La grande lessive de l’économie et des français (1/2)

Nous avons vu dans un précédent article que la crise qui s’annonce risque d’être extrêmement difficile à surmonter et les dépenses gigantesques liées au blocage de l’économie amènent fatalement à se poser la question suivante : l’argent et le crédit sont-ils une ressource illimitée ?

Les moyens d’actions du gouvernement pour essayer d’y faire face sont :

  • La réduction des dépenses publiques,
  • L’emprunt
  • L’émission monétaire,
  • La fiscalité,

Nous examinerons aujourd’hui les deux premiers.

I – La réduction des dépenses publiques,

Ces dépenses portent à la fois sur les frais de fonctionnement de l’Etat et sur les dépenses sociales.

Bien qu’une partie de la population semble avoir découvert, depuis le confinement, le bonheur d’être payée à ne rien faire, on sait que cette situation n’est évidemment pas tenable sur la durée parce que les salaires, qui continuent à être payés, le sont par le biais de la dépense budgétaire dans le cadre du système de l’indemnisation du chômage partiel ; et que la dépense budgétaire n’est pas indéfiniment extensible !

En l’état actuel des choses, et compte tenu de la pratique antérieure du gouvernement, la réduction des dépenses publiques semble pour l’instant exclue notamment parce qu’il faudrait s’attaquer au dur de la dépense publique, le périmètre de la fonction publique, dont sont issus la plupart des membres du gouvernement !

Par ailleurs, la réduction des dépenses sociales n’est pas non plus envisageable car elle serait perçue comme une provocation par leurs bénéficiaires qui sont en général la frange la plus pauvre de la population !

Cette option, alors que, paradoxalement pour un pays surendetté comme la France, elle devrait être une priorité, ne pourra donc être que l’ultime recours ; après l’épuisement de toutes les autres options … notamment afin de préserver une base électorale déjà très fragile.

II- l’emprunt

La capacité d’un Etat à maintenir un endettement important, voire très important, est directement liée à sa crédibilité à pouvoir rembourser ses créanciers ; c’est une question de confiance.

L’emprunt n’est donc possible que si la solvabilité budgétaire du pays est assurée et celle-ci ne peut être assurée qu’à deux conditions qui sont intimement liées :

-les investisseurs doivent estimer que la France sera toujours en mesure de rembourser ses dettes. Or, on sait qu’il y a une limite à l’extension indéfinie des déficits publics car, au-delà d’un certain seuil, le poids de la dette devient rédhibitoire. La méfiance fait qu’il y a alors une réticence des investisseurs à investir dans ce type de placement (de dette étatique) ; et il faut bien dire qu’avec une dette, au 31 décembre 2019, de 2.380 Md€ soit 98% du PIB, la France ne s’est pas placée dans la meilleure des positions pour affronter une crise !

-la dette doit rester « sous contrôle » ; ce qui présuppose que les taux d’intérêt doivent rester faibles à nuls. En effet, si les taux se mettaient à augmenter, nous nous situerions alors dans un cas de figure « à la grecque » ; avec une dette qui progresserait trop vite, de manière totalement incontrôlée, pour pouvoir être remboursée et ce cas de figure serait le préalable proche à un défaut pur et simple du pays sur sa dette.

Cela permet de rappeler que la persistance de dettes très importantes est toujours un problème pour le débiteur car elle le met à la merci de ses créanciers et il faut ici, encore une fois, fustiger l’imprévoyance des autorités françaises qui ont clairement refusé d’améliorer la situation budgétaire et financière du pays.

En effet, un pays surendetté a nécessairement beaucoup moins de moyens de réaction face à une crise de grande ampleur. Mais il est vrai que nos élites, très auto centrées et narcissiques, ont toujours considéré détenir la vérité et maitriser la situation ; situation qui leur échappe désormais totalement et qu’elles ne compensent que par une augmentation significative des contrôles et de la répression.

Il y a bien entendu quelques effets pervers :

La présence d’une dette très importante et en expansion constante constitue un frein à l’activité économique car, même avec des taux très bas, elle pèse sur le budget et entraine fatalement des prélèvements fiscaux qui ne font que s’alourdir.

Au début on emprunte pour des investissements, ensuite on emprunte pour payer des frais généraux, ensuite on emprunte pour rembourser les emprunts antérieurs puis à la fin on emprunte pour payer les intérêts des emprunts antérieurs. Le mécanisme de la dette et du surendettement est implacable !

Evidemment, plus la fiscalité est lourde et plus la croissance économique est faible …

Enfin, la persistance des taux à zéro va finir par laminer les revenus du patrimoine et par couler aussi toutes les activités bancaires et d’assurance-vie dont la profession est de gagner de l’argent sur des différences de taux !

Ce sont évidemment toutes ces considérations qui ont amené E Macron à se faire récemment l’ardent défenseur des « coronabonds » qui seraient des €obligations souscrites par l’Union Européenne, elle-même, et non pays par pays comme c’est le cas actuellement.

La dette serait alors à la charge de l’Union Européenne et tous les problèmes évoqués ci-dessus se trouveraient « par magie » neutralisés !

Cette possibilité n’existe pas actuellement dans les traités européens et il faudrait donc opérer une modification à cet égard.

Il est certain qu’un emprunt par l’Union Européenne directement, comme le font les USA, permettrait d’assurer la solvabilité budgétaire des pays membres mais elle présente un grave inconvénient : elle organiserait à terme un transfert des excédents des pays vertueux pour combler les déficits de pays dépensiers car à la fin ce seraient nécessairement les premiers qui paieraient à la place des seconds qui ne le pourraient pas ou trouveraient tout un tas de « bonne raisons » pour ne pas le faire !

Et de cela, les pays de l’Europe du nord, Allemagne et Pays-Bas en tête, ne veulent pas car ils n’ont pas envie d’être coresponsables des dettes des pays les plus endettés qui ne veulent faire aucun effort et de voir ainsi leur épargne disparaître dans les tonneaux des Danaïdes français et italien !

C’est à ce niveau-là que l’on touche du doigt les effets délétères des refus français et italien de remettre de l’ordre dans leurs finances publiques : les Etats vertueux du nord de l’Europe n’ont pas confiance et cela démontre une fois de plus que l’Union Européenne ne peut pas exister sans une coordination des politiques budgétaires et fiscales des pays membres.

Cette coordination aurait pour effet principal d’obliger des Etats comme la France et l’Italie à se soumettre à cette discipline budgétaire ; ce qui apparaît pour le moment totalement impossible, les dirigeants de ces pays trouvant toujours un argument pour justifier que ce « n’est pas le moment » !

Cela signifie tout simplement, qu’à terme, l’Etat français risque de se retrouver devant une impossibilité de financer par l’emprunt ses dépenses liées aux conséquences de la crise sanitaire.

Ne lui resteront alors que deux moyens d’action : La monétisation de la dette et la fiscalité.

Nous les examinerons dans un prochain article.

Bien cordialement à tous !

Licence de publication : La reproduction de cet article n’est autorisée qu’à la condition de le rependre en totalité, d’en rappeler l’auteur et le site originel de publication.

 

Dominique Philos

A propos Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, après un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis devenu Conseil Juridique, spécialisé en droit des affaires et fiscalité. L'Etat ayant décidé l'absorption des Conseils juridiques par les avocats, j'ai poursuivi mon activité en tant qu'avocat en droit fiscal et droit des sociétés spécialisé ... en divorces ; jusqu'à ce que je sois excèdé par les difficultés mises à l'exercice de mon activité professionnelle. J'ai démissionné du Barreau en 1998 et partage désormais ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, soucieux du respect des libertés individuelles, je suis un libertarien qui déteste l'Etat et son administration tentaculaire.

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3 réflexions au sujet de « La grande lessive de l’économie et des français (1/2) »

  1. C’est ce qui est enseigné dans les grandes écoles de notre République ….mais en théorie seulement….car nous n’étions pas suffisamment concernés jusqu’à présent semble t’il!
    Nous allons passer aux travaux pratiques..grandeur réelle!
    Ce qui éclairera les jeunes esprits des élèves de ces écoles, n’en doutons pas, .et leur donnera une leçon qui dans le futur leur servira d’exemple pour éviter de commettre les erreurs qui ont conduit à cette situation…qui s’annonce” très délicate” pour le moins!
    Alea jacta est!

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