Vingt millards de redressements fiscaux, ou ces trophées dont un jour vous aurez honte Monsieur Sapin

En 1994 je fus invité à ce qui était alors la chasse présidentielle de Marly. Nous étions une dizaine de fusils.

Dans la matinée de chasse, mille faisans furent abattus.

Chasse présidentielle

Mauvais tireur, ma participation à ce massacre fut marginale. Cependant, ma responsabilité fut en tout point égale à celle des autres chasseurs.

Lorsque, installés en dix carrés de cent, les dépouilles de ces pauvres bêtes assassinées durent subir l’humiliation ultime de la satisfaction de leurs bourreaux s’exprimant à travers cette exposition morbide et les discours de congratulation l’accompagnant, je fus gêné de me sentir gêné, tant ces trophées de chasse flattaient tous les présents.

Aujourd’hui, vingt ans plus tard, pareille scène ne pourrait pas se reproduire.

Est-ce une prise de conscience des chasseurs ou des organisateurs de cette chasse qui a fait évoluer les perspectives face à un tel massacre animal ? Bien sur que non.

Les raisons de l’évolution sont les suivantes :

– D’abord, la dévastation causée par ce type de chasse imbécile qui n’était pas l’apanage des seuls amis du Président — même si ceux-ci furent les derniers à bénéficier de cette boucherie — a anéanti la faune de nos contrées.

– De ce fait, les chasseurs ont peu à peu disparu, faute de gibier.

– Les générations suivantes se sont légitimement désolées du désert animal de nos campagnes. Elles sont restées interdites face à la souffrance gratuite causée aux animaux pour un résultat aussi stupide.

– Une prise de conscience est apparue quant à la vie de ses animaux, sa nécessité, ses droits, accompagnée d’une révulsion globale de ce type de trophée.

Ceux qui par le passé les avaient organisés où, comme moi, y avaient participés, aujourd’hui n’en sont pas fiers. Rien de plus normal.

Petit à petit, la faune de nos campagnes se reconstruit, mais le déséquilibre a été tel que les nuisibles prennent une part trop importante dans cette reconstruction et l’handicapent.

Monsieur Sapin, il va vous arriver exactement la même chose.

Votre trophée fiscal est indécent pour plusieurs raisons :

– D’abord, parce que nous savons formellement que l’organisation de vos chasseurs de prime est défaillante et aboutit à 50% de redressement irréels qui tuent des innocents, ce qui est inacceptable.

– Ensuite, parce que votre tableau de chasse est établi sur les cadavres de ceux qui sont la dynamique économique de ce pays, que sans eux il ne peut pas y avoir d’économie et que sans économie il ne peut pas y avoir de vie, d’organisation sociale.

– Enfin, parce qu’avant de disparaître économiquement vos cibles — ceux que vous exposez par paquets de milliards – souffrent terriblement, d’une souffrance inutile qui n’a comme justificatif que votre bêtise et votre suffisance, un peu aussi votre cupidité et celle de vos amis.

De tout cela, bien avant vingt ans, vous en aurez honte.

Enfin, je l’espère pour vous, car dans le cas contraire vous ne seriez pas un homme doué de sensibilité mais une brute indigne simplement assoiffée de pouvoir.

Vous pouvez évidemment me rétorquer que l’ensemble de la population pense comme vous, j’en conviens. A l’époque elle pensait aussi comme moi. La population n’a pas le trophée délicat, c’est un fait. C’est ici que, justement, la responsabilité de l’homme d’Etat prend sa mesure, écrasante.

Ce qui va se passer est écrit dans la stupide aventure de la Grèce, dont journaux et télévisions nous beurrent le nez. Qui n’est que la répétition de ce qui est arrivé précédemment à l’URSS.

Le schéma est toujours le même :

– Avec la complaisante faveur des improductifs et des inactifs d’un pays, des hommes de l’Etat indélicats pillent les forces économiques de ce pays en se réclamant en général de l’équité “redistributive”.

– En réalité, Ils ne redistribuent qu’une infime partie de ce qu’ils pillent, soit pour satisfaire leur cupidité personnelle au passage, soit du fait de l’incompétence économique de ceux dont ils s’entourent pour leur sinistre besogne.

– Le pays plonge alors dans la ruine, jusqu’à ce que la population vive cette ruine dans sa chair. Mais avant, il aura fallu tailler dans les libertés pour essayer de faire perdurer le système, jusqu’à épuisement de la moindre parcelle d’énergie.

– Puis, une réaction violente, désespérée, change quelque fois – pas toujours, il est des sociétés qui disparaissent — la donne. L’individu revient au centre du débat, la liberté reprend ses droits, y compris hélas pour les nuisibles.

– L’ensemble de la société reste longtemps instable à la suite de ces périodes.

C’est ce qui attend la Grèce demain, puis notre pays après-demain, quand les pillages vont tarir, ne suffisant plus à combler la rapacité et à apaiser la jalousie des improductifs et des ratés.

Vous savez tout ça, vous le dissimulez, votre responsabilité est totale. Je souhaite que vous en payiez le prix en son temps.

Salutations. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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Une réflexion au sujet de « Vingt millards de redressements fiscaux, ou ces trophées dont un jour vous aurez honte Monsieur Sapin »

  1. Comme pour le fromage Le petit, je dirais : “parfaitement parfait”. Dommage que vous ne continuiez à voir que les lignes générales. Et pourtant c’est fort simple, la même comédie se répète depuis plusieurs milliers d’années. Certains souverains n’ont pas hésité, par le passé, de prendre le taureau par les cornes.
    Bien cordialement.
    Pierre

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