Qui sont-ils ?

Qui sont-ils tous ces petits êtres humains, dont je fais intégralement partie, qui, dressés sur leurs ergots, crient : “regardez, j’existe” ?

Ils sont prêts à tout pour se rassurer à ce sujet.

Un soir de la semaine dernière, j’étais à Sète, sur le quai de La Marine, grignotant des brochettes avec mon épouse et une de mes petites filles.

Soudain, un gamin est passé, juché sur un vieux scooter de 50 cm3 dont il avait perforé le pot d’échappement. Fier comme Artaban, il donnait de grands coups d’accélérateur pour que le bruit insupportable de son petit moteur soit bien entendu de tous.

L’occasion m’a ainsi été donnée de demander à ma petite fille (14 ans) si elle avait entendu parler du syndrome du “pot d’échappement troué”.

Ce n’était pas le cas. Je lui ai donc raconté que lorsque j’avais moi-même 14 ans, c’était le début de la transformation des “mobylettes bleues” d’outils utilitaires en jouets pour adolescents. Ces mobylettes n’avaient pas la force de séduction des petits scooters d’aujourd’hui et leur connotation laborieuse troublait les jeunes adolescents que nous étions, toutes catégories sociales confondues.

Pour se démarquer et être différencié, le moyen le plus courant était de trouer le pot d’échappement. Effectivement une partie du but était objectivement atteint par le bruit qui en découlait.

Mais un problème d’incompréhension totale s’installait.

L’adolescent qui chevauchait la mobylette pensait éblouir la population avec le bruit de son moteur qui évoquait pour lui puissance et liberté. Il espérait être admiré et aimé.

Le passant qui subissait l’agression sonore pensait que le gamin était une véritable andouille, il se demandait comment on pouvait être aussi con.

L’incroyable est que ces deux réactions sont les mêmes pour tous selon la situation où ils se placent, acteur sur la mobylette ou spectateur sur le trottoir. C’est ça qui est fou.

C’est ça le syndrome du “pot d’échappement troué” ai-je expliqué à ma petite fille. Rien ne change plus tard. Ceux qui se pavanent, fiers de leurs décorations humaines, richesses ou statuts, ne font qu’ulcérer ceux qui les regardent, pendant qu’ils pensent les séduire, être aimés d’eux.

“Regardez, j’existe” c’est la rengaine entonnée par tous, seuls ou en groupe.

Elle justifie, pour ceux qui l’entendent, que cela ulcère, l’idée de voir ceux qui l’entonnent disparaître du paysage. Elle est un fauteur de trouble, de guerre.

Elle a ces effets systématiquement, en fonction de notre situation par rapport à elle et non en fonction de notre caractère.

Il n’y a qu’une seul parade : comprendre que nous n’existons pas.

Ceux qui ont conscience d’être une poussière de l’univers, c’est-à-dire rien, sont les seuls à ne pas être accessibles au syndrome du “pot d’échappement troué”.

Mais attention, être rien c’est la possibilité d’être tout. C’est la liberté de choix totale. Pour celui qui prend conscience qu’il n’est rien, la vie devient un cadeau incroyable.

D’abord dans la perception qu’il en a. Comment ne pas être éberlué de l’incroyable beauté d’un coucher de soleil lorsqu’il est visible par la poussière que nous sommes? Il en est de même pour tout ce que nous sommes amenés à voir, issu de l’univers ou des hommes, terriblement beau ou terriblement laid.

Ensuite, comment ne pas être subjugué par toutes les possibilités de choix qui s’offrent à nous, du fait que nous ne sommes rien ?

La preuve est rapportée que nous ne sommes rien puisque personne ne peut nous prendre notre vie. Certes elle peut être abrégée par l’intervention d’un autre, mais il ne pourra pas la posséder. Si nous étions quelque chose, ceux qui prendraient notre vie pourraient l’utiliser.

Etre rien nous permet tout, nous rend indifférent à ce que croient être les autres et nous rend personnellement inaccessibles à ce qu’ils pensent de nous.

L’été est une bonne période pour s’entrainer à visionner notre néant. Il suffit de lever la tête et de regarder la voute céleste pour faire face à notre néant, comme y font face depuis des millénaires nos prédécesseurs et comme y feront face pendant les millénaires à venir nos successeurs.

Vus sous cet angle, les pauvres connards qui martyrisent les autres, qui imaginent les contraindre en s’accaparant leurs “pots d’échappement troués”, je pense notamment au Syndicat National Unifié des Impôts et à ses adhérents contrôleurs fiscaux, sont bien peu de chose.

Qu’ils aillent en enfer, celui des andouilles dressés sur leurs ergots criant : “regardez-moi, j’existe”.

Bien cordialement. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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