LE MENSONGE FONDATEUR

Avant toute crise, tout affrontement, toute violence, il y a un mensonge. C’est l’acte fondateur. Voulu ou accidentel, il va provoquer une distorsion de la réalité, souvent infime au départ, qui prend de l’ampleur avec le temps, qui va provoquer la bascule et l’incompréhension entre : d’un côté ceux qui ont cru au mensonge y engageant leur vie, et, de l’autre la réalité qui, elle, ne pouvant l’intégrer va l’évacuer violemment.

Ce cycle est immuable, il touche aussi bien les individus que les groupes ou les sociétés. Le mensonge est constant, il fait partie de l’humanité, il est lié tout particulièrement au langage. Il nous entoure, à tous les niveaux.

Apprendre à le percevoir est l’enseignement que les hommes doivent à leurs enfants.

Le mensonge peut être volontaire, mais le plus souvent il est le fait d’une mauvaise appréciation de la réalité.

Celui qui nous occupe aujourd’hui est le suivant  » Tous peuvent avoir tout ».

La particularité de ce mensonge est qu’il touche exclusivement les groupes. En effet, chacun sait au fond de lui que cette affirmation est mensongère en ce qui le concerne. Mais, tous regroupés, ils affirment que c’est la vérité, qu’elle est accessible. Le groupe va même jusqu’à accuser de traitrise ceux qui refusent de participer à ce mensonge, ceux qui affirment que tout se mérite, que tout à un prix.

Ce classique du mensonge suppose plusieurs étapes, répertoriées, archi-connues, constantes.

D’abord un relâchement, un renversement, ou une facilité momentanée, qui laissent supposer que, justement, tous pourraient avoir tout. C’est la félicité, ce moment si séduisant du mensonge.

Puis, les choses se compliquent, la réalité tend à s’imposer.

Ceux qui ont cru au mensonge sont dépourvus, les autres sont prêts à affronter la réalité, les deux masses vont, inévitablement, entrer en conflit.

Conflit qui va amplifier l’effet inéluctable de la réalité, qui, ne pouvant se nourrir que de vérité, va éradiquer par la violence le mensonge initial. Tous seront perdants.

Où en sommes-nous ?

En France une prospérité inespérée, découlant de la dernière guerre et de la liquidation de nos colonies, a donné du crédit au mensonge qui nous intéresse ici : « tous peuvent avoir tout ».Ce fut l’époque de la félicité de ce mensonge.

Depuis déjà pas mal de temps la réalité tend à s’imposer. Pour l’instant les menteurs ne lâchent rien. Mais, leurs réserves s’effritent.

Les contrôlés fiscaux, dont je fais partie, ont été les premiers à payer le retour de la réalité. Les tenants du mensonge, après les avoir montrés du doigt ont pu impunément les piller, prélever sur eux un sur-impôt, avec la complicité des agents de Bercy et des Tribunaux Administratifs. Mais cela n’a pas suffi à assurer le « tout pour tous ».

Aujourd’hui ces mêmes tenants du mensonge sont obligés de piller plus et à plus grande échelle. Car, ils sont toujours possédés par ce mensonge, la réalité ne les a pas encore rattrapés, mais elle les cerne.

Je ne vous cache pas le soulagement que m’apporte la pression fiscale généralisée. Je pense aussi à tous ceux qui, comme moi, furent des victimes isolées des conséquences du mensonge, du poids de la réalité sur ce mensonge générant notre ruine. Nous sommes soulagés de ne plus être seuls, même si ce soulagement est…relatif. Le nombre nous permettra peut-être de résister.

Nous n’allons pas tarder en rentrer tous dans le dur. Le mensonge sera éradiqué dans la plus grande douleur, tant il est profond.

La déclaration de Michel Edouard Leclerc est intéressante. Les « Leclerc » sont une illustration exemplaire du problème. Travailleurs indépendants, ils se sont considérablement enrichis. Ils font partie, chacun dans sa région, des plus grosses fortunes. Il est aisé de voir leurs voitures, leurs châteaux, leur luxe, leurs héritiers, à commencer par Michel Edouard.

Cela peut faire oublier ce qu’ils ont apporté à la société en cinquante ans, des emplois dans des entreprises solides, modernes, des investissements colossaux, une baisse du coût de la vie de 30% permettant aux plus humbles de consommer, une maîtrise des coûts de production par une étroite surveillance de ceux-ci, des devises à l’exportation. Tout cela en partant de rien, pour la plupart d’entre eux. Ce sont des entrepreneurs, des créateurs de richesse.

Ils sont touchés de plein fouet par les nouvelles mesures fiscales. Michel Edouard Leclerc est donc obligé de monter au créneau.

Mais, le pire pourrait leur arriver. Ils pourraient être nationalisés par Montebourg, qui doit en mourir d’envie. En effet, quoi de plus simple, tout le travail est fait, il n’y a plus qu’à gérer. Les menteurs pourraient s’en croire capables.

Allez, disons dix ans avant que, nationalisés, les « Leclerc » soient décrépis et leurs rayons vides. Chiche.

Dix ans, un an, vingt ans, nul ne sait le temps qu’il faut à la réalité pour terrasser le mensonge. C’est la grande inconnue, jamais égale à elle-même, toujours surprenante, alors attendons.

Bien cordialement. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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