La générosité : un acte difficile.

Dès l’enfance on nous bassine avec l’obligation de générosité. Est-ce si simple d’être généreux ?

Je pense à un ami dont la générosité était réelle, son intelligence et son énergie étaient à la disposition de tous. Beaucoup en profitèrent sans vergogne. Pour d’autres, plus mesurés, il était soit un repère soit une énigme.

Dans tous les cas, il n’était jamais capable de mesurer, de calculer, de calibrer le don de lui-même. Son patrimoine en souffrit, mais raisonnablement car il évoluait dans un système de monopole protégé. Par contre sa santé — exposée, comme celle de tous les hommes — dut encaisser de plein fouet les excès en tout genre provoqués par les conséquences de son incapacité à dire non, à maîtriser sa générosité. Il en est mort.

Son cas n’est pas unique. La générosité, si elle n’est pas régulée, peut affaiblir anormalement le donneur, jusqu’au pire.

Du fait de ces conséquences potentiellement mortelles pour le donneur, la générosité ne peut pas être prêchée, pratiquée, voire imposée, sans précaution. 

Le point de vue de celui qui donne

Chacun sait que donner est valorisant. Au point que nombreux sont ceux qui, comme mon ami, se laissent entrainer à trop donner.

En réalité il y a deux contraintes au don.

La première tient au fait qu’il n’est possible – normalement –  de donner que ce que l’on possède.

La deuxième est liée au temps, le moment du don ne peut être déterminé que par le donneur qui seul sait si ce qu’il possède lui est nécessaire pour assumer demain ou si il peut s’en séparer maintenant sans dommage.

Le point de vue de celui qui reçoit

Recevoir n’est pas aussi agréable qu’il y parait. C’est toujours un peu humiliant.

La conséquence de cette humiliation est, de la part de celui qui reçoit, une sorte de dédain affiché envers celui qui a donné. L’ambiance entre le donneur et le receveur est rarement au beau fixe.

Cependant, il existe des quémandeurs de circonstance qui se donnent comme point d’honneur de rendre « au centuple » ce qui leur a été donné lors d’une mauvaise phase de leur vie. Ils ne sont pas la norme.

Plus couramment celui qui reçoit mime l’indifférence tout en intégrant sur le long terme le don comme méthode répétitive de revenu. Son indifférence apparente ayant pour objectif d’atténuer sa dépendance morale au donneur.

Conclusion

Le don – et son acceptation —  sont des actes particulièrement personnels, qui sont du ressort de l’intimité du donneur et du receveur.

Ce sont des actes dangereux, qui sont loin d’être anodins s’ils sont significatifs.

L’incroyable mystification collective

De tout cela, de toute cette complexité, certaines idées collectives font litière. Elles prétendent alors que la générosité devrait être le ciment social, le but principal, voire unique, du « être ensemble ».

Il s’agit, la plupart du temps d’une escroquerie uniquement destinée à déposséder de son patrimoine celui qui en a acquis un par son propre travail ou par voie de succession. Nous avons vu dans un billet précédent l’importance existentielle du patrimoine.

Cette politique peut avoir deux objectifs.

Le premier vise l’affaiblissement direct des possédants par le biais de leur dépossession obligatoire, au motif de la générosité imposée.

Le deuxième vise l’affaiblissement moral des possédants à travers une culpabilisation collective qui les montre du doigt et les oblige soit à donner soit à se cacher, donc à limiter leurs activités.

Les deux méthodes n’ont qu’un seul but, l’affaiblissement de celui qui possède au profit d’amateurs de pouvoir, par ailleurs incapables d’accéder par eux-mêmes à la possession matérielle seul moyen réel de pouvoir.

L’humanité porte en son sein, depuis la nuit des temps, pléthore de moralistes escrocs qui prêchent la générosité des autres en vue de leur affaiblissement.

Cela va des sorciers ou devins, aux prêtres toutes religions confondues, jusqu’aux élites actuelles de nos démocraties avancées.

La chose est aisée

Il ne manque pas de destinataires pour la générosité. La pauvreté, la misère, la malchance, sont des maux endémiques chez l’homme.

Les possédants sont beaucoup moins nombreux, la plupart du temps enclins à la générosité, mais dans le cadre des restrictions analysées au début de ce billet.

C’est alors qu’apparait la caste de ceux qui donnent ce qu’ils n’ont pas su acquérir par leurs propres moyens, mais qu’ils savent pendre à ceux qui possèdent, au motif d’une redistribution dont les résultats sont le plus souvent curieux ou inexistants.

Aujourd’hui la boucle est bouclée dans nos sociétés.

La propagande des amateurs de pouvoir incompétents a réussi à isoler totalement les possédants et à multiplier exponentiellement les assistés. La liaison directe entre eux, seule garantie d’un fonctionnement réel de la générosité sans risque mortel, a intégralement disparu.

La générosité en tant que telle n’existe plus.

Ses nouveaux prêtres s’en sont assurés l’exclusivité, ils en monopolisent la collecte, sans restriction, entrainant par là même la ruine inconsidérée des donneurs. Pendant qu’ils sont aussi incompétents à assurer une redistribution équilibrée et efficace de leur collecte délirante.

Ils jouent avec la générosité, sans conscience du danger ou, pour le moins, sans respect pour elle.

Cet usage indélicat d’une émotion qui vient des profondeurs de chacun, qui ne peut souffrir aucune interférence entre les parties sans être dénaturée — pendant que son expression est fondamentale — est d’une grande gravité.

La générosité est galvaudée par ceux qui en font un outil d’accès au pouvoir, au point de ne plus vouloir rien dire.

Leur responsabilité est gigantesque, ils en paieront le prix.

Bien cordialement. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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