Une atteinte intolérable à la démocratie !

Je reviens sur les développements de l’affaire B Griveaux, la démission de ce dernier à la candidature à la mairie de Paris et son remplacement, au pied levé, par Agnès Buzyn qui avait juré qu’elle n’était pas intéressée mais qui a obéi aux exhortations d’E Macron.

Une atteinte intolérable à la démocratie ! Telle a été la réaction presque unanime de la classe politique mais aussi de la presse écrite et audiovisuelle qui, dans son ensemble avait, pour ligne éditoriale la violation intolérable de la vie privée de B Griveaux.

Nous avons donc eu une parfaite synchronisation entre la presse et  la grande majorité du personnel politique (élus et ministres) ; et hormis le désormais célèbre H16, l’IREF et Témoignage Fiscal, bien peu de voix se sont élevées à contre-courant de la vision « unanime » à propos de cette lamentable affaire B Griveaux !

Même le site « libéral » Contrepoints a adopté la vision conformiste du pouvoir en reprenant l’article du professeur P Aulnas ; lequel critique lui aussi fortement les dérives d’internet et la violation de la vie privée.

Cette césure évidente entre deux visions de la morale politique demande quelques explications au-delà d’une vision manichéiste entre Pro-Macron et Anti-Macron.

On peut classer les opinions exprimées en quatre catégories.

  • Les pro-Macron : idéologiquement, ils ont fait leurs les options du président et se sont rangés sous sa bannière. Il est donc compréhensible que, par fidélité, ils adoptent une ligne critique à l’égard de ceux qui ont dévoilé, sur internet, les turpitudes de B Griveaux.
  • Les anti-Macron, de droite ou de gauche. Par principe ils sont contre mais on observera qu’ils sont relativement peu nombreux à l’exception notable d’Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste.
  • Les suiveurs : il s’agit essentiellement de ceux qui n’ont pas vraiment d’opinion mais qui, par intérêt, hurlent avec les loups de la meute présidentielle. Il s’agit essentiellement de la presse subventionnée et des politiciens.
  • Les critiques dont font partie H16, l’IREF et Témoignage Fiscal ; c’est à dire ceux qui ne sont pas nécessairement contre E Macron mais disposent d’une indépendance totale d’opinion et ont encore la liberté de critiquer le pouvoir ; car il s’agit bien de cela !

Comment expliquer une telle répartition ?

Dans une affaire de ce type, qui concerne essentiellement la divulgation de la vie privée d’un homme de pouvoir en ce qu’elle a de plus intime, il ne faut jamais perdre de vue l’association entre trois choses qui sont souvent liées :

Le pouvoir, l’argent et le sexe ; car les hommes de pouvoir naviguent en permanence entre ces trois questions et bien souvent à la limite de la morale, voire même de la légalité.

Le pouvoir et le sexe

Nous avons, essentiellement au niveau parisien, un microcosme formé par le milieu de la politique, du showbiz, de la presse et de quelques personnages fortunés qui se fréquente, sort le soir dans les mêmes lieux, fricote et couche ensemble ; et, entre les mesquineries, les jalousies et les ambitions dévorantes, il regorge de rumeurs et de ragots concernant tel ou tel avec une question existentielle, par ailleurs peu intéressante, « qui couche avec qui ? ».

Inutile de vous dire que les critiques et les noms d’oiseaux volent bas, mais ces informations ne dépassent pas ce petit « cercle d’initiés » ; ce qui explique par exemple que les français n’aient appris qu’après la mort de F Mitterrand qu’il avait une seconde famille, hébergée aux frais de la république et protégée par la police de la république alors tous les initiés parisiens le savaient depuis toujours !

De la même façon, personne n’ignorait la sexualité débridée de DSK !

Manifestement, il existe donc une règle d’application constante : l’omerta et cette règle, qui n’a évidemment rien à voir avec la démocratie mais tout à voir avec les fantasmes et les perversions de certaines personnes, s’explique par les liens étroits qui existent entre ces différents personnages. On peut clairement parler d’une « presse de connivence » !

Ces liens sont à la fois troubles et constants ; c’est à dire qu’ils existent en permanence et depuis longtemps à telle point que certains parlent même de fusion !

Sous la troisième république, les politiciens étaient connus pour entretenir des « danseuses », des « comédiennes » ou des « actrices » et cent ans plus tard, les pratiques sont toujours les mêmes : les politiciens, hommes de pouvoir, et les chefs d’entreprises, également hommes de pouvoir, frayent avec des comédiens (ennes) et des journalistes.

Evidemment, cette proximité constante créé des liens … et tout ce petit monde n’a qu’une peur : Que sa vie privée, pas toujours aussi calme et rangée qu’elle semble le paraître, ne soit dévoilée au grand jour surtout que les liaisons ne sont pas toujours légitimes ; car je doute que Mme Griveaux, lorsqu’elle posait pour Paris Match, avait connaissance des activités sexuelles extra maritales de son cher époux …

Le pouvoir et l’argent

Par ailleurs, en ce qui concerne la presse écrite ou audiovisuelle, il ne faut jamais perdre de vue qu’elle vit en grande partie des deniers publics ; c’est à dire qu’elle est subventionnée par vos impôts !

Mais comme l’ordonnateur de la distribution de la manne publique est le pouvoir et que le pouvoir en France se situe essentiellement à l’Élysée, il est absolument nécessaire, sous peine de voir disparaître les subventions indispensables à la survie de l’organe de presse, de ne pas se fâcher avec le prince … et il faut avoir conscience que l’on parle pour certains journaux de millions voire de dizaines de millions € !

Alors évidemment, compte tenu de ces contingences, la morale est à géométrie variable ; même si cela n’est pas très glorieux, on ne mord pas la main qui donne à manger même si c’est avec … l’argent des autres !

Et comme le pouvoir judiciaire est, en France, aux ordres de l’exécutif, le parquet s’est, avec une célérité pour le moins inhabituelle mais en application de la règle selon laquelle le prince a toujours raison, empressé d’engager des poursuites à l’encontre des personnes suspectées d’avoir dévoilées la vie privée de B Griveaux ; alors que, si l’on y regarde bien, le délit est somme toute mineur … et le comportement de la victime tout à fait critiquable en ce qu’il se situe à l’origine de cette histoire !

Il n’y a eu ni complot ni guet-apens, ni violences, B Griveaux s’est déshabillé tout seul et s’est filmé lui-même avant de poster lui-même la vidéo sur internet ! En d’autres circonstances, on aurait pu affirmer que B Griveaux a eu en l’espèce une conduite pour le moins légère …

Mais, B Griveaux était le chouchou d’E Macron pour prendre Paris lors des prochaines élections municipales, et s’en prendre à B Griveaux c’était forcément s’en prendre à E Macron dont la position monarchique, égocentrique, narcissique et autoritaire est de nature à générer quelques problèmes. Nous sommes évidemment, avec E Macron, très loin de la bonhommie un peu lâche d’un F Hollande dont la presse s’était régalée à révéler les trajets nocturnes à scooter !

De la même façon, ainsi que le souligne l’IREF, la presse et la classe politique dans son ensemble n’ont pas eu ces pudeurs lorsqu’il s’est agi de révéler les « problèmes récurrents » de F Fillon avec l’argent et la situation embarrassante de son épouse qui était déclarée en tant qu’assistante parlementaire … sans réellement en exercer les fonctions.

Nous savons que ces « problèmes », ont été exploités sans vergogne par une presse quasiment unanime, et ont amené à son éviction au premier tour de l’élection présidentielle alors qu’un bon tiers des députés utilisaient leur épouse dans le même cadre juridique et avec la même complaisance …

Les députés avaient en outre été « outrés » par le déballage qui avait été fait, à cette occasion, autour du « petit paradis fiscal » qu’ils se sont montés à l’insu des électeurs !

Cette dérogation à l’omerta avait une double cause : d’une part, il était visible que le personnage n’avait pas les faveurs de l’élite parisienne et d’autre part F Fillon concourrait pour le pouvoir mais il n’avait pas encore le pouvoir donc il ne représentait aucun risque ; du moins tant qu’il n’était pas élu !

Par ailleurs, je vous encourage à lire les commentaires à la suite des articles de P Aulnas et Denis Olivennes et vous observerez le décalage formidable entre la réaction indignée des auteurs à propos de la violation intolérable de la vie privée des personnages publics (et fatalement de leurs turpitudes) et les réactions indignées des commentaires à propos du comportement des mêmes politiciens.

La faute à internet

Evidemment, des voix politiciennes se sont immédiatement élevées pour que le pouvoir réagisse énergiquement à cette pratique scandaleuse de révéler les turpitudes des puissants : Il faut réguler d’avantage internet pour frapper les ennemis de la liberté !

La liberté de quoi exactement ?

De révéler de manière intolérable des choses que le bon peuple n’a pas besoin de savoir ?

Il faut fermer internet ce qui nous ramène à un précédent article dans lequel nous nous posions la question de la dictature et de la démocratie limitée !

Quelle conclusion peut-on en tirer ?

Au-delà de l’autisme de cette classe sociologique des politiciens/hauts fonctionnaires/journalistes qui, par solidarité ou seulement par intérêt, a fini par constituer une espèce de camp retranché parisien autour de leurs petites habitudes mais aussi de leurs turpitudes, nous avons affaire à un festival d’hypocrisie !

La transparence, oui absolument, ils sont pour, mais seulement pour les autres car tout ce petit monde a peur d’être sinon éclaboussé par le scandale mais au moins d’en subir les dégâts collatéraux !

Cela signifie clairement que les lanceurs d’alertes sont les bienvenus pour les banques et les entreprises mais pas pour les hommes politiques …

Maintenant, est-ce que tout cela est bien honorable ? Je vous laisse le soin d’en juger …

Sic transic gloria mundi !

Bien cordialement à tous !

Licence de publication : la reproduction de cet article n’est autorisée qu’à la condition de le reprendre en totalité, d’en rappeler l’auteur ainsi que le site originel de publication.

Dominique Philos

A propos Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, après un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis devenu Conseil Juridique, spécialisé en droit des affaires et fiscalité. L'Etat ayant décidé l'absorption des Conseils juridiques par les avocats, j'ai poursuivi mon activité en tant qu'avocat en droit fiscal et droit des sociétés spécialisé ... en divorces ; jusqu'à ce que je sois excèdé par les difficultés mises à l'exercice de mon activité professionnelle. J'ai démissionné du Barreau en 1998 et partage désormais ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, soucieux du respect des libertés individuelles, je suis un libertarien qui déteste l'Etat et son administration tentaculaire.

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2 réflexions au sujet de « Une atteinte intolérable à la démocratie ! »

  1. Certains ont des comportements de l’ancien monde qui faisait des lois et ne les respectait pas, mais maintenant il y a les réseaux sociaux, les Blogs qui les obligent et que les gouvernements veulent museler. Prenons donc l’exemple de Benjamin Griveau = Ce n’est pas le système MACRON mais le système politique français qui est en cause. D’ailleurs la majorité des élus et partis politiques ainsi qu’une majorité des médias soutiennent BG. Mais c’est Benjamin Griveaux qui a communiqué la vidéo à la compagne de Piotr Pavlenski est en 1er si j’ai bien compris et entendu. Il faut un certain culot et une dose de mauvaise foi pour accuser ceux qui ont partagé la vidéo car le 1er responsable est celui qui l’a partagée le 1er . Les députés ont fabriqué une loi qui condamne ceux qui partagent la vidéo privé mais déresponsabilise celui qui l’a diffusée à l’origine Etonnant non ?.
    “Les lois seront comme des toiles d’araignées: elles arrêteront les faibles et les petits; les puissants et les riches les rompront et passeront au travers”. Cette phrase, citée par Plutarque, aurait adressée à Solon par un “philosophe barbare Scyte” du nom d’Anacharsis, au 6ème siècle av JC. Phrase naïve ou dépassée, car nous savons que les auteurs des lois d’aujourd’hui les rédigent de sorte que les puissants et les riches n’aient même plus à traverser de vulgaires toiles d’araignées.

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