LA LOI

Parmi les séduisantes pensées de Frédéric Bastiat, certaines sont citées fréquemment. Il en est une moins rapportée, pourtant particulièrement d’actualité.

Il s’étonne d’une éducation, tirée tout particulièrement de la formation classique, qui imprègne la pensée collective :

 » Il suffit d’ouvrir, à peu près au hasard, un livre de philosophie, de politique ou d’histoire pour voir combien est fortement enracinée dans notre pays cette idée, fille des études classiques et mère du socialisme, que l’humanité est une matière inerte recevant du pouvoir la vie, l’organisation, la moralité et la richesse. »

Rien de changer depuis 1850, date des pensées de Bastiat.

L’humanité, c’est-à-dire vous et moi, sommes considérés comme des demeurés, voire des veaux. L’humanité serait végétative, proche du niveau zéro, voire régressive, sans la grandeur d’âme et l’intelligence supérieure du pouvoir, c’est-à-dire de ceux qui décident de l’exercer.

Notre travail, notre dignité, notre goût pour la morale, nos engagements, ne vaudraient pas pipette, seule la grandeur d’esprit de nos chefs nous fait exister, d’abord en tant que nation, puis tout simplement en tant qu’individus.

Hier soir j’ai assisté à ce type d’exposé de la part de M. Erik Orsenna pour qui le 17ème siècle n’est que Versailles et Louis XIV, et la fin du 20ème siècle Mitterrand et la pyramide du Louvre. Aucune place pour les êtres humains qui ont peuplé ces époques.

C’est une façon de voir, ce n’est pas celle de Bastiat, ni la mienne.

J’ai peu connu Louis XIV, pas du tout Mitterrand, mais beaucoup de leurs semblables qui auraient pu accéder à leur niveau. Je puis affirmer que ce ne sont pas leurs caprices qui font notre vie. Au mieux ils l’accompagnent, au pire ils l’handicapent,  la deuxième solution étant la plus courante. Le devenir de notre pays et de nous-mêmes c’est nous qui le créons, pas eux. Ils se l’attribuent simplement, avec la complicité de l’histoire qui sélectionne les ragots la constituant.

Ceci nous amène à la Loi, aux juges

C’est avec étonnement que Bastiat évoque la doctrine « qui se fonde sur ces trois hypothèses : l’inertie radicale de l’humanité ; l’omnipotence de la loi ; l’infaillibilité du Législateur « . Où sommes-nous dans cette organisation, pense-t-il en 1850 ? Qu’elle est notre place ? Depuis, absolument rien n’a changé, ces questions ne sont pas solutionnées. Nous ne sommes toujours rien.

Les socialistes sont les gardiens de cette stagnation. Ils ne croient pas aux bienfaits du libéralisme, à la prééminence de l’individu. Pour eux, nous sommes une bande d’abrutis, rien de bon ne peut surgir de notre liberté, le législateur doit tout prévoir et la loi s’impose pour notre bien, dite par des magistrats inévitablement au-dessus de tout soupçon, déifiés.

Hélas la situation n’est pas vraiment ainsi. Les élus nous fabriquent lois sur lois, de ce côté-là pas de problème, l’encre de l’une n’est pas seiche que l’autre est déjà en cours d’imprimerie.

Par contre, pour les magistrats chargés de faire appliquer ces lois par la force, c’est beaucoup plus compliqué. Ils ont beau faire assaut d’intelligence, le résultat n’est pas à la hauteur. Pris en tenaille qu’ils sont entre des lois liberticides et les libertés individuelles qu’ils ont la prétention de protéger, les voilà sur la sellette.

Par exemple, il y a longtemps que le simple bon sens, le respect des engagements, des mandats, la correction qui refuse le droit de déposséder une personne en état de faiblesse, le droit à la propriété privée, le bénéfice de celui qui crée, qui facilite, le refus de la force du monopole, l’exercice de la libre concurrence, cet ensemble de notions essentielles à l’économie, sont totalement ignorés des magistrats.

Aujourd’hui les magistrats ont une idée fixe : affaiblir celui qui possède, au titre de l’égalité économique.

Tapie est le bouc émissaire de cette pensée, le Dreyfus de ce début de siècle. Il veut avoir l’air riche, pire il l’est, il est donc coupable et doit rendre l’âme… et le pognon.

Après lui, il y aura tous les autres.

Une preuve qui date d’hier (décidément, mauvaise journée). Pour des raisons que j’ai déjà largement expliquées ici, il me reste un stock d’invendus dans l’île de Ré. Ces biens ont été exploités illégitimement par une structure commerciale contre mon gré. J’en ai donc perdu la jouissance pendant dix ans. Les magistrats, dans un arrêt du 25 Juin 2013, analysent parfaitement la situation, confirment que j’ai été privé de la jouissance de mon stock pendant dix ans et aboutissent à ce constat stupéfiant : pas de préjudice pour moi !!!

C’est incroyable, mais cela s’explique. Pour un magistrat bien-pensant, l’économie est une affaire d’escrocs. Or, il n’y a pas de préjudice ou de vol entre escrocs, point.

Mais, comme ils se sentent investis d’un devoir de dire la loi, avant ce coup de force ils éprouvent le besoin d’analyser réellement la situation. Ce n’est qu’au moment de dire la conséquence de l’analyse que leur obscurantisme revient : pas d’argent du fait de la justice pour un agent économique, quand bien même aurait-il été lésé.

C’est ainsi que l’affaire Tapie sera rejugée, les trahisons au mandat par le Crédit Lyonnais seront effectivement confirmées, mais il sera dit que Tapie n’a pas à en être dédommagé.

Car ce n’est pas, pour un état de tradition socialiste comme la France, des individus que l’on juge chaque jour, mais, à travers les jugements, c’est une certaine idée de ce que doit être la pensée commune que l’on impose.

Il n’y a rien à attendre pour les individus de cette justice, par contre le pire est à craindre pour la bonne santé de la collectivité.

 

Bien cordialement. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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