J’ai cru que je m’installais à mon compte…

Coïncidence c’était un premier Avril — le jour des farces — nous étions en 1965. Je n’avais pas tout à fait vingt et un ans, j’étais mineur. Muni de l’autorisation parentale et de la bénédiction de la même autorité, j’ai franchi la porte du greffe du tribunal de commerce de Rochefort-sur-mer et je me suis inscrit comme travailleur indépendant.

Lourde victime du syndrome de l’esprit d’escalier, je n’ai compris mon erreur qu’aujourd’hui, cinquante trois ans plus tard.

En réalité, je ne m’étais pas inscrit comme travailleur indépendant mais comme salarié de l’Etat français. Lié par un contrat à durée indéterminée, aux termes flous et mouvants, sans possibilité de rupture ou de négociation. Au moindre manquement la force me serait imposée, brutalement. Au terme ultime du contrat — mon inutile vieillesse puis ma mort — tout ce que j’aurai gagné appartiendra de droit à l’Etat.

Comment ai-je pu m’engager dans une telle galère ?

C’est, comme souvent, un problème de sémantique.

Le terme travailleur indépendant évoque la liberté, le fait de ne pas avoir à pointer aussi. Je rêvais de liberté. Terrible erreur, le mot « indépendant » cache en réalité le mot « sans protection » et « l’absence de pointeuse » une durée de travail « illimitée ».

Qui plus est, mon employeur tacite, l’Etat français, c’est avéré être un escroc.

D’abord dans son objet

Il se prétendait mon protecteur territorial et moral.

Or il ne dépense que 1,77% de son chiffre d’affaires pour ma protection – l’armée — face aux ennemis potentiels extérieurs et environ 0,60% de son CA pour me protéger – la police — des gangsters intérieurs

Ce total de 2,37%, mettons 2,5%, de son CA pour ces missions est ravageur moralement.

Imaginez une société de sécurité privée qui consacrerait 2,5% de son chiffre d’affaires à vous protéger, à remplir sa mission, le reste serait perdu.

Incroyable non ?

En ce qui concerne ma protection morale – la justice – c’est pire, l’Etat n’y consacre que 0,30% de son CA.

Disons donc, qu’en tout, au service des prestations que je croyais avoir de lui, l’Etat ne consacre que 2,80% à 3% de son CA — si nous considérons que le PIB de la France est le CA de l’Etat –

Ensuite dans ses moyens

Pour me transformer en esclave — à mon insu de mon plein gré — l’Etat a mis en œuvre un processus machiavélique.

Il a procuré, avec mes ressources et mon énergie, une sécurité globale à 90% de la population. C’est-à-dire que les 61 millions de français qui ne sont pas en prise de risque sont protégés de tout, santé, chômage, vieillesse. Pendant qu’au contraire les 5 millions qui, comme moi, prennent tout les risques sont eux exposés à tout, notamment quand la pression fiscale les anéantit.

Une fois la chose acquise, l’Etat vente la démocratie, dont la finalité est d’imposer leur statut d’esclaves à 5 millions d’hommes au profit de 61 millions d’hommes libres, aux frais des premiers.

Cela ne va pas sans un certain nombre de contorsions intellectuelles, de faux-semblants.  

Les êtres humains ne sont pas si mauvais. Il faut un peu traficoter la réalité pour qu’ils acceptent de vivre aux dépens de la mort ou de la souffrance d’autrui.

Donc, pour la propagande, le travailleur indépendant est un tricheur-voleur, cupide et sans vergogne, particulièrement inutile à la société. Alors que les enfants, les vieillards, les salariés privés ou publics, tous les fonctionnaires, sont des saints, toujours abusés, jamais assez protégés, dont les avantages acquis ne doivent surtout pas baisser pendant que la fluctuation de ceux des travailleurs indépendants est tout à fait naturelle.

Non seulement le travailleur indépendant est suspecté de toutes les vilenies, mais sa chasse est ouverte. Il faut l’abattre. 61 millions de français dont la bureaucratie d’Etat, la presse, le fisc, le traquent, le dénoncent.

Ils ne perçoivent pas sa souffrance, son indispensable utilité. Ils sont abusés par la propagande. Les hommes de l’Etat ne supportent pas ces indépendants qui seraient capables d’avoir même des idées indépendantes.

Le travailleur indépendant est en voie d’extinction. Ils ne l’ont pas encore complètement anéanti, mais cela ne saurait tarder.

Le jour, proche, où le dernier travailleur indépendant aura été abattu à coup de rumeurs moralistes et de charges fiscales, nous serons dans un régime totalitaire communiste, collectiviste. C’est pour demain, avec juste un siècle de retard. Il nous restera alors à franchir les quatre-vingts ans nécessaires pour s’en sortir. L’expérience des autres ne sert à rien, c’est bien connu.

Cordialement. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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6 réflexions au sujet de « J’ai cru que je m’installais à mon compte… »

  1. Des choses qui ne vont pas en France il y en a beaucoup :
    Par exemple les professions libérales contraintes de cotiser aux ordres professionnels, tout le monde feint d’oublier qu’il s’agit là d’une invention pétainiste.
    Les cadres contraints de cotiser à l’APEC (association pour l’emploi des cadres) alors qu’il y a déjà pole emploi, d’ailleurs l’APEC étant une association de part ses statuts depuis quand est-on adhérant forcé d’une association? Claude Reichman a soulevé le problème pour la sécurité sociale mais pour l’APEC personne ne l’a fait.
    Les accords de branches professionnelles imposant des complémentaires santé à caractère obligatoire pour tous les salariés : comme si tout le monde se détruisait la santé avec du tabac et de l’alcool.
    La France c’est une minorité de gens productifs contraints d’entretenir des parasites sociaux et quand je parle de parasites sociaux, je ne parle pas de ceux qui vivotent au RSA mais de toute cette caste d’incapables et de profiteurs sortie des soi-disantes grandes écoles : ENA, X ; inspection des finances et autres qui monopolise le pouvoir, de ces syndicalistes embourgeoisés qui soi-disant défendent les travailleurs, de tous ces politicards arrivistes et clientélistes qui passent leur temps à endetter les contribuables.
    Regardez votre commune vous payez beaucoup d’impôts locaux pour que certaines entreprises (sade, bouygues, véolia, eiffage et consorts) cassent et recassent à grand prix des rues en bon état. Vous travaillez dans le secteur privé et vous n’avez pas la sécurité de l’emploi, dites vous que les tondeurs de pelouse de votre commune l’ont et que c’est vous qui l’assurez.
    Regardez votre fiche de paie si vous êtes salarié, il n’y a que charges sur charges pour des organismes plus ou moins divers et qui ne vous rendent aucun service.
    Quant à être indépendant en france, c’est devenu de la folie pure.

  2. En France avant tout, pour être libre il faut être l’arme ….. Car en France ; le danger ne vient pas de celui qui mord , mais par celui qui lèche !
    La France souffre de son administration, du nombre d’élus, d’un système démocratique, d’un gouvernement et de ses collectivités territoriales gargantuesques . Cela empêche le progrès et le développement économique , ceux qui créent sont étouffés par la massification de l’ETAT. Cette massification de l’ETAT guide le pays dans la haine, la jalousie de l’autre qui travaille dans l’économie mondiale et qui crée les richesses . L’ETAT est devenu une entreprise qui comme les Shadocks grignotent les Gibis . l’ETAT Français devrait aider les TPE-PME au développement économique mais il tue a petit feu ces TPE-PME en pensant s’enrichir. Les Taxes et impôts sont devenus le chiffre d’affaire de l’ETAT Français et non une valeur de solidarité .. l’ETAT Français fait du Marketing et de la communication par les jeux et amusements divers ( JO , coupe du Monde…etc) ,démonstration d’un pays en déclin économique. La France est devenu un grand restaurant et terrain de jeux de l’Europe mais en + le service laisse à désirer. En conclusion La France est un Pandémonium et ce n’est pas un euphémisme. Toutes les Grandes villes ou villes moyennes sont aussi en sureffectif . Car Les partis Politiques se nourrissent de nos impôts et nourrissent leurs adhérents . Du vécu de 1989 à 1995 nous avions réduit l’effectif de la ville de Marseille de 3000 , mais le successeur les a augmentés de + de 3000 et les augmentations des taxes municipales ont suivi..
    La France est dans le côté obscur de la force= Vous pouvez voir la suite à l’adresse suivante :
    http://www.temoignagefiscal.com/la-france-est-dans-le-cote-obscur-de-la-force/

  3. Henri,
    De grâce lisez ce putain de bouquin que vous conseille JD974 depuis la Saint Glin Glin.
    C’est bassinant de lire cette recommandation à chacun de ses commentaires…
    Merci.

    1. J’ai lu « la grève » il y a quelques années. C’est un très bon livre, un livre de base aux USA.
      Du même auteur je lui préfère « La source vive ».

  4. Quand tu écris : « Non seulement le travailleur indépendant est suspecté de toutes les vilenies, mais sa chasse est ouverte. Il faut l’abattre. 61 millions de français dont la bureaucratie d’Etat, la presse, le fisc, le traquent, le dénoncent.

    Ils ne perçoivent pas sa souffrance, son indispensable utilité. Ils sont abusés par la propagande. Les hommes de l’Etat ne supportent pas ces indépendants qui seraient capables d’avoir même des idées indépendantes. »

    Henri. Il est temps que tu lises AYN RAND la GRÉVE Edit. Belles lettres.

    Tu vas t’y retrouver complètement.

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