La somme de toutes nos incohérences

Le projet de réforme des retraites constitue un véritable révélateur des travers de la société française.

C’est en effet, le moment où l’on voit les profiteurs du système sortir du bois et jouer les moralisateurs.

A tout seigneur, tout honneur, le concepteur de la réforme : JP Delevoye, l’apparatchik, le haut-commissaire aux Retraites auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, le haut fonctionnaire à la retraite,  l’ancien président du CESE (ancien conseil économique et social) l’ultra cumulard qui collectionne tellement de postes et de fonctions (il y en aurait 13) qu’il oublie de les déclarer auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) ; certaines exercées en violation même de dispositions constitutionnelles qui interdisent toute activité professionnelle aux membres du gouvernement.

Et, désormais, pris au piège de ses omissions volontaires ou …pas, il fait dans le « Retenez-moi ou je fais un malheur » en parlant de démissionner… lui, le haut fonctionnaire  qui se croit indispensable et qui accumule les fonctions de manière compulsive et qui a conçu un système complexe et inutile, dans la digne lignée d’Alexandre Parodi « l’inventeur » de la retraite par répartition.

A son propos, on nage dans le conflit d’intérêts permanent mais ceux qui sont dérangés n’ont qu’à fermer les yeux ou … regarder ailleurs !

La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a reconnu récemment n’avoir pas indiqué à la même HATVP ses parts dans trois logements, peu après son entrée au gouvernement, à l’été 2017. Le montant total de ces biens immobiliers s’élève tout de même à 336 000 euros. La ministre se défend en estimant qu’aucune faute grave ne lui a été reprochée (responsable mais pas coupable) ; défense un peu facile mais qui m’inquiète quand même : elle aurait une si mauvaise mémoire qu’elle en oublierait 3 appartements !

Peut-être devrait-elle songer à prendre sa retraite de … haut fonctionnaire (elle est professeur de droit public) ?

Nous avons aussi Martine Aubry qui n’a pas pu s’empêcher de sortir du bois pour venir prononcer son petit couplet sur la justice et l’équité et nous faire part de sa réaction indignée, mais néanmoins affligeante, à propos de cette réforme des retraites ; tout en « oubliant » de parler de ses rémunérations, de ses cumuls, du montant de ses retraites de haut-fonctionnaire (elle est énarque maitre des requêtes au conseil d’Etat) cumulées avec celles de ministre. Vous vous souvenez de ce dinosaure du PS, de cette apparatchik qui a mis en grave difficulté les entreprises françaises avec sa désormais célèbre mais mortifère « loi sur les 35 h ». Désormais maire de Lille (payée 8.100 € par mois), elle vient nous parler de solidarité sans en avoir aucune autre que celle des bonnes paroles qui endorment le bon peuple mais en n’oubliant pas de … profiter très largement des prébendes de la république !

En ce qui concerne les grévistes, on est obligé de faire le constat habituel ; à savoir que ce sont toujours les mêmes qui bloquent le pays : les employés du secteur public (au nombre desquels on compte les cheminots de la SNCF, les traminots de la RATP, les enseignants).

Leur discours revendicatif  est appuyé sur un diptyque bien rôdé : Pour avoir des droits supplémentaires, ils invoquent la solidarité de tous et quand il s’agit de conserver des privilèges exorbitants, ils nous parlent de défense des droits acquis …

Mais il ne faut pas être dupe : le but du mouvement  social est seulement d’obtenir que les salariés du privé travaillent jusqu’à 64 ans, ou plus si nécessaire, pour percevoir une retraite de 1.400 € par mois afin que eux, salariés du secteur public puissent partir avant 57 ans avec une retraite de 2.800 (SNCF) à 3.700€ (RATP) par mois.

On nous a assuré que le régime nouveau serait universel. Effectivement il sera universel car :

Les policiers, après négociation ont obtenu de la part de Ch. Castaner, leur ministre de tutelle, une dérogation quant à leur régime spécial qui sera … maintenu

Les enseignants, après négociation, ont obtenu de la part de JM Blanquer, leur ministre de tutelle le maintien de leur niveau de pension et une … petite rallonge budgétaire de 10 mds € pour doper les rémunérations …sans qu’on leur demande aucune justification quant à l’efficacité de leur travail alors que nous assistons à l’effondrement, suivant une courbe constante, du niveau scolaire.

Pour le reste, on nous parle de la « clause du grand père » sans savoir si elle entrera en application. Il s’agit, je vous le rappelle, du report de l’effectivité de la réforme aux seuls nouveaux entrants ; c’est à dire que les bénéficiaires actuels continueront à bénéficier de l’ancien régime à leur départ en retraite. Autrement dit, c’est un système de retraite par extinction de leurs bénéficiaires qui ne deviendra effectif au mieux que dans au moins 40 ans ; autant d’années pendant lesquelles il faudra continuer à combler des pertes abyssales (3,5 mds € par an) ! C’est bien le maintien de privilèges improprement appelés « droits acquis » !

On n’a aucune idée à propos du calcul des points ; mais il existe un précédent fâcheux avec les caisses de retraites complémentaires privées qui, il y a quelques années, ont dévalué le point dans le but de diminuer les pensions parce les réserves diminuaient dangereusement. Car les retraites complémentaires du privé sont déjà calculées en nombre de points !

On n’a pas plus d’idée à propos du calcul de la retraite sur la totalité de la carrière alors qu’elle est calculée sur les 25 dernières années dans le privé et sur les 6 derniers mois (donc les meilleures années) pour les salariés du public,

On nous dit que l’âge de départ en retraite ne sera pas modifié, puis qu’il sera porté à 64 ans mais que finalement …c’est négociable !

De dérogations en dérogations, cette réforme va être vidée de sa substance alors que le problème du gouvernement (et d’E Macron) c’est qu’il ne peut pas retirer son projet s’il ne veut pas perdre la face ; compte non tenu du fait qu’il risque ne plus jamais pouvoir prétendre à aucune mesure de quelque nature que ce soit !

En fait, le seul point où ce « nouveau » système de retraite sera vraiment universel c’est qu’il sera entièrement sous le contrôle de l’administration d’Etat !

Pour le reste, les salariés du privé continueront, en toute égalité et solidarité, à payer pour les retraites du public… comme avant. Par contre, leurs réserves de 130 mds € seront bien siphonnées par l’Etat pour … boucher les trous du secteur public !

Conclusion, la France est au bout du rouleau, au bord de la faillite, tous les services publics sont en panne ou en pleine déconfiture mais visiblement les mêmes, toujours les mêmes,  continuent à se gaver, à profiter, à mettre les mains dans le pot de confiture de la dépense publique.

Mais E Macron a su montrer l’exemple en distribuant 12mds € aux gilets jaunes pour faire cesser leur mouvement !

Alors, pourquoi se gêner !

Cette réforme des retraites, qui n’en finit pas de nous procurer son lot quotidien de « bonnes nouvelles », est une mauvaise réforme, mal conçue, mal ficelée, mal présentée et qui va couter une fortune pour un résultat insignifiant avec des dérogations à répétitions pour tous les salariés du secteur public.

Pour une réforme … ça c’est une vraie réforme !,

Le désastre se profile à l’horizon et nos technocrates, sûrs de leurs certitudes mais dépourvus de tout sens pratique, sont pris au piège de leur présomption et de leur vanité. Ils prennent désormais peur devant l’accumulation des conflits et essaient désormais, par tous les moyens, c’est à dire avec vos impôts, d’endiguer le mouvement en utilisant la technique habituelle : la dépense publique !

Car, la dérive des comptes publics est certaine. On pressent en effet que, pour acheter un accord et faire croire à un semblant de réforme, le pouvoir va accorder des « compensations » dont le résultat le plus immédiat sera d’importantes revalorisations salariales pour les salariés du secteur public ; sans aucune contrepartie en termes de productivité ou d’efficacité.

C’est d’ailleurs une technique bien rodée puisque déjà, sous la présidence de N Sarkozy, qui n’était pourtant pas fonctionnaire, la technocratie s’était « attaquée » aux régimes spéciaux (EDF, SNCF notamment) avec pour seul résultat un cout absolument faramineux mais une modification à peine visible du système !

On peut aussi évoquer la fameuse réforme des régions faite du temps du mentor de notre président, F Hollande ; laquelle n’a servi absolument à rien mais a couté une fortune !

La France est un pays formidable … bloqué dans ses contradictions, otage de son secteur public et qui continue à vivre au-dessus de ses moyens !

En fait et en l’occurrence, la seule réforme  nécessaire était bien celle du seul secteur public mais nos hauts fonctionnaires étaient trop intelligents pour le comprendre ; et l’expérience nous montre que, jusqu’ici, ils sont totalement incapables de la faire.

Car, oui, cela s’appelle de l’incompétence !

Tout cela est à la fois dérisoire et lamentable …

Ah oui, vous n’oublierez pas de remercier en temps utile E Macron, l’initiateur, l’instigateur de ce fiasco dont vous paierez les conséquences !

Bien cordialement à tous !

Licence de publication : la reproduction de cet article n’est autorisée qu’à la condition de le reprendre en totalité, d’en rappeler l’auteur ainsi que le site originel de publication.

Dominique Philos

A propos Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, après un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis devenu Conseil Juridique, spécialisé en droit des affaires et fiscalité. L'Etat ayant décidé l'absorption des Conseils juridiques par les avocats, j'ai poursuivi mon activité en tant qu'avocat en droit fiscal et droit des sociétés spécialisé ... en divorces ; jusqu'à ce que je sois excèdé par les difficultés mises à l'exercice de mon activité professionnelle. J'ai démissionné du Barreau en 1998 et partage désormais ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, soucieux du respect des libertés individuelles, je suis un libertarien qui déteste l'Etat et son administration tentaculaire.

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9 réflexions au sujet de « La somme de toutes nos incohérences »

  1. Vous avez malheureusement raison : ce sont les salariés du privé qui vont être encore un peu plus spoliés. La CFDT ne veut pas de l’âge pivot passe de 62 à 64 ans mais, pourtant, ce même syndicat a été d’accord sur le recul déguisé de l’âge de départ en votant la loi sur l’attribution de la retraite complémentaire à taux plein. En effet, à partir du 1er Janvier 2019, les salariés du privé nés après 1957 subiront pour la première fois le malus de la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO. Le malus réduit de 10% pendant trois ans la retraite complémentaire des personnes qui ont atteint la durée d’assurance du taux plein et souhaitent partir à l’âge légal de 62 ans. Repousser d’un an leur départ, donc à 63 ans, annule le malus. Aucun commentateur n’en parle mais cette loi est en application. Pourtant, l’Etat, les syndicats ouvriers et patronaux pouvaient, pour asseoir l’équilibre, utiliser les provisions faites (130 milliards). Quelle hypocrisie de parler vouloir garder 62 ans alors qu’ils ont signé pour cette réduction des droits à retraite complémentaire du privé! Les syndicats défendent les régimes spéciaux qui ont des retraites nettement plus avantageuses que les salariés du privé. Ces quelques chiffres le prouvent. Ils sont 17 % des effectifs des retraités mais touchent 28 % des 931 milliards des retraites versées soit 261 milliards. Si leurs régimes étaient alignés sur ceux du privé, ils toucheraient 158 milliards soit une réduction de 103 milliards. Mais, compte tenu de la puissance de nuisance qu’ont notamment les salariés de la SNCF et de la RATP et les enseignants en prenant les autres français comme otages, le gouvernement ne prendra pas encore cette fois le chemin vers plus de justice mais vers plus de précarité pour les salariés du privé

    1. Tout ce que vous dites est exact !
      Le report déguisé à 63 ans est une manière de repousser l’age de départ en retraite car la démographie démontre que la répartition est intenable sur la durée.
      Nous ne couperons pas à un report de l’age à 64 voire plus – Pour l’instant seule la lacheté des dirigeants les empèche de le dire ouvertement.
      En ce qui concerne le public, il n’y a aucune raison ni aucune justification qu’il y ait compensation de leurs régimes déficitaires par le privé.
      Il faudra réduire leurs pensions ou alors qu’ils cotisent (beaucoup) plus.
      Quand on voit les problèmes que cela pose alors qu’il n’y a encore rien de fait, on peut se dire que ce n’est pas gagné !
      Cette histoire de retraite est une bombe dont la mèche a été allumée en 1981 … encore que je savais dès 1991, que la répartition était condamnée.
      Il y a une autre solution : permettre un basculement progressif vers la capitalisation pour compenser la diminution des pensions.
      Les jeunes de moins de 35 ans sont pour car ils savent que leurs cotisations sont versées en pure perte ; ce qui constitue une véritable escroquerie.
      Mais je ne suis pas sur que le gouvernement de technocrates soit encore prêt pour cette issue.

      1. Le déficit des régimes de retraite sera le plus fort entre 2025 et 2030 d’après le COR et correspond à l’impact du baby boum de l’après guerre 39 – 45. Ensuite, les régimes devraient s’équilibrer. Le déficit estimé par le COR et, pour bien des économistes, surestimé, serait de 7 à 17 milliards par an pendant ces 5 ans. Je ne partage pas votre fatalisme quant à l’obligation de retarder l’âge de la retraite. D’une part, parce que l’obligation de cotiser 42 années crée automatiquement un recul de l’âge réel de départ concrétisé par l’âge moyen actuel de départ de 63 ans et 2 mois. D’autre part, parce qu’un quart des personnes de plus de 60 ans sur le marché, seulement 1/4 travaillent et nous détenons le plus faible emploi au niveau européen de cette tranche d’âge et que cela rapporte peu. Le report à 62 ans de l’âge légal dans le régime privé le prouve : il a rapporté 2 milliards en 2017 et seulement 200 millions en 2018. Afin de trouver l’équilibre, d’autres solutions existent. 165 milliards de provisions des régimes privés faites justement dans le but de compenser la poussée démographique sont mobilisables. Si les régimes spéciaux étaient alignés aujourd’hui sur les régimes privés, cela coûterait 103 milliards de moins. Si la réforme tenait ses promesses démagogiques d’un système universel avec un alignement progressif, le déficit serait comblé et les retraites du privé pourraient être même améliorées car elles sont nettement inférieures à celles des régimes spéciaux. Le CICE 100 milliards depuis 2014), le CIE et les allégements de charges sociales aux entreprises vont représenter 40 milliards cette année et créent peu d’emplois. Ils ont permis en 5 ans, un doublement des dividendes versés, la France à capital égal rémunérant 2.5 fois plus ses actionnaires que l’Allemagne. En dégager 10 milliards ne devrait pas nuire à leur efficacité qui est pratiquement nulle. La dette sociale va bientôt finie d’être remboursée par la CSG. La partie libérée pourrait être injectée dans les versements des retraites. Et 10 milliards, c’est un demi point du budget de l’Etat, moins de 1 % d’économie sur la dépense des administrations publiques. Mais l’Etat préfère faire des économies sur les régimes de retraite du privé car ses salariés ont moins de moyens de pressions.

        1. Le gouvernement des fonctionnaires est incapable de remettre en cause les régimes spéciaux du public qui coutent une fortune …
          La réforme est pliée pour l’essentiel.
          Macron va encore sortir notre carnet de chèques pour payer le dérangement des fonctionnaires et agents du public ….
          Attention aux prévisions du COR : elles sont appuyées sur des prévisions TRES optimistes (5% de croissance et plein emploi qui n’ont aucune probabilité de réalisation.)
          Tous les pays d’Europe passent à la retraite à 65 voire 67 ans.
          La démographie est une science exacte et montre que la répartition ne passe pas …
          La rémunération des actionnaires n’est pas le problème ; le problème c’est le train de vie de l’Etat fonctionnaire et son incapacité totale à se réformer.
          Mon prochain article (en deux parties) va sérieusement évoquer cette question.

  2. En conclusion un rappel = Il parait que le nouveau système de retraite serait moins généreux suivant les syndicats surtout pour les fonctionnaires car l’ancien ne fait que réduire les revenus des retraités du secteur privé. Alors je pense que le problème c’est la gabegie française, la médiocrité a atteint un très haut niveau. Car en fait il n’y a pas entre les salariés d’égalité devant la retraite, les avantages sociaux, les congés, le temps de travail, la pénibilité…etc. Il n’y a pas de fraternité chacun défend son intérêt . Il y a moins de liberté les GJ et ces dernières années démontrent une régression. Les Politiques depuis 1970 sont responsables de cette médiocratie !
    Si rien n’est fait, la population du secteur privé devra encore apprendre à travailler plus au lieu de vivre pour nourrir cette médiocratie . Moralité la France était coupée en 2 maintenant elle est pliée en 4.
    Mais Le % de syndicalisation est très faible en France aux alentours de 7% dont 80% sont issue de la fonction Publique et de Grandes entreprises d’ETAT ou assimilées. La différence avec d’autres pays Européen voir même aux USA ou le % est de loin plus important.

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