La révolte des sardines

Par une belle journée d’été, la mer nous porte, transparente bleue et calme comme sur une carte postale , au large du cap Creus. Nous sommes ensemble, à bord de ma coquille de noix.

La côte n’est plus en vue, juste dix mètres de plastic pour vous et moi, assis regardant le soleil se lever. Pas un bruit, pas une ride, pas un souffle de vent, l’apaisement total. Ici où là, chacune à distance, quelques mouettes insignifiantes posées sur l’eau dans cet espace vide.

Une heure plus tard la violence se déchaîne. La mer entre en ébullition, de toute part ce ne sont que remous silencieux survolés par des nuées d’oiseaux hurlants d’excitation venus d’on ne sait où. L’intensité croit, quelques sardines percent la surface en espérant échapper aux thons prédateurs qui dans leur dimension sautent vers elles puissamment, elles finissent dans des becs avides. Quelques attaquants entraînés par leur élan traversent aussi leur ciel argent pour retomber lourdement.

Le cri des mouettes est envahissant, tout le reste n’est que silence lourd. Une violence maximum, sans bruit, la plus terrible.

Si les thoniers sont là, ils entourent rapidement la scène de leur filet, quelques minutes plus tard des centaines de thons y seront prisonniers, c’est la violence ultime, terminale, celle de l’homme.

Puis d’un coup la mer redevient hermétique, le ciel se vide, il ne se passe plus rien, il ne se passe jamais rien en mer. La vie que nous percevons de la mer n’est qu’un effet du vent, rien de plus ne nous est accessible depuis sa surface. Sous la surface, ce n’est plus chez nous, c’est ailleurs, un monde inaccessible.

La violence est à la fois belle et tragique, naturelle et révoltante, fascinante et inacceptable, chacun l’aime ou la hait selon sa position et son implication personnelle.

Pour qu’elle naisse il lui faut un théâtre, des acteurs, un scénario.

Ici la sardine poisson fourrage grégaire, une bande de thons qui doivent manger deux fois par jour en des attaques rapides et mortelles dont la sardine est la principale victime, des oiseaux qui survolent la scène n’en perdant pas une miette en tirant quelques menus profits.

La sardine peut-elle se révolter ?

Intrinsèquement non. La sardine n’a rien à opposer à la puissance du thon. En revanche, sociologiquement tout pourrait être différent.

Il se trouve que face au danger connu par elle de servir de nourriture à bien des prédateurs la sardine a choisi la masse, la collectivité.

Lorsque le thon est annoncé les sardines se regroupent en une boule compacte qui favorise le repérage du thon mais donne à la sardine l’impression de minimiser ses pertes au moment de l’éclatement. Elle oppose à l’attaque le nombre, le sacrifice individuel au profit improbable de la collectivité.

Il pourrait en être tout autrement.

Dans l’absolu, la sardine pourrait être éparpillée dans l’immensité de l’océan, vivre individuellement et non en multitude, ce qui rendrait sa recherche beaucoup plus aléatoire.

Dans ce cas évidemment elle devrait s’assumer à longueur de temps. Ce n’est pas le choix qu’elle a fait. La sardine n’a pas une organisation libérale, au contraire elle est intensément collectiviste, égalitariste, sauf au moment du sacrifice ultime où c’est chacune pour sa peau.

Cela peut-il interpeller  les humains que nous sommes ?

Je n’en sais rien. Il est hasardeux de s’aventurer à des comparaisons certainement critiquables.

Donc laissons les sardines à leur vie et les hommes à la leur.

En revanche, en ce qui concerne la violence quelques réflexions peuvent être tirées de la vie des sardines.

D’abord le constat que la violence est. Qu’elle fait partie des incontournables sur notre si jolie terre, impliquant les sardines, mais aussi tout ce qui ressemble à la vie, animale ou végétale. Le nier est absurde, le gérer est un minimum, espérer l’éradiquer est probablement une utopie.

Ensuite que la violence est prévisible. Qu’elle sous-tend toute nécessité vitale. La vie de l’un est le prédateur des autres. Les thons auraient pu apprivoiser et élever les sardines puis les dévorer, la violence à leur égard eut été différente mais égale.

Elle n’est donc pas imprévisible, un hasard soudain, elle est une suite logique.

La violence en col blanc

La violence qui depuis un mois s’est invitée dans la rue n’est pas accidentelle, elle n’est pas le fruit d’une génération spontanée. Ceux qui le prétendent, élus ou profiteurs du système sont de sacrés menteurs.

Cette révolte violente fait suite à la violence des élus et de l’administration associée qui oppriment objectivement la population depuis les années 1970. Le motif fumeux de cette oppression serait le bonheur à venir pour tous. Un truc éculé promis aux sardines depuis des siècles.

Cette oppression de tous les jours a fini par avoir raison de la force de travail des acteurs économiques de notre société. Ils sont tout simplement en train de mourir.

Face à leur propre mort qu’ils voient arriver ils explosent, ils hurlent, ils cassent.

Rien n’y fait. Autistes, les thons de l’Etat continuent à dévorer les sardines aux écailles jaunes, en les accusant de résistance abusive.

Qu’est ce qui pourrait arrêter cette violence urbaine ?

Une augmentation de la violence du pouvoir qui occulterait la résistance spontanée des masses opprimées. Peut-être mais ce serait reculer pour mieux sauter, car la crise demeurerait.

Un écroulement du dit pouvoir ? Ce serait alors l’aventure, la colère réactive de ceux qui meurent n’étant pas structurée. Pas de pronostic possible.

Un pourrissement de la situation sans solution ? C’est probablement ce qui va arriver. C’est ce qui est arrivé aux sardines, depuis des millénaires….

Bien à vous.

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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6 réflexions au sujet de « La révolte des sardines »

  1. Fort intéressant article que j’ai trouvé au hasard de mes pérégrinations sur le net :

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    « La Stasi s’installe à Paris

    Mon cher lecteur,

    Marlène Schiappa a exigé cette semaine, à deux reprises, la publication de la liste des contributeurs à la désormais fameuse « cagnotte du boxeur ».

    La cagnotte en question a été créée par des proches de l’ex-boxeur professionnel Christophe Dettinger pour l’aider à régler ses frais d’avocat, lui qui est mis en examen pour avoir frappé des CRS lors d’une manifestation de gilets jaunes.

    La cagnotte a connu un succès fulgurant, récoltant près de 120 000€ en quelques heures, sans doute trop pour madame Schiappa qui veut savoir « qui finance les violences, qui finance les casseurs… »

    Il est de la plus haute importance de savoir « si oui ou non, il y a des puissances étrangères qui financent les casseurs et les violences urbaines dans Paris, c’est intéressant, notamment eu égard aux positions de certains responsables italiens. »

    Relisez-bien cette phrase tant elle est hallucinante et témoigne de la fange dans laquelle les ministres de la République nous plongent.

    Fervents européistes, ils n’hésitent pas à taxer l’Italie de « puissance étrangère » dès lors que son gouvernement leur déplaît ; fervents pourfendeurs des discriminations, ils n’hésitent pas plus à refuser à un citoyen français le droit de se défendre quand celui-ci à le malheur de leur déplaire.

    Car la fameuse cagnotte, fermée en panique par la plateforme Leetchi, est bien évidemment légale et même un peu plus que cela. Il s’agit d’aider un concitoyen à se défendre face à la justice.

    Il ne s’agit pas de financer la violence ou de gagner de l’argent en tapant sur des policiers comme assène Mounir Mahjoubi, autre turbulent secrétaire d’État, cette fois au numérique.

    La Cagnotte du Boxeur. Apparemment, ça rapporte de frapper un policier. Quand l’attrait de l’argent vient s’ajouter à la haine et à la violence, je n’ai que du dégout.

    Tout le monde doit être responsable : cette cagnotte est indigne.

    Plus c’est gros plus ça passe (disait Goebbels).

    Leetchi a immédiatement précisé qu’ils avaient l’habitude de ces situations : l’argent ne sera versé qu’aux avocats sur présentation de leurs factures. Monsieur Dettinger ne verra jamais un centime de cette somme.

    C’est une situation banale…

    Personne n’a cherché à savoir si « des puissances étrangères » avaient financé les viols dont est accusé Tarik Ramadan, dont la cagnotte dépasse également les 100 000€… Et là, on ne parle pas de l’Italie. Que fait la secrétaire d’État à l’égalité des femmes et des hommes ?

    Mais Tarik Ramadan a le droit de se défendre tout comme Christophe Dettinger. Il s’agit d’un droit fondamental, un de ceux, peu nombreux, qui permet de faire la différence entre une démocratie et une dictature.

    C’est d’ailleurs pour cela que si vous n’avez pas les moyens de vous adjoindre les services d’un avocat, le tribunal en désignera un commis d’office qui sera payé par le contribuable.

    Ainsi, l’État se doit d’assurer à M. Dettinger une défense, mais ses soutiens eux ne devraient pas le faire ?

    Mounir Mahjoubi et Marlène Schiappa auraient été mieux inspirés de se féliciter que cette cagnotte évite à l’État de payer la défense de ce violent boxeur (par ailleurs agent de voirie qui n’a pas de quoi se payer un procès tel que celui qui l’attend).

    Comprenez bien que je ne suis pas en train de juger de l’acte de Monsieur Dettinger qui prétend s’être portée au secours d’une femme à terre en train d’être tabassée par des policiers : comme disent nos chers ministres quand cela les arrange, il faut laisser la justice faire son travail.

    Mounir Mahjoubi et Marlène Schiappa devraient présenter leur démission immédiatement après de telles déclarations.

    Pourtant tout le monde s’en fout… Les journalistes ne bronchent même pas. Ivan Rioufol du Figaro s’est contenté de trouver la déclaration de Madame Schiappa d’une stupidité invraisemblable.

    Mais il se trompe lourdement. ce n’est pas parce que tout est faux, fangeux même, dans sa déclaration que celle-ci est stupide.

    Ce n’est pas le dérapage d’une interview trop matinale. La déclaration est préparée, elle s’y reprend à deux fois avant de réussir à placer sa petite phrase.

    Un rouage essentiel du gouvernement

    Il faut s’intéresser aux compositions des cabinets ministériels.

    Madame Schiappa a pour directrice de cabinet Anne Rubinstein qui est une proche parmi les proches d’Emmanuel Macron dont elle était cheffe de cabinet lorsque celui-ci était ministre de l’économie (avant cela, elle avait été cheffe de cabinet de Najat Vallau-Belkacem). Elle n’a pas été placée là par hasard, c’est une proche d’Emmanuel Macron dotée d’une grande expérience.

    Les Schiappa et Mahjouni sont des rouages essentiels dans la communication gouvernementale.

    Ils font le sale boulot. Ils ont réussi à casser Christophe Dettinger qui est apparu en larme à son audience. Ils instillent la terreur, ils imposent leur seule et unique règle : soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous et l’enfer s’abattra sur vos têtes.

    Ils disent ce que les tenors ne peuvent pas encore se permettre : Ils vous donnent comme seule alternative la soumission ou la guerre.

    Madame Schiappa et son cabinet savent très bien que s’il y avait le moindre mouvement suspect dans la cagnotte, versements important ou de l’étranger, Leetchi aurait immédiatement envoyé une déclaration de soupçon à Tracfin et s’ils ne l’avaient pas fait, Tracfin aurait pu regarder directement sur simple requête administrative.

    Ce n’est pas à l’Italie que Madame Schiappa s’adresse en exigeant la publication de la liste des contributeurs de la cagnotte de Christophe Dettinger… mais à vous mon cher lecteur.

    Vous devez savoir que vous êtes épiés

    Il faut dorénavant que vous sachiez que vous êtes épiés. Ils veulent que vous vous en souveniez la prochaine qu’il vous prendra l’envie de soutenir une cause qui n’a pas l’approbation du gouvernement. Ils veulent casser d’avance tout acte d’opposition démocratique qui ne serait pas mis en scène ou contrôlé par eux.

    Pour quelle autre raison madame Schiappa aurait-elle agi de la sorte ?

    C’est une manoeuvre d’intimidation, un acte de guerre psychologique qui permet d’amplifier la portée de la surveillance de Tracfin, la cellule de renseignement dédiée au Traitement du Renseignement et Action contre les Circuits FINanciers clandestins.

    En 2017 (derniers chiffres publics), Tracfin a reçu près de 70 000 « déclarations de soupçons », essentiellement de la part des banques et émis 30 000 requêtes d’information en sens inverse. Cela fait 100 000 échanges de données en tout, chiffre qui explose littéralement ces dernières années. En 2010 ces déclarations étaient au nombre de 10 000.

    Cette explosion a été provoquée par les nouvelles lois et mesures contre le terrorisme. Elle ont bien entendu une fonction dans ce cadre mais il est intéressant de noter que « le législateur français a en outre fait le choix de la généralité ».

    Vous serez traité en terroriste

    Une plaquette publiée par Tracfin sur la lutte contre le blanchiment avoue au lecteur consciencieux que « le blanchiment porte sur les biens, revenus ou produits provenant de tous les crimes et délits prévus par le code pénal ou par d’autres textes répressifs, y compris notamment le financement du terrorisme et la fraude fiscale. »

    Quelle maladresse d’accoler ainsi terrorisme et fraude fiscale ! Mais c’est bien cela : tout l’arsenal législatif anti-terroriste a été prévu pour s’appliquer aussi à vous.

    Dois-je rappeler d’ailleurs que depuis le 1er janvier, la notion d’abus de droit, très utilisée par le fisc pour redresser les fraudeurs fiscaux vient d’être élargie en un concept vague et fourre-tout permettant de faire d’à peu près tout le monde un fraudeur en puissance que l’administration aura tout loisir de traiter comme un terroriste.

    Mais cela fait beaucoup plus de « fraudeurs » potentiels que de terroristes présumés…

    Alors 100 000 échanges d’information, c’est encore peu quand il y a des millions de personnes à surveiller.

    Il est en outre compliqué et coûteux de faire croître un service d’enquêtes tel que Tracfin rapidement : il faut recruter, former, encadrer des équipes à des tâches d’une grande complexité dans un secteur où l’administration rémunère ses agents une fraction de ce qu’ils touchent dans le privé.

    La peur du gendarme est bien plus efficace que le gendarme lui-même et ils le savent très bien.

    Dorénavant vos transactions sont épiées et surveillées.

    La fin bien pratique de l’argent liquide

    Ils se permettent un tel coup de massue, maintenant qu’ils savent que l’accès à l’argent liquide devient de plus en plus restreint et qu’il aura bientôt complètement disparu.

    Mais là, ils s’avancent à mon avis, ils mettent la charrue avant les boeufs car les gilets jaunes ne leur pas bien laissé le choix.

    Il y a un espace, un flottement que révèle la déclaration de Madame Schiappa : eux-aussi paniquent.

    Il n’empêche, la manoeuvre de Madame Schiappa est peut-être fangeuse mais son utilité est évidente. D’ailleurs quelle a été votre première réaction, dans cette affaire ? N’avez-vous pas eu un peu peur, un léger serrement au coeur ?

    Oui c’est bien cela qu’ils recherchent : Ayez peur.

    Je ne sais pas vous, mais je ne compte pas me laisser faire.

    Guy de La Fortelle »

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  2. Les temps changent les flux évoluent comme les mœurs de politiques
    la sardine a bloqué le port de Marseille
    et actuellement ce sont les porcs parisiens qui bloquent les sardines

    manne et quand peace 🙂

  3. Ce regard porté sur la mer est très intéressant d’autant plus qu’il correspond à la réalité du milieu…..et du nôtre finalement si l’on veut bien y regarder de près…les similitudes sont étonnantes..mais tellemlent réelles..
    .Excellent article!

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