidement :

  • Forte dégradation des comptes nationaux entrainant trois dévaluations en octobre 1981, en juin 1982, en mars 1983 pour un total de 13% à une époque où il fallait se constituer des réserves de change (en dollars, DM, Yens et GB£) pour pouvoir payer nos importations.
  • Une longue période de stagnation économique et des entreprises durablement fragilisées avec un chômage qui est monté à des niveaux très élevés sans que le pouvoir socialiste accepte idéologiquement de prendre les mesures qui s’imposaient. Il s’est contenté d’utiliser massivement le traitement social du chômage avec pour résultat un creusement important du déficit budgétaire, ce qui avait fait dire à Mitterrand « contre le chômage on a tout essayé » … c’est à dire que l’on a dépensé sans compter mais sans essayer ce qui marche !

On connait la suite : devant la catastrophe économique qui se profilait et l’épuisement des réserves de change, le président n’a pas eu le choix : Il vient à la télévision en mars 1983 pour annoncer le tournant de la « rigueur » avec, à la clé, une forte augmentation de la pression fiscale et l’adoption des premières mesures liberticides de répression financière en ce qui concerne la surveillance des banques, la fin de l’anonymat bancaire, l’investigation des patrimoines.

Les trois dévaluations successives et l’augmentation de la pression fiscale ont finalement largement anéanti tous les avantages qui avaient été consentis en 1981.

Des effets néfastes sur la longue durée

Les mesures prises initialement ont eu des effets néfastes qui se poursuivent encore à ce jour.

Ainsi, la retraite à 60 ans, qui avait un but clientéliste évident, niait les règles pourtant incontestables de la démographie et l’arrivée pourtant prévisible du papy-boom.

Alors que la durée de vie progressait considérablement en passant de 65 à 75 ans, la réduction de l’âge de départ en retraite a déstabilisé durablement les caisses de retraites, sans que les réformes adoptées par la suite par Juppé (1995) et Fillon ( 2003 qui a repoussé l’âge de départ à 62 ans) aient pu redresser réellement une situation qui ne cesse de se dégrader du fait du vieillissement de la population; notamment en raison de l’opposition de la population à qui l’on avait promis des lendemains qui chantent.

La dégradation permanente des comptes publics a amené M Rocard, alors premier ministre, à mettre en place, à partir de 1991, la CSG au taux modéré de 1,1% en vue de financer le déficit de la sécurité sociale.

Cette cotisation sociale, qui n’ouvre aucun droit, a eu le succès que l’on sait puisque son taux a été porté progressivement à 9,2% (auquel il faut ajouter les taxes additionnelles qui font grimper le taux global 17.2% pour certains types de revenus). C’est devenu la véritable cash machine du pouvoir du fait de son application proportionnelle et universelle, un véritable impôt sur le revenu bis, récupéré par tous les gouvernements successifs droite comme de gauche avec une constante : son alourdissement au fur et à mesure de la progression de la dette publique !

En conclusion

Les règles économiques sont sans pitié : quand on fait n’importe quoi les conséquences sont en général gravissimes et les années Mitterrand ce sont essentiellement des erreurs économiques impardonnables qui ont eu non seulement des effets désastreux mais qui ont aussi pollué la mentalité d’une proportion importante de français persuadée que des inepties économiques ont un avenir.

Le gouvernement Jospin (1997-2002) n’en a tiré aucune conséquence utile puisque sa mesure phare a été de mettre en place, de manière autoritaire, les 35 heures et la réduction du temps de travail … qu’aucun gouvernement n’a osé depuis remettre en cause ; décision qui a considérablement et durablement affaibli le tissu économique public et privé.

Le constat actuel démontre malheureusement, et c’est le moins que l’on puisse en dire, que depuis ces années Mitterrand nous n’avons fait aucun progrès significatif si ce n’est dans la progression permanente des dépenses publiques, de la répression fiscale, du recrutement des fonctionnaires et du niveau de la dette …

Bien cordialement à tous !

Licence de publication : La reproduction de cet article n’est autorisée qu’à la condition de le rependre en totalité, d’en rappeler l’auteur et le site originel de publication.

Dominique Philos

A propos Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, après un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis devenu Conseil Juridique, spécialisé en droit des affaires et fiscalité. L'Etat ayant décidé l'absorption des Conseils juridiques par les avocats, j'ai poursuivi mon activité en tant qu'avocat en droit fiscal et droit des sociétés spécialisé ... en divorces ; jusqu'à ce que je sois excèdé par les difficultés mises à l'exercice de mon activité professionnelle. J'ai démissionné du Barreau en 1998 et partage désormais ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, soucieux du respect des libertés individuelles, je suis un libertarien qui déteste l'Etat et son administration tentaculaire.

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5 réflexions au sujet de « Que retenir des années Mitterrand »

  1. Mauroy alias gros quinquin : une vraie calamité ce gars là, son idéologie bancale a conduit en 1983 au contrôle des changes : impossibilité de convertir plus de 2000 francs en devises étrangères sur l’année : autrement dit interdiction de fait de sortir du territoire français, presque aussi bien que le rideau de fer.

    Mitterrand d’extrême droite ? Mais c’est quoi au juste l’extrême droite ? Certainement pas une politique ultra-capitaliste, Mitterand faisait partie en 1940 du gouvernement radical socialiste de Pierre Laval , plus proche du fascisme que du libéralisme, plus proche d’Eugène Deloncle que de Milton Friedman.

    En fait du socialisme pur jus et peu ragoûtant à la sauce nationale et certainement pas du capitalisme internationaliste, certainement pas la réduction de l’état à son minimum comme l’a toujours proposé J.M. Le Pen au contraire de sa fille qui fait dans le gauchisme latent par clientélisme électoral.

    On doit à Laval et Pétain entre autres saloperies la sécurité sociale obligatoire, c’est-dire :

    1) la fin de la mutualité libre, ce qui a conduit par la suite à l’hôpital public et son fameux personnel de santé fonctionnaire, soins de qualité de plus en plus médiocre au prix fort.

    2) le régime de retraite par répartition qui ressemble actuellement de plus en plus à une pyramide de Ponzi,

    3) les fameuses allocs, autrement dit si vous êtes mal payés et bien faites des gosses cela compensera, autrement dit si vous êtes patron et bien c’est à vous de financer la politique nataliste du pays et ainsi le marchand de frites finance les allocations du salarié cadre dirigeant du CAC40, cherchez l’erreur…

    Mitterrand, l’homme qui confondait intelligence et roublardise, incapable de franchise, toujours dans la magouille, entouré de morts suspectes, Bérégovoy, de Groussouvre, Pelat et tant d’autres …

    J’exècre le socialisme, politique infantilisante sous toutes ses formes, nationaliste, internationaliste, fasciste ou corporatiste, politiqaue qui n’atrtire que les minables, les jaloux et les fainéants. Le socialisme, c’est toujours une perte de liberté, une régression de l’âme, un étatisme omniprésent, des fonctionnaires inutiles, coûteux, arrogants et auprès desquels il faut toujours quémander une permission qui n’a pas lieu d’être.

    Et c’est qu’ils tiennent à leur pouvoir ces bestiaux là, ils s’accrochent à leurs privilèges comme des mollusques à la coque d’un bateau.

    Un seul petit exemple : vous vous souvenez quand Sarkozy avait décidé qu’il ne fallait plus obtenir une autorisation de travaux pour changer une toiture ? Panique à bord, panique de tous ces bourgmestres de bas étage juste bons à endetter les contribuables locaux avec leur soi-disant investissements en équipement urbain qui se voyaient réduire leur pouvoir de façon éhontée, les habitants ne devait plus se soumettre à leur bon vouloir pour changer les tuiles leurs maisons : résultat de cette mesure libérale insensée : et bien les couvreurs ont du boulot comme jamais ils n’en ont eu.

    Miterrand, c’est aussi l’homme du développement à outrance des associations loi de 1901, façon d’étendre les tentacules de la pieuvre socialisante, subventions, clientèlisme en tout genre, détournement d’argent au travers d’agences de com et de RP bidons (exemple Michel Rey et la SAGES) et planques en tout genres pour les petits copains.

    Besoin de sousous pour l’état ? J’ai trouvé le filon à taxer : les multiples SPA , c’est fou les sommes que ces organismes peuvent récupérer auprès des mémères gâteuses qui préfèrent nourrir les chiens et les chats que les clochards.

    “L’animal un être vivant doué de sensibilité”, c’est quoi cette nouvelle connerie inscrite dans le code civil ? De quels animaux animaux parle t-on ? Des invertébrés, des vertébrés, des oiseaux, des mammifères ? Les oiseaux, les mammifères supérieurs, je veux bien puisqu’ils ont un système nerveux développé, mais la sensibilté et l’émotion chez le corail (oui c’est un animal), la méduse ou le lombric, je demande à voir ! Lamentable le législateur, même pas un niveau élémerntaire en biologie.

    Tout ça c’est du miterrandisme, depuis que Novlangue oblige, les aveugles sont devenus des mal-voyants, les sourds des malentendants, les clochards des SDF, les balayeurs des techniciens de surface, les invalides des handicapés, tous comme les débiles avec qui ont les confond désormais et les vieux des personnes âgées (âgé en quoi on se le demande puisqu’on a tous un âge en venant sur terre) et bien tout ces gens se portent mieux, enfin il faut le croire.

  2. Bonjour Philos
    Cet article est fondamental et anachronique puisqu’il parle de la responsabilité des hommes politiques, des conséquences de leurs décisions, ce qu’aucun Français ne souhaite de la part des représentants de l’idéologie qu’il soutient, et par conséquence ce que personne n’aborde objectivement.
    La responsabilité n’est pas la tasse de thé de notre société.
    J’ajouterai l’oubli essentiel, qui gâche notre vie de tout les jours et ronge le pays en profondeur : la décentralisation.
    En donnant les cordons de la bourse aux élus locaux elle a fourni à la démagogie le moyen d’acheter les électeurs en organisant les budgets locaux prioritairement et sans limite vers ce but.
    C’est l’apport irréversible de Mitterrand à la faillite actuelle du pays.
    Amicalement

  3. Mitterrand en a rajouté quelques couches . . .
    Non seulement la crise du pétrole mais aussi les ventes d’armes qui se sont “proprement” effondrées avec un recul de la 3ème place d’exportateur à la 9ème ! à cause de la bévue du désarmement des avions au Bourget (dont personne ne parle plus tellement la presse et les archives ont été muselées à ce sujet) les fabrications d’armes d’un pays contribuent au moins pour autant dans les domaines civils à la bonne santé des entreprises et à la myriade de sous-traitants qui œuvrent y compris dans bien d’autres domaines.
    – les chiffres : 80 milliards de francs de l’époque en annulations pures et simples de commandes en cours, idem pour les années suivantes, tsunamis de faillites en cascades et augmentation du chômage résorbé par les augmentations massives d’embauches de fonctionnaires, d’où l’idée “géniale” de décider le nouvel âge de la retraite à 60 ans ! = 2ème choc financier lourd ! , puis 3ème choc semaine de 35 heures avec l’affaiblissement encore plus sensible des trésoreries des entreprises . . . nous ne vous disons pas merci Mr Mitterrand ! (+ faillite du Crédit Lyonnais, cf B. Tapie?) aujourd’hui nous en payons encore le prix !
    Mitterrand = démarrage en fanfare de la mise à genoux de l’économie française et encore plus tout le long de son “règne” !

  4. Bravo pour cette analyse synthétique et claire. Vous abordez peu la mise en place de l’idéologie gauchiste avec un affaiblissement de l’Etat, son laxisme et celui de la justice, le développement de l’assistanat… C’est aussi sous Mitterrand que le rendement du capital s’est fortement amélioré.

  5. Bel article mais en dessous des années d’escroquerie non stop de Mitterrand.
    Qant à Charasse un parasite dans toute sa splendeur à l’humour de bas étage.
    Et prétentieux avec ça!
    ILs ont vécu tous les deux de nos impôts jusqu’à leur dernier soupir…

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