L’hallucinante notice officielle pour fabriquer son masque. Elle doit être écrite encore par des fonctionnaires neuneu.

L’Académie de médecine exhorte au port du masque dès aujourd’hui. Bon courage si vous essayez d’en fabriquer en suivant le guide publié par l’Afnor !

Par Sophie Coignard

« Aux masques citoyens  », s’exclament les éminents experts de l’Académie de médecine dans un communiqué rendu public ce mercredi. « Attendre la date du 11 mai pour faire porter le masque aux Français, c’est accorder 3 semaines de répit au Sars-CoV-2 pour qu’il continue de se transmettre, c’est accepter plusieurs milliers de nouvelles infections, donc plusieurs centaines d’hospitalisations et plusieurs dizaines de morts supplémentaires », accusent-ils. Une pierre dans le jardin de l’exécutif, incapable de fournir en nombre suffisant cet objet indispensable depuis le début de l’épidémie, et coupable d’avoir changé de position à plusieurs reprises sur le sujet, au point de déconseiller par intermittence le port du masque.

À moins de trois semaines de la sortie du confinement, les pouvoirs publics ne sont toujours pas en mesure de fournir un masque à chacun. Suivre, dès aujourd’hui, les recommandations insistantes de l’Académie de médecine, c’est donc tenter d’en acquérir un ou, mieux, de le fabriquer soi-même.

Mais le diable est dans les détails. En l’espèce, dans les 36 pages de la notice « Afnor SPEC S76-001 ». Mis en ligne fin mars, ce document publié par l’Association française de normalisation (Afnor) se veut un guide de fabrication de masque, tant pour les particuliers que pour les entreprises. Pour le télécharger, il faut commencer par montrer patte blanche. Nom, prénom, code postal, statut, courriel (pour recevoir les mises à jour, au cas où les directives de fabrication évolueraient, croit-on comprendre…).

L’esprit d’audace à son meilleur !

Une fois les 36 pages disponibles, commence une lecture particulièrement indigeste, inaugurée par l’éditorial du directeur général de l’Afnor, tout souriant sur la photo, se félicitant de sa « mission d’intérêt général ». Il est rapidement précisé que « la responsabilité des signataires ne saurait être engagée à quelque titre que ce soit ». L’esprit d’audace à son meilleur !

Il est ensuite fait référence, pour les méthodes de test des produits fabriqués, à des textes réglementaires inconnus du grand public. Puis sont énoncées des mesures de « pression respiratoire » impossibles à effectuer par le commun des mortels. Mais la notice précise, dans un sursaut de réalisme, que « l’utilisation d’agrafe peut constituer un danger ou une nuisance pour l’utilisateur ». Un paragraphe est aussi consacré au « test de pénétration de la monocouche ou du composite multicouche ».

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Puis viennent les recommandations sur le « marquage ». Identification du fabricant et mention de la phrase magique : « Ce dispositif n’est ni un dispositif médical au sens du Règlement UE/2017/745 (masques chirurgicaux), ni un équipement de protection individuelle au sens du Règlement UE/2016/425 (masques filtrants de type FFP2). » Face à cette avalanche, une pause s’impose : le lecteur n’en est encore qu’à la page 14…

Haut les cœurs, et à vos machines à coudre !

Vous êtes bien en France…

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Une réflexion au sujet de « L’hallucinante notice officielle pour fabriquer son masque. Elle doit être écrite encore par des fonctionnaires neuneu. »

  1. Nous étouffons sous le poids de la bureaucratie qui cultive l’art de rendre compliqué ce qui est simple, et comme disait ADLER, le simple est génial. Mais il faut bien que l’AFNOR nous montre qu’elle est le garant du respect des normes et de leur rédaction, que tous les contrôleurs aient de quoi exercer leur pouvoir de répression. Cette lourdeur étouffe nos entreprises, nos agriculteurs, etc. Nous sommes les champions en réussissant à mettre en place plus de normes que celles édictées par l’UE!!!!

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