La dérive des dépenses publiques et l’augmentation des dettes mondiales constituent une menace mortelle pour nos démocraties

Beaucoup d’états, dont la France, sont en situation de surendettement manifeste ; ce qui n’est pas vraiment un phénomène nouveau car l’endettement des états est une constante depuis que les états existent !

On sait qu’un Etat ne fonctionne qu’à partir des impôts qu’il collecte. Néanmoins, les gouvernants peuvent opter, parallèlement à l’impôt, pour la voie de l’endettement pour des raisons variables (investissements lourds, manque de liquidités si l’impôt rentre mal, clientélisme électoral, guerre …).

Le choix de la dette présente certains avantages :

– il constitue une solution de facilité car c’est la possibilité de dépenser plus sans lever l’impôt correspondant et donc sans prendre le risque de mécontenter l’électeur.

– c’est une solution d’autant plus « avantageuse » que les taux d’intérêt ne sont pas élevés, comme c’est le cas actuellement, mais qui évidemment fait prendre des risques sur le futur si les taux remontent.

– C’est aussi une forme de relance permanente de la consommation en augmentant les distributions d’argent, sans augmenter les impôts, du moins dans l’immédiat, puisqu’on dépense plus qu’on ne gagne. En France, le déficit budgétaire est de 20 à 25% tous les ans depuis 30 ans ce qui explique d’ailleurs que la dette publique soit passée de 20% à presque 100% du PIB.

On peut donc affirmer que la dette est bonne pour l’économie car elle permet de financer certains projets ou investissements ; mais, comme en toute chose, l’excès nuit et il apparaît un peu illusoire, pour ne pas dire présomptueux, de penser que cette dette ne sera jamais remboursée.

Car le recours excessif à l’endettement finit par avoir des effets nocifs ou pervers en regard desquels les avantages apparaissent bien illusoires !

– la dette plait aux dirigeants mais aussi aux populations car c’est un moyen de dépenser plus ; surtout que, dans des pays comme la France, une bonne partie de la population a tendance à confondre aides sociales et revenus sans avoir conscience des problèmes qui, à terme, finiront fatalement par arriver !

– l’utilisation permanente de la dette a un effet de dopage sur la croissance mais que dès qu’on arrête l’injection de liquidités, la croissance s’effondre ; voire même passe en négatif avec l’arrivée de la récession.

– La dette n’est indolore en fait qu’au début ; car c’est en fait un impôt différé et il faut bien assumer ensuite le service de la dette c’est à dire son remboursement et le paiement des intérêts. Or, la charge de la dette s’alourdit nécessairement au fil des ans, au fur et à mesure de l’augmentation de la dette, jusqu’à devenir insoutenable, et l’effet dopage devient de moins en moins évident,

– Dans un pays comme la France où 75% des biens manufacturés sont importés, la distribution d’aides sociales et de revenus supplémentaires provoque mécaniquement une augmentation des importations et creuse le déficit du commerce extérieur qui atteint des sommets,

– Les politiciens ont vite compris qu’ils étaient dans un cercle vicieux dont ils ne pouvaient plus sortir car si on réduit les dépenses, sociales notamment, la population sera mécontente et … ils ne sont pas réélus. C’est l’effet collatéral l’Etat providence !

– lorsque le reflux des allocations, aides sociales et autres commence à se faire sentir parce que l’Etat est allé au bout de sa « logique » dépensière et qu’il faut resserrer les boulons, la population bénéficiaire ne comprend pas, s’insurge, refuse d’en assumer les conséquences et évidemment écoute les solutions miraculeuses de certains politiciens qui y voient une occasion rêvée d’accéder au pouvoir.

– la contestation populaire peut très vite amener au blocage complet de la société civile et à une paralysie de l’Etat,

– le corollaire de la dette excessive est rapidement la progression continue de la fiscalité et de la pression fiscale et in fine la paupérisation progressive de la population.

– l’accumulation d’une dette trop importante finit par limiter les moyens d’actions de l’Etat qui perd toute marge de manœuvre et doit subir la loi de ses créanciers.

On sait que les politiciens ont une faculté toute particulière à dépenser inconsidérément et avec prodigalité l’argent des autres pour se concilier les bonnes grâces des électeurs mais l’électeur ne doit jamais oublier que c’est lui, in fine, qui est engagé par les promesses que le politicien lui fait.

La France est typiquement dans ce schéma mortifère qui ne mène à rien d’autre qu’à une catastrophe prévisible : la faillite ; bien que l’on puisse affirmer que les états ne peuvent pas faire faillite puisque les règles de souveraineté s’opposent à la liquidation du patrimoine d’un état. Un état n’a jamais été mis en liquidation judiciaire.

On appelle cela le défaut, c’est à dire l’impossibilité pour un état de rembourser tout ou partie de ses dettes.

Seulement, ce qu’on oublie souvent de dire c’est que la faillite de l’Etat c’est surtout la ruine de la population qui perd ses économies laminées par l’hyperinflation, le pillage des caisses de retraite ou la faillite des banques. (ici)

C’est à ce moment là qu’interviennent en général les populistes et leurs solutions toutes trouvées voire carrément miraculeuses qui permettraient, à les en croire, d’évacuer commodément et rapidement ce problème de dette dont personne ne veut assumer les conséquences.

Ils n’hésiteront évidemment pas à faire des promesses qu’ils savent ne pas pouvoir tenir et même à affirmer, au-delà de toute crédibilité, que la dette n’est pas un problème. L’utilisation d’arguments simplistes et l’exploitation de l’ignorance et de la crédulité populaire fait partie de leur discours politique.

– Pour les uns, il suffit de changer de monnaie et de revenir à une monnaie nationale ; ce qui permettrait de se lancer dans l’émission monétaire massive et l’hyperinflation qui … ruinerait la population (voir la République de Weimar en 1924, l’Argentine de Mme Kirchner dans les années 1990-2000, le Venezuela de Nicolas Maduro).

– Pour les autres, il suffit de répudier la dette et (sic) de tordre le bras des banques qui « regorgent de l’argent volé au peuple » en oubliant que les premiers spoliés seront les français du peuple eux-mêmes puisqu’ils ont tous un ou plusieurs comptes bancaires !

En résumé : La dette n’est pas un problème ; les riches et les banques paieront !

Seulement, ces affirmations rassurantes relèvent de l’ineptie ou de l’ignorance voire de la manipulation ; car, ce qui est proposé, c’est juste le vol, l’atteinte systématique à la propriété privée, la spoliation étatique et la suppression des règles normales de l’économie.

Le problème revient alors à la crédulité populaire face aux promesses des politiciens alors qu’on ne peut croire ni à la progression permanente de la dette ni, une fois qu’elle est devenue insoutenable, à sa répudiation pure et simple.

En fait, les dettes sont nécessairement et fatalement une bombe à retardement !

Le recours à la dette est une solution de facilité qui se paiera toujours plus tard ; surtout qu’en présence d’une dette massive, l’Etat va toujours essayer d’échapper à l’issue fatale mais inéluctable en utilisant toujours les mêmes recettes.

Nous savons qu’un état aux abois peut faire n’importe quoi (ici) car les gouvernants essaieront toujours de masquer la gravité de la situation et leur incompétence par des mesures souvent dictées par l’idéologie.

Les signes avant coureurs sont toujours les mêmes : progression de la fiscalité, traque fiscale, ostracisation d’une catégorie de la population (juifs, riches, …), nationalisation de l’économie et plus particulièrement des banques et des grosses entreprises (même étrangères), fermeture de la bourse, émission monétaire massive provoquant l’hyperinflation (qui est un impôt déguisé puisque la monnaie perd sans arrêt de sa valeur pour tendre vers 0).

L’Etat de droit finit par disparaître au profit d’une véritable organisation criminelle et un pays peut très vite devenir un immense camp de prisonniers lorsque la monnaie ne devient plus convertible, que sont mis en place un contrôle des changes et une limitation du droit de déplacement des personnes.

En fait, on s’aperçoit rapidement que seules les populations paient toujours les conséquences des expériences de leurs gouvernants.

L’Argentine de Mme Kirchner a fait défaut, après avoir ruiné sa population, en tentant d’obtenir par la force des rabais importants sur sa dette souscrite auprès de prêteurs étrangers en accusant ceux-ci d’être des vautours …

Le Zimbabwe du « docteur » Mugabe s’est lancé dans la spoliation des propriétaires terriens blancs, puis dans l’émission monétaire massive jusqu’à la ruine complète du pays (les retraités ont soldé 35 ans de cotisations avec 2 Coca Cola).

Plus près de nous, la Grèce, qui a dépensé sans compter l’argent qu’elle pouvait emprunter à faible taux sur les marchés du fait de l’€, n’a été sauvée que grâce au soutien des autres membres de l’UE (le total des aides s’élève à 350 md €). (ici)

Et désormais, avec l’Italie, nous avons un exemple édifiant de ce qui attend la France.

Troisième économie de la zone € avec un modèle économique fondé, comme pour la France, sur l’endettement et l’inflation (pour récupérer par le biais de la diminution de la valeur de la monnaie la compétitivité perdue), sa dette s’élève à 130% du PIB et sa situation apparaît extrêmement fragile.

Elle est d’autant plus fragile qu’elle a une dette de 250 Md€ vis-à-vis de la BCE à la suite du QE et que les banques italiennes auraient, à fin septembre 2017, 200 Md€ de créances douteuses représentant environ de 10% des prêts italiens.

Les banques européennes, et particulièrement françaises, sont aussi très exposées dans ce pays du fait de l’interconnexion des économies (pour les banques françaises on parle de plus de 300 Md€). (ici)

Le pays n’a pas su s’adapter aux contraintes d’une monnaie stable et forte comme l’€, la dette s’est envolée à des montants insoutenables et l’économie est en récession depuis 2008 ; ce qui fait qu’il n’y a désormais plus de marge de manœuvre.

L’Italie, comme beaucoup de pays de la zone €, dont la France, ne tient que grâce au crédit presque gratuit de la BCE et elle représente un risque systémique en cas de défaut.

Les partis traditionnels ont échoué et, désormais, ce sont les extrêmes qui vont gouverner puisque deux partis populistes d’extrême droite et d’extrême gauche (les extrêmes se rencontrent) anti-système, euro sceptiques, anti-euro, anti-immigration essaient de former une coalition de gouvernement tout en prévoyant, dans leur programme de gouvernement, une dynamique budgétaire insoutenable avec une hausse massive des dépenses !?!

Nous assistons donc à un véritable dérapage de la démocratie vers le populisme des deux extrêmes dont on peut légitimement se demander ce qu’il va en résulter alors que la confiance des milieux financiers ne leur est pour l’instant pas accordée puisque les taux d’intérêts demandés à l’Italie sont remontés brutalement.

Nous savions qu’il suffisait d’une bonne crise internationale pour jeter à bas ces constructions artificielles et fragiles basées sur l’accumulation d’une dette massive.

Nous n’en n’aurons peut-être même pas besoin car nous sommes, avec l’Italie, clairement devant une menace d’effet domino aux conséquences incalculables.

Nous vivons aujourd’hui avec la double épée de Damoclès d’un montant astronomique de la dette et le risque de la remontée des taux qui peut faire basculer des emprunteurs solvables dans la catégorie des emprunteurs à risque ; l’Italie pouvant peut-être nous donner l’occasion de voir jusqu’où on peut pousser le déni de réalité et l’aveuglement.

La dette excessive constitue clairement une menace pour la démocratie et les politiciens sont responsables devant leurs peuples pour leur avoir caché les risques qu’ils leur faisaient courir alors qu’il arrive toujours un moment où sonne l’heure des comptes.

Bien cordialement à tous !

Dominique Philos

A propos Dominique Philos

Né en 1958, titulaire d’un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis un ancien avocat fiscaliste et partage ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, intransigeant sur les libertés individuelles, j’ai un ennemi : l’étatisme rampant qui détruit le tissus économique et social.

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7 réflexions au sujet de « La dérive des dépenses publiques et l’augmentation des dettes mondiales constituent une menace mortelle pour nos démocraties »

  1. Tout à fait d accord le pillage devient la raison d exister des tribunaux de commerce les mandataires pillent les citoyens bien au delà des créances
    S attaquent aux biens privés pour régler des créances qui n existent pas
    Ils sont criminels en ce sens qu ils envoient les agriculteurs les petits patrons
    Et les moyens patrons au suicide ou vers les pathologies c est ignoble et
    Surtout si vous êtes une femme seule Qui n est plus de la première jeunesse ils
    Sont prêts à tout pour vous détruire. C est une réalité de la france 60000
    Liquidations judiciaires à 95 pour cent frauduleuse et crapuleuses que fait
    La justice? On ne l entend pas beaucoup?!!

  2. Encore une fois merci pour cet article brillant et d’une implacable logique
    Seul point de désaccord avec vous : les rapports entre les politiciens et le peuple
    Vous présentez le peuple comme victime de la démagogie des hommes politiques
    C’est faux, car par deux fois les français ont rejeté des candidats qui leur tenaient un discours de vérité
    Raymond Barre en 1988 et Fillon en 2017
    Dans les deux cas, ils ont préféré choisir des bateleurs de foire qui leur ont promis la poursuite de la fête avec argent gratuit pour tout le monde
    Il y a une sorte de corruption du peuple qui se laisse aller à la facilité avec aveuglement, encouragé par les élites médiatiques et intellectuels
    Pour le reste, notamment les conséquences, d’accord avec vous

    1. Tout à fait d’accord avec votre observation
      j’ai mal formulé
      car il est évident qu’il y a in fine une forme de complicité entre les politiciens qui distribuent et les électeurs

  3. « La dérive des dépenses publiques et l’augmentation des dettes mondiales constituent une menace mortelle pour nos démocraties. »

    Oui bien entendu ! Mais pas que, cher Philos, toujours si clair ! Pas que ! C’est aussi une menace pas seulement pour les démocraties. Pour toutes les façons de gouverner un pays en s’endettant sans soucis.

    En 1789, LOUIS XVI, devant l’énormité de la dette du pays en a perdu sa tête et aussi celle de ses partisans qui ne comprenaient pas le danger de ne pas répondre de façon satisfaisante.

    Quand cela a-t-il débuté ? En 1788, quand le ROI – assez démocrate alors, il faut bien le lui reconnaître – a demandé à chacun des feux (entendez foyers) et des trois Ordres de rédiger en mars 1789 des cahiers de doléances. Afin d’espérer y trouver une solution à la dette du Royaume.

    La solution était simple : changer de système fiscal ! C’est tout et la Constituante a voté, selon les doléances du TIERS-ETAT. Plus d’impôts indirects. Un seul impôt uniquement sur le foncier, le seul qui demande la protection régalienne.

    Nous sommes devant cette même problématique. Imposer le capital foncier de certains ou le travail de tous !

    Cordialement.

  4. « La République Française et son administration sont un système qui permet à une petite caste d’incompétents , de privilégiés d’avoir du pouvoir , des privilèges abusifs , et de l’argent en dépossédant des richesses , le peuple du secteur privé devenu esclave . Les esclaves produisent tous les jours et toujours plus taxés et imposés pour rembourser une dette que des incompétents ont créée .. »
    « Quand le pillage devient un moyen d’existence pour un groupe d’hommes, qui vit au sein de la société , ce groupe finit par créer pour lui-même tout un système juridique qui autorise le pillage et un code moral qui le glorifie . «

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