Journalistes et magistrats

J’ai été élevé et j’ai vécu dans l’idée que les magistrats rendent la justice et que les journalistes traquent la vérité.

Force m’est de reconnaitre que j’ai été puis que je me suis lourdement trompé.

Mes premiers constats personnels en flagrance de falsification ont concerné les journalistes. D’une nature peu discrète, très tôt — vers 15 ans pour les compétitions de Kart — certains de mes actes ou de mes pensées ont eu à être rapportés par la presse – locale, je vous rassure – la divergence entre la réalité vécue et ce qui en était colporté m’a stupéfait.

J’ai rapidement réalisé que ces distorsions ne m’étaient pas exclusives que, c’est un fait acquis, la presse est infoutue de traiter objectivement et fidèlement un événement matériel ou intellectuel. D’ailleurs, toutes ces masses de mensonges ont généré une nouvelle profession : « les communicants », qui ne sont que des menteurs professionnels.

Concernant les magistrats, ce fut pour moi plus tardif. Je dirais même que les premières rencontres, alors que je n’étais pas encore classé dans une case de « trublion », furent relativement justes. Même s’il m’arriva alors de perdre, d’être condamné, je ne ressentais pas les partis pris iniques d’aujourd’hui. Avec le temps, l’injustice a pris le dessus, l’obligation de condamner contre toute logique est devenue le mantra des magistrats qui se croient au service du pouvoir ou de leurs convictions personnelles.

– « Voltaire, tu es bien loin, ils ont oublié ta lucidité, tes convictions »

Comment en est-on arrivé là ?

Je n’ai pas la prétention, en posant la question, d’être en mesure d’apporter la réponse. Je propose juste d’engager le débat en explicitant ma vision, fatalement partielle et peut-être erronée. Nous verrons…

Je poserai comme préalable que les hommes sont assez peu différents les uns des autres, que ce qui les différencie découle de la géographie et des structures qu’ils se donnent. Une synergie étant probable entre les deux.

Contrairement à l’idée faussement répandue, la structure sociétale n’est pas décidée par le peuple mais bien par l’élite au pouvoir.

On peut rêver que cette élite est mise en place par le peuple, volontairement ou involontairement. Rêvez…. démocratie ou pas, ce n’est jamais le cas.

Mais, en réalité, le vrai et le seul pouvoir du peuple, pour peu qu’il lui soit octroyé ou qu’il le prenne, est limité à la possibilité de se débarrasser d’une élite qui ne lui convient pas. Par la loi : le vote, ou par la force : la rue. Le pouvoir du peuple est le pouvoir du nombre, quoi de plus con ?

Mon théorème de base est que le système social est le fruit des élites, que donc la sélection des élites est le socle de tout.

C’est ici qu’aujourd’hui, en France, le bât blesse.

La compétence

Quelque soit le type de société recherché, si l’on vise la réussite, la sélection de l’élite ne peut se faire qu’à partir de la compétence. Ce n’est pas le cas chez nous.

La grille hiérarchique qui commande la pyramide sociale est exclusivement basée sur les indications de l’Education Nationale.

Or l’Education Nationale ne détecte pas les compétences mais les connaissances. Ce n’est pas du tout la même chose.

Les connaissances sont théoriques, les compétences sont pratiques. Les unes s’apprennent à l’université, les autres dans le feu de l’action. Or, l’alliance du statut professionnel figé — aussi bien du salariat public ou privé que du patronat — et du « principe de Peter » favorise le classement théorique à partir des connaissances et obstrue volontairement l’émergence des compétences.

Le réseau

A partir du moment où la compétence est mise en échec, la porte est ouverte à la cooptation par faveur.

Naturellement se créent alors des réseaux autour de valeurs aussi diverses que la religion, les anciens combattants ou les boulistes, les utopies politiques, etc…

Le but de ces réseaux étant exclusivement de permettre à leurs membres de rejoindre l’élite pour organiser les conventions sociales – ou lois – au bénéfice du réseau d’appartenance, au mépris de toute efficacité globale.

Le réseau est la béquille qui pallie l’absence de compétence, qui prend pour excuse la connaissance référence apparente au dessus de tout soupçon.

La boucle est bouclée.

La compétence a disparu, complètement marginalisée, voire persécutée.

Journalistes et magistrats n’échappent pas à cette désorganisation sociologique.

Il n’y a pas de procès en sorcellerie à leur faire, pas de complot, pas de rancœur personnelle.

Leur carence n’est liée qu’à leur incompétence. Les uns ne comprennent pas ce qu’ils rapportent, les autres ne comprennent pas ce qu’ils jugent.

Cela est particulièrement visible à l’occasion des contrôles fiscaux, de la fameuse fraude fiscale, de leurs contentieux et communiqués. Tant qu’il en sera ainsi nous souffriront, les dégâts seront terribles.

Hélas, rien ne permet d’imaginer qu’un changement se profile à l’horizon.

C’est la négation de ce à quoi je croyais, de ce pourquoi j’ai vécu. Terrible constat.

Cordialement. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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3 réflexions au sujet de « Journalistes et magistrats »

  1. 1980, 2 100 000 fonctionnaires (avant Mitterrand), en 2015, 6 500 000 !
    En France il vaut mieux entretenir l’armée innombrable de ponxionnaires et la renforcer encore plutôt que d’investir dans les domaines de l’innovation autres que du ressort de la gadgetologie
    le trop plein de ponx représente non seulement l’effacement de la dette mais qui plus est une bonne partie du hors bilan (la dette noire) le total se chiffre à 6 500 milliards d’€uros
    un agent coûte au budget de l’état 3,6 millions d’€uros (toute sa carrière, sans la pension de réversion) en se séparant (avec regrets) de 2 millions d’entre eux (hormis les « régaliens du terrain »)la dette+ pourra s’effacer en 20 ans environ.

  2. Après un constat aussi net, cher Henri, bravo de cette lucidité, il ne te reste plus qu’à voir, en dehors du piège tendu par les avocats fiscalistes, ce qui serait le mieux pour que ton idéal personnel soit respecté.

    De croire que les agents du fisc, les juges des tribunaux administratifs, les avocats fiscalistes, les gestionnaires de patrimoine veulent nous aider. Alors qu’ils ne sont que les grilles d’une seule et même cage, c’est une illusion qui se termine pour toi comme pour beaucoup d’entre nous.

    Reste à imaginer la suite en sachant que l’imposition est inévitable.

    C’est bien toi qui a écrit : « Rien n’est sans doute plus nuisible à une société que l’impôt progressif sur le revenu. »

    Cher Henri, c’est bien toi qui pose cette curieuse question sur l’IRPP: « Pourquoi, dans ces conditions, cet impôt imbécile est-il si prisé des économistes ? C’est une question qui me fascine. »

    « Alors qu’il suffirait de revenir à la liberté d’installation et à l’impôt proportionnel de 1789 ».

    Attention cher HENRI, les ETATS GÉNÉRAUX ont été convoqués non pour créer l’impôt proportionnel mais pour obliger les privilégiés (noblesse et clergé) à payer le vingtième de la valeur du capital foncier qu’ils détenaient en grande partie.

    Le Tiers Etat payait cet impôt, sachant que les autres impôts sur la production, sur la consommation, sur la circulation étaient voués à la disparition.

    Le capital foncier est comparable à la cassette d’HARPAGON ; elle n’aide en rien la société. C’est un capital immobile.

    La fable du Laboureur montrait bien à tous que seul le travail sur le foncier mis à contribution permettait à la société de progresser, la fiscalité de l’ancien Régime ne faisant que ralentir la croissance.

    Que l’impôt sur le capital circulant des entreprises soit une imbécillité, c’est clair. Mais que les économistes ne s’en soient pas aperçu, c’est un peu inexact !

    Sans rancune.

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