UN BANAL CONTROLE FISCAL (EXTRAIT 5)

…Pendant les deux mois qu’il nous a squatté,  notre service comptable et une partie de notre secrétariat furent occupés quasi complètement à satisfaire les innombrables demandes de Mace.
« Pouvez-vous m’apporter ceci ou cela.
A quoi correspond ceci ou cela…
Et patati et patata »
Souvent ce cher Monsieur M. Mace venait accompagné d’une ou deux jeunes filles. On les aurait dits, tous sortis du même moule.
Moule dans lequel, on avait dû oublier d’inclure la dose de perlimpinpin qui donne accès à l’humour et au sourire.
Peut-être était-il très rigolo dans sa famille ou au bureau avec ses collègues où ils devaient certainement se raconter des histoires de contribuables qu’ils avaient « redressé ».
D’entrée, à son air agressif, nous avions compris que ce deuxième contrôle, ne serait pas des plus sympathiques.
Il n’était pas venu pour compter les pattes des mouches.
Il demandait à Laurent des montagnes de documents qu’il regardait à peine et ses réflexions étaient pleines de sous-entendus désagréables.
C’était le petit fonctionnaire dans toute son horreur, imbu de sa personne, « pénétré  de sa mission » et qui sait surtout qu’il a le pouvoir de vous faire chier. Et qui ne s’en prive pas.
Lorsque mi-décembre, après deux mois d’une pression quotidienne,  il nous annonça son départ, ce fut un soulagement général au bureau.
C’est certain, nous ne le regretterions pas.
Peut-on regretter la vérole ?
Nous pouvions recommencer à bosser sereinement.
Un bonheur ne venant jamais seul, pendant son séjour chez nous, chaque associé eut droit à un petit cadeau supplémentaire, un beau contrôle fiscal perso, histoire de nous perturber un peu plus et de nous « distraire » de notre boulot.
L’intermède fut de courte durée.
Mace était à peine parti, qu’il nous envoya le 23 décembre (veille de Noël, merci du cadeau) sa notification de redressement.
Il nous l’avait concocté fissa. Ce devait être le Superman du calcul du redressement.
Je pense, plus bêtement, maintenant avec le recul et en sachant tout ce que je sais sur leurs méthodes,  que ce redressement était prévu bien à l’avance et que les jeux étaient faits avant qu’il vienne.
Nous avions à peine respiré de soulagement par son départ, que la respiration nous fut coupée en lisant le montant colossal et les motifs de notre redressement.
L’oxygène nous manqua.
Nous étions abasourdis de lire un tel tissu d’arguments fumeux, basé sur des suppositions tirées par les cheveux, qui au fil des lignes devenaient des affirmations et tout naturellement se transformaient en preuves de notre énorme fraude. Mace devait être le fils caché de Merlin.
Nous pouvons dater le début de notre chute à ce jour-là.
Nous ne le savions pas, mais nous étions déjà morts car nous aurons la folie de contester ce « redressement ».
Ce ne sera qu’une question de temps.
Nous nous battrons, comme la chèvre de Monsieur Seguin, jusqu’à la fin. Celle-ci surviendra fin 2009.
Combat aura duré 12 ans, mieux que la chèvre…

Ce fut bien sûr, chez nous, réunion sur réunion.
Les arguments du redressement étaient tellement risibles et grotesques que nous finissions par en rire, persuadés que nous étions de pouvoir, sans difficulté, démontrer grâce aux preuves que nous, nous avions, la fausseté des motivations de ce redressement.
Il suffisait de les produire et tout s’arrêterait.
Nous en étions persuadés. Pauvres crétins que nous étions !
Vu notre ignorance sur la marche à suivre, il fut décidé, par « sécurité »,  de prendre un conseiller fiscal : Guy Laubin.
Dans notre naïveté, nous avons donc contesté le redressement.
En le contestant, nous avons ouvert les portes de l’enfer.
A partir de cette contestation, une avalanche de missiles envoyées par Mace et consort nous tomba, sans prévenir, sur la tête. Elles arrivaient de tous côtés.
Notre activité principale dû changer de registre. Nous avons été obligé de nous adapter et nous sommes passés, en un an, de la gestion normale d’une entreprise à une gestion de crise permanente, uniquement provoquée par le fisc et son harcèlement tout azimut et sans fin.
Lors de notre contrôle sur place, Mace nous avait laissé entendre qu’il mettait en doute le nombre de nos entrées déclarées.
Pour prévenir une attaque de Mace sur ce nombre, préventivement, nous avons fait venir un huissier, pour lui faire constater le nombre d’entrées réelles.
Nous voulions le graver dans le marbre pour qu’il soit incontestable et prouve la véracité de nos chiffres déclarés.
L’huissier passa 3 nuits complètes à la Loco. De l’ouverture à la fermeture de la caisse.
Il vint les samedis 14 décembre 1996, le 11 janvier 1997 et le 1er février 1997. Chaque constat nous coûta une petite fortune.
Imaginez-vous, un huissier, le samedi, tarif de nuit, de 22h30 à 5h du mat, multiplié par 3 ? La facture est chaude !
Les échanges de courrier entre notre avocat fiscaliste et le fisc commencent à nous faire comprendre que nous ne sommes pas sortis de l’auberge.
Notre argumentation assortie des preuves que nous avançons font pschitt ! Ils s’en foutent complètement, les traitants avec mépris et dérision.
Comme dit le proverbe : il n’y a de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre et le fisc pour nous a été atteint d’une surdité aigue.
Et nous, pauvres ballots, nous croyons  toujours en l’honnêteté des agents assermentés des impôts, et nous nous disons que nous finirons bien par les convaincre de la justesse de notre défense.
Nous ne pouvons penser en 1997 que notre dossier est, volontairement,  clos pour eux et que tout ce que nous pourrons argumenter et prouver n’y changera rien.
Si nous l’avions su à ce moment, malgré leur redressement qui était une tentative flagrante d’escroquerie, nous aurions sans doute négocié. Nous ne connaissions pas, en 1997, leurs moyens infinis de coercitions et que nous allions les subir.
Si nous avions pu lire à l’avance le scénario,  donc connaître la fin  du film dont nous étions les acteurs involontaires, et savoir ce que  nous allions vivre en direct pendant 12 ans, oui, vraiment si nous l’avions su…
Un bonheur ne venant jamais seul, le 19 novembre, nous recevons, encore, tous les trois un avis de contrôle fiscal perso.
Où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir.
Allez-y les gars, tournée générale!

En attendant, malgré cette pression fiscale qui monte tranquillement en puissance, pression que nous ne pensions toujours que provisoire, « the show must go on » !
La Loco fonctionne toujours bien. Elle semble être sur des « rails ».
Le public est toujours aussi nombreux, bien que la techno pousse le rock vers la sortie (de la grande salle), celui-ci faisait de la résistance et était encore bien présent.

https://editions-sydney-laurent.fr/livre/la-locomotive-ou-la-fin-des-annees-rock/

Bolling Emmanuel

A propos Bolling Emmanuel

Emmanuel Bolling a été condamné le 12 janvier 2016 par jugement contradictoire à l'égard d'Anne Béot, inspectrice des impôts de Paris 18eme et partie civile. Emmanuel Bolling a été relaxé du chef de diffamation publique. Il a été reconnu coupable du chef d'injure publique envers fonctionnaire publique pour son article du 15 décembre 2014 sur le site témoignagefiscal.com intitulé "certain de leur impunité, rien n'arrête les agents du fisc". Il a été condamné à verser à Madame Anne Beot 500€. Emmanuel Bolling était un des créateurs et des dirigeants de la Discothèque LA LOCOMOTIVE à Paris. Ouverte fin 1986, décédée asphyxiée par le fisc fin 2009(RIP). Elle subira en huit ans trois contrôles fiscaux. 1992, 1996, 2000. E.Bolling contestera le deuxième (1996). Cette contestation justifiée entraînera immédiatement de la part de Bercy une série sans fin de saisies diverses étranglant son entreprise pour finir par la ruiner. Relaxée de l’accusation de « dissimulation de recettes » par le tribunal correctionnel de Paris en 2002, le fisc n’en continuera pas moins à poursuivre LA LOCOMOTIVE et ses dirigeants de son acharnement, pour les mêmes motifs, comme si de rien n'était... En 2014, après 18 ans de procédure, de procès et d’appels (gagnés ou perdus) dont la liste serait des plus ennuyeuse, E.Bolling et ses associés, ruinés, se battent toujours pour que l’on reconnaisse ce redressement pour ce qu’il est : un abus fiscal caractérisé. Il a initié deux nouvelles procédures devant le T.A.

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5 réflexions au sujet de « UN BANAL CONTROLE FISCAL (EXTRAIT 5) »

  1. 1ère phrase que m’a dit 2 contrôleurs du travail, avant le « bonjour » traditionnel, ces 2 « contrôleurs », à 2 ans d’intervalles, était « des gens comme vous, j’en ai mis plein en correctionnelle » 2 inspecteurs, 2 phrases identiques, d’ailleurs pour la petite histoire, des tonnes de documents , rapports, le staff de l’entreprise à leurs unique services, qui finalement aboutirons à aucuns rapports de leurs parts, rien , nada…, juste em… le monde, remarquez quant ces gens sont envoyé par les « syndicats dit représentatif »…

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