La lutte contre les fake news et autres manipulations

Nous allons aborder aujourd’hui les intrications entre deux points sensibles pour le pouvoir : les fake news et l’interminable affaire Benalla.

Nous savons que E Macron et son gouvernement veulent faire voter une loi contre les fake news ; ces fausses nouvelles qui circulent sans contrôle sur Internet et qui empoisonnent la vie publique !

Un certain nombre d’arguments sont fournis à titre de justification et notamment celui principal selon lequel la population, présumée inapte à faire  le tri entre les informations disponibles, serait la victime d’opérations d’intoxication et de propagande qui fausseraient son jugement ; notamment en ce qui concerne sa vision des hommes (et femmes) de pouvoir, du gouvernement, du président ….et que cela pourrait notamment fausser le jeu normal des élections !

Ce faisant, il est clairement fait référence aux élections américaines qui ont vu la victoire de D Trump ; ce candidat, honni par les médias américains qui votent tous démocrate, ayant été élu, selon eux, à la suite de l’intervention de fake news d’origine russe et d’une collusion entre les équipes de Trump et ces mêmes russes. (On sait d’ailleurs que cette accusation vient de tomber à l’eau à la suite des conclusions déposées par le juge en charge de mener des investigations sur cette affaire).

Evidemment, même si cette volonté officielle de mettre un frein à la diffusion de fausses nouvelles peut sembler partir d’un bon sentiment, il faut se montrer extrêmement circonspect quant aux réelles intentions et motivations du pouvoir.

On sait en effet que la tentation du pouvoir, quelque soit le régime politique, est de contrôler l’information dans le but évident de contrôler les populations par le biais du contrôle de leurs pensées ; surtout que l’on sait que l’opinion publique est à la fois influençable, fragile et versatile.

E Macron n’échappe pas à la règle puisqu’il a récemment clairement affirmé qu’il souhait mettre en place, au-delà du service public de l’audio-visuel, (dont pourtant l’aspect à la fois tentaculaire, hypertrophié et coûteux est patent), un tel système de contrôle des journalistes.

Emmanuel Berretta, journaliste au Point, a ainsi rendu compte d’une déclaration de ce dernier :

“Le bien public, c’est l’information. Et peut-être que c’est ce que l’Etat doit financer. Le bien public, ce n’est pas le caméraman de France 3. Le bien public, c’est l’information sur BFM, sur LCI, sur TF1, et partout. Il faut s’assurer qu’elle est neutre, financer des structures qui assurent la neutralité. Que pour cette part-là, la vérification de l’information, il y ait une forme de subvention publique assumée, avec des garants qui soient des journalistes. Cette rémunération doit être dénouée de tout intérêt. Mais quelque part, cela doit aussi venir de la profession.”

On comprend dès lors bien que ce que souhaite E Macron : C’est le contrôle pur et simple des journalistes et de l’information ; ce que l’on peut résumer par la tentation de la Pravda (vérité en russe).

Or, là où cette déclaration prend tout son sens, c’est lorsque l’on apprend, au détour d’une page Web, qu’il y aurait eu quelques petites manipulations à l’origine de la ténébreuse affaire Benalla.

Et, savez-vous qui serait à l’origine de cette opération ?

Monsieur Ismael Emelien, ce conseiller très spécial du président à la pensée magique mais totalement hors sol, qui vient de quitter les services de l’Elysée et qui vient de se répandre dans un livre au contenu à la fois douteux et inquiétant.

De quoi s’agit-il ?

Vous vous souvenez sans doute que l’affaire Benalla prend sa source dans une échauffourée intervenue le 1er mai 2018 entre un couple et le sieur Benalla, garde du corps du président.

La version officielle de l’évènement a eu quelques difficultés à s’élaborer puisqu’on a présenté, à l’Élysée, au départ la rixe comme étant une agression de M Benalla par ce couple qui a d’ailleurs été placé en garde à vue … avant que finalement on ne reconnaisse en haut lieu que ce ne serait peut-être pas tout à fait comme ça que cela se serait passé !

Des vidéos prouvaient en effet le contraire ….

Or, le journal Le Monde vient de révéler que M Emelien « a fait diffuser un montage vidéo trompeur pour tenter d’excuser Benalla » !

Bien que l’article du Monde soit réservé aux abonnés, vous pouvez prendre connaissance de son contenu par le biais des liens renvoyant vers le Huffington Post.

A la lecture de l’article on comprend que, selon Emelien, il fallait convaincre l’opinion que Benalla n’a fait que répondre à l’extrême violence des manifestants. Il “trouve” alors des images censées disculper son collègue et les fait parvenir à Pierre Le Texier, le responsable du “pôle e-influence” d’En Marche! de l’époque. Ce dernier posséde de nombreux comptes Twitter, dont un anonyme baptisé ”@Frenchpolitic”.

L’Élysée va donc organiser la fuite de la vidéo en question …

On peut donc voir, dans un premier extrait, le jeune couple de la Contrescarpe lancer des projectiles sur les policiers présents sur la place, juste avant qu’Alexandre Benalla n’intervienne.

Ces images ont été obtenues par Emelien auprès de la Préfecture de Police de Paris et de son système de vidéosurveillance. Emelien aurait donc ajouté cette séquence -sur laquelle on voit un homme très agité poursuivre un policier avec une chaise à la main- au montage et envoyé le tout à Pierre Le Texier qui le publie via son compte anonyme @frenchpolitic le 19 juillet à 13 heures.

Le tout avec cette légende: OK, même si ce n’était pas à Alexandre Benalla de le faire, ne faisons pas passer cet étudiant pour un garçon bien sous tous rapports. C’était un individu violent qui était sciemment venu place de la Contrescarpe pour casser du flic.”

La conseillère « presse » d’Emmanuel Macron aurait proposé, dans le même temps à plusieurs journalistes de prendre connaissance de ce montage, pour voir “que Benalla n’est pas celui qu’on dit.”

Cette conseillère est la bientôt célèbre Sibeth Ndiaye, devenue, depuis le dernier remaniement ministériel, porte parole du gouvernement (en remplacement de M Griveaux) et qui, interrogée sur des propos rapportés par l’hebdomadaire L’Express en juillet 2017 avait déclaré : « J’assume parfaitement de mentir pour protéger le président. »

Le problème est que la personne qui poursuit le policier avec une chaise n’est absolument pas le jeune homme dit “de la Contrescarpe.”

On se situe donc clairement dans le cadre d’une opération d’intoxication et de tentative de manipulation de l’opinion via les reseaux sociaux !

Selon Le Monde, il apparaît clairement -grâce notamment à la luminosité- que les images ont été tournées le soir, quelques heures après l’intervention de Benalla. Par ailleurs, les deux hommes ne sont pas habillés de la même façon. Fait que ni le montage, ni la légende de Pierre Le Texier ne précisent à aucun moment.

Interrogé dans “C à vous” (France 5), sur cet aspect de la tentaculaire affaire Benalla, l’ex-conseiller du président de la République a indiqué qu’il ne savait pas que l’homme du deuxième extrait n’était pas celui qui avait subi les coups de l’ancien chargé de mission à l’Élysée. “Vous savez, sur Twitter, c’est un peu la règle”, a-t-il admis au sujet de l’utilisation de comptes anonymes.

Cette affaire, dont on est encore loin de connaître tous les développements à la fois délirants et inquiétants, m’amène à tirer trois conclusions que je livre à votre réflexion :

– Internet permet à l’information de circuler, sans contrôle de la part du pouvoir ; évidemment au grand dam de ce dernier qui voit ses petites magouilles révélées au public.

– le pouvoir souhaite donc évidemment contrôler Internet pour pouvoir contrôler l’information; et cela n’est pas acceptable.

– parallèlement, et malgré des déclarations lénifiantes, le pouvoir n’hésite pas à utiliser lui-même des techniques de manipulation de l’information à des fins politiques ; c’est à dire clairement à utiliser les fake news !

Le cynisme du pouvoir n’a décidément plus de limites … et il ne faut dès lors pas s’étonner du discrédit de la classe politique dans son ensemble et d’E Macron en particulier car on ne pourra pas me faire croire que le conseiller spécial de l’Élysée a pris l’initiative de se livrer à pareille manipulation sans, au minimum, en avertir l’homme qui veut tout contrôler ; à savoir le président de la république !

Précision ultime : j’ai vérifié, cette histoire n’est pas un poisson d’avril … malheureusement !

La liberté de la presse et d’Internet reste donc absolument indispensable au fonctionnement d’une démocratie moderne car elle constitue un contrepouvoir et une limite aux manipulations du pouvoir.

Il faudrait être bien naïf pour croire le contraire !

Bien cordialement à tous !

 

Dominique Philos

A propos Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, après un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis devenu Conseil Juridique, spécialisé en droit des affaires et fiscalité. L'Etat ayant décidé l'absorption des Conseils juridiques par les avocats, j'ai poursuivi mon activité en tant qu'avocat en droit fiscal et droit des sociétés spécialisé ... en divorces ; jusqu'à ce que je sois excèdé par les difficultés mises à l'exercice de mon activité professionnelle. J'ai démissionné du Barreau en 1998 et partage désormais ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, soucieux du respect des libertés individuelles, je suis un libertarien qui déteste l'Etat et son administration tentaculaire.

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