La Mède, la cuisine à l’huile (*) !

Tous les marseillais connaissent la raffinerie de la Mède située le long de l’autoroute qui mène à Martigues et qui était réputée pour ses odeurs nauséabondes !

L’expression locale était : à la Mède ça sent la Me*de !

Depuis l’année dernière, Total propriétaire de l’installation, a obtenu la possibilité de convertir cet établissement afin de fabriquer du biocarburant à base d’huile de palme. Cette raffinerie doit traiter 650.000 tonnes d’huiles et s’approvisionner en huile de palme “durable et certifiée” à hauteur de 300.000 tonnes au maximum.

Et, pour faciliter la conversion du site, une faveur fiscale avait été consentie ; à savoir l’exonération de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) au même titre que les autres agro carburants.

On peut rappeler à cette occasion que le carburant auto distribué dans les stations comporte une adjonction, jusqu’à 10%, d’agro carburants ; à savoir d’huile végétale pour le diesel (issu de l’huile de palme, du tournesol et du Colza) et d’éthanol (issu de la Betterave et de céréales) pour l’essence 95/98.

Ces derniers jours, ce site industriel qui emploie 300 personnes a fait les frais de quelques vicissitudes judiciaires, parlementaires et gouvernementales …

Le 11 octobre, le Conseil constitutionnel a rejeté le recours du groupe pétrolier Total contre la loi de finances pour 2019 qui prévoyait la fin de l’avantage fiscal accordé aux agro carburants à base d’huile de palme à compter du 1er janvier 2020.

Total, qui s’estimait lésé, jugeait que la France avait sur-transposé la directive européenne sur les énergies renouvelables. Il dénonçait une différence de traitement injustifiée entre l’huile de palme et les autres plantes oléagineuses entrant dans la fabrication des agro carburants.

Total a alors intrigué dans les couloirs de l’Assemblée Nationale pour obtenir le rétablissement de cet avantage fiscal jusqu’en 2026. Quelques élus locaux sont aussi intervenus au nom de la préservation de l’emploi.

Un amendement est donc passé nuitamment et a rétabli cet avantage fiscal.

Il en est alors résulté une grande agitation médiatique et une reculade du gouvernement !

Les écolos sont montés au créneau pour hurler à la trahison écologiste et le gouvernement a demandé une seconde délibération aux termes de laquelle l’avantage fiscal a de nouveau été supprimé !

Au-delà de l’incohérence apparente de cette histoire, il y a lieu de se poser quelques questions …

Energie fossile versus énergie verte mais énergie

Cela fait maintenant pas mal de temps qu’on nous explique qu’il ne faut plus utiliser les énergies fossiles polluantes et qu’il faut engager la transition écologique.

Outre le fait qu’on ne sait absolument pas vers quoi on doit transiter, la doxa officielle est d’utiliser les agro carburants ou biocarburants aux lieu et place de l’essence ou du gazole.

On peut tout d’abord légitimement se poser la question de savoir s’il convient, d’une manière générale, de convertir des terres agricoles pour la production de produits qui seront mis dans les réservoirs des véhicules fonctionnant avec des carburants (trains, camions, voitures).

Mais, cette orientation souffre une dérogation : pas l’huile de palme car les palmiers à huile seraient plantés après déforestation des zones tropicales. Or, il ne faut pas couper les arbres, car ce n’est pas … écologique …. sauf quand il faut alimenter une centrale thermo-électrique.

Le problème est que la question est relativement plus complexe notamment parce que le palmier à huile permet des rendements relativement importants comparativement au soja, au colza voire même au tournesol et que la déforestation intervient aussi pour de toutes autres causes (incendies, cuisine au bois, plantation au Brésil de canne à sucre pour faire de l’éthanol).

Industrie versus démagogie

Le gouvernement a fait piteusement machine arrière dans une affaire où, il faut le rappeler, on avait accordé à Total une dérogation fiscale en échange de la préservation locale de l’emploi.

Il a donc demandé aux députés de délibérer à nouveau et de revenir sur leur vote ; ce qui fut fait, le petit doigt sur la couture du pantalon !

Fidèle à son habitude, le gouvernement a fait montre d’une hésitation et d’un manque de cohérence aboutissant, une fois de plus, à ce que tous les industriels reprochent à la France ; l’instabilité fiscale avec cette question lancinante : peut-on faire confiance au gouvernement français qui dit blanc un jour et noir le lendemain ?

Que va-t-il se passer ?

Au-delà de la soumission totale des élus nationaux aux incohérences gouvernementales, Total se retrouve donc aujourd’hui avec un établissement dont l’économie a été bouleversée du fait de la remise en question des avantages fiscaux concédés initialement.

Total va sans doute fermer cet établissement s’il n’arrive pas à obtenir satisfaction (on parle de 70 millions €) et licencier plusieurs centaines de personnes.

Quelle est la bonne décision ?

On se perd en conjectures et on retrouve là l’influence néfaste des idéologues d’une écologie sélective conçue comme une religion !

Il faut transiter vers les ENR parce que le charbon, le pétrole et le gaz polluent mais on ne doit pas non plus utiliser l’énergie nucléaire qui est pourtant totalement décarbonée ; parce que le nucléaire c’est la bombe, l’armée, les radiations, Tchernobyl, Hiroshima, la fin du monde !

On doit donc utiliser les biocarburants (qui bénéficient d’une exonération fiscale) tels que colza, tournesol mais pas l’huile de palme parce qu’on coupe des arbres pour planter des palmiers à huile sans savoir quel est l’impact climatique de la plantation de ces arbres !

Se mèlent à la discussion les betteraviers du nord de la France qui sont … contre l’huile de palme pour des raisons purement économiques parce qu’elle ferait concurrence à leur propre production !

On organise donc une différence de traitement entre l’huile de palme et les autres agro carburants ; ce qui revient, de facto à l’interdire en tant qu’agro carburant … sans aucune justification.

Quelle utilisation pour l’huile de palme ?

Le problème c’est que l’huile de palme se retrouve partout et principalement dans l’alimentation et au premier chef dans le Nutella si prisé des consommateurs ! Elle est aussi présente dans une infinité de produits alimentaires industriels (plats cuisinés, margarines) car l’huile de palme est bon marché et l’interdire mettrait en péril tout un secteur économique !

Ainsi donc, l’huile de palme ne sera pas autorisée dans les réservoirs mais l’est dans les assiettes !

Nous sommes donc en présence d’une appréciation sélective de la déforestation alors que, de leur côté, les ONG écolos réclament des produits d’origine certifiée tout en expliquant qu’en ce qui concerne l’huile de palme, ces certificats ne … valent rien ; ce qui est une manière de dire qu’on est contre quelque soit l’argument ou la réalité de la situation.

Par ailleurs, on n’entend nulle protestation lorsque la déforestation intervient pour planter des cacaoyers ou des plants de café …et nul émoi non plus lorsqu’il s’agit de saccager des territoires entiers pour extraire du lithium pour les batteries de voitures électriques ou de smart phones …

Seulement, le gouvernement n’a pas su le dire pour des raisons tenant essentiellement à la lâcheté mais aussi au calcul politique car devant la contestation générale qui monte, il pense que ce n’est sûrement pas le moment de se mettre aussi à dos les écolos !

Issue ou impasse ?

Total va évidemment se lancer dans un chantage (légitime ou non, là n’est pas la question) à l’emploi ; ce qui a amené la ministresse de l’écologie à déclarer : “Ce que dit l’entreprise est qu’elle veut un délai pour adapter ses pratiques. Je crois qu’il faut qu’on regarde avec elle si c’est possible d’acheter de l’huile de palme qui ne déforeste pas”.

Monsieur de la Palisse n’aurait pas mieux dit !

Les autres pays de l’Union Européenne ont une approche plus pragmatique puisqu’ils maintiennent la fiscalité favorable jusqu’en 2030.

Ainsi donc, encore une fois, nous allons sauver la planète, à nous tous seuls, à grands coups de taxes … car c’est sûr, la déforestation s’arrêtera net grâce à la suppression de cette exonération fiscale.

N’y aurait-il pas, dans toute cette agitation, une légère incohérence ?

Je me permettrai donc de reprendre, à mon compte, le commentaire d’un blogueur :

« vous pouvez critiquer Total si :
-vous ne chauffez votre logement ni au fuel ni au gaz,
-vous n’utilisez pas de voiture thermique,
-vous ne prenez jamais l’avion,
-vous n’achetez pas de biens de consommation qui ont voyagés en camion, cargo ou avion,
-vous consommez seulement des produits frais de saison et produits localement.
Dans le cas contraire, vos critiques contre Total n’ont pas de sens car vous avez besoin de leurs produits. »

En tout état de cause, si le site ferme, les 300 salariés concernés seront ravis d’apprendre que, grâce au sacrifice de leur emploi, ils ont sauvé la planète !

(*) Je n’ai évidemment pas choisi ce titre par hasard. C’est un clin d’œil au film « la cuisine au beurre » tourné à Martigues avec Fernandel et Bourvil … à quelques km de la Mède.

Bien cordialement à tous !

Licence de publication : la publication de cet article n’est autorisée qu’à la condition de le reprendre en totalité, d’en rappeler l’auteur et le site originel de publication.

Dominique Philos

A propos Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, après un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis devenu Conseil Juridique, spécialisé en droit des affaires et fiscalité. L'Etat ayant décidé l'absorption des Conseils juridiques par les avocats, j'ai poursuivi mon activité en tant qu'avocat en droit fiscal et droit des sociétés spécialisé ... en divorces ; jusqu'à ce que je sois excèdé par les difficultés mises à l'exercice de mon activité professionnelle. J'ai démissionné du Barreau en 1998 et partage désormais ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, soucieux du respect des libertés individuelles, je suis un libertarien qui déteste l'Etat et son administration tentaculaire.

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3 réflexions au sujet de « La Mède, la cuisine à l’huile (*) ! »

  1. je METS dans la même assiette les escrocs-logique et les éco-logiste et leur décerne le même benêt d’âne , vert bonnet ou bonnet vert .
    on va leur envoyer jadot après arraisonner des bateaux il va torpiller des usines

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